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mer
30
jun
2010
Bilan d'une semaine bordelaise
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30
jun
2010
Diversité culturelle à Bordeaux : vers le modèle québécois ?
Le Conseil de la diversité de la ville de Bordeaux a choisi de s'inspirer du modèle de la ville de Québec pour repenser son organisation et ses objectifs.
Un nouveau modèle inauguré en présence du Maire de Québec.
mar
29
jun
2010
Focus sur les relations économiques entre Bordeaux et Québec
A l'occasion de la conférence de Régis Labeaume, Maire de Québec, face aux chefs d'entreprises bordelais, retour sur les échanges actuels et sur les opportunités à saisir.
Avec les témoignages de :
- Alain Rousset, Président du Conseil régional d'Aquitaine,
- Régis Labeaume, Maire de Québec,
- Robert Ghilardi de Benedetti, directeur de Bordeaux Gironde Investissement,
- Denis Gosselin, Vice-Président promotion et prospection des investissements du PÔLE Québec Chaudières-Appalaches.
lun
28
jun
2010
Clémence et Mathieu, candidats à l'immigration
Ils ont tout juste 25 ans et rêvent de partir à Québec pour travailler. Quelles sont leurs chances de réussite ?
Témoignages croisés entre PÔLE Québec, des candidats au départ et Régis Labeaume.
lun
28
jun
2010
Le chef québécois François Blais livre sa recette du magret de canard
Magret de canard du Canard Goulu laqué à l’érable sauce Bourguignonne
Ingrédients pour 6 personnes :
- 2 gros magrets de canard
- 1 branche de thym frais
- 200 ml de sirop d’érable
- 1 zeste de citron
- 30g de beurre frais
- 30g de lardons
- 1 petit oignon doux
- 200g de pleurotes frais
- 200 ml de vin rouge sec
- 500 ml de fond de canard
- 30 g de foie gras en petits dés
- Fleur de sel
- Poivre noir du moulin
Préparation :
Dans une grande sauteuse à sec, colorer doucement la peau du canard préalablement assaisonné à feu très doux pour environ 8 minutes.
Enlever un peu de gras de cuisson, ajouter le thym et retourner pour saisir l’autre coté jusqu’à ce qu’il prenne une jolie coloration dorée, réserver. Retirer tout l’excès de gras et verser le sirop et les zestes dans la sauteuse et porter à ébullition.
Remettre les magrets en prenant grand soin de bien les enrober de sirop puis les mettre sous le grill du four. Cette étape est cruciale afin de garantir un bon résultat. Vous devez retourner fréquemment les magrets afin de les laquer sans les brûler.
Laissez reposer au chaud avant de trancher.
Pendant ce temps, faire suer l’oignon au beurre avec les lardons, ajouter les pleurotes et le foie gras.
Déglacer au vin rouge et laisser réduire de moitié puis ajouter le fond et réduire de nouveau jusqu'à la consistance voulue.
Ajuster l’assaisonnement juste à la fin puisqu’il est probable que les lardons soient déjà suffisamment salés.
Servez les magrets avec la sauce bien chaude.
J’aime beaucoup ce plat puisque la sauce vient balancer le côté sucré de l’érable. Le sirop parfume la viande et ajoute une texture
croustillante.
Lire aussi :
François Blais : une gastronomie québécoise chaleureuse et abordable
François Blais, restaurant Le Panache à Québec,
pour www.carnetdebordeaux.fr :::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::
lun
28
jun
2010
Gros plan sur les échanges culturels Québec - Bordeaux
L’Ampli à Québec, « copié-collé » de la Rock School Barbey à Bordeaux : le début d’une histoire partagée des musiques actuelles entre les deux villes ?
Ne pas occulter le travail de coopération culturelle au long cours
Si la Fête du vin de Bordeaux a été l’occasion de mettre en valeur la scène musicale québécoise lors de la soirée de la Saint-Jean, cela ne doit pas faire oublier la présence à (et au) Québec
d’artistes de renommée mondiale dans d’autres disciplines, à l’instar des metteurs en scène Denis Marleau, Wajdi Mouawad ou encore du
comédien et metteur en scène Robert Lepage connu pour avoir enflammé les foules avec son fabuleux Moulin à images à
l’occasion du 400ème anniversaire de Québec. C’était en 2009 et Robert Lepage nous contait en 40 minutes de son et lumière d’une intense modernité 400 ans d’histoire…
La venue de ces grands artistes québécois à Bordeaux (principalement au TnBA) ces dernières années est complémentaire d’un travail de coopération au long cours mené dans le cadre du jumelage
entre les deux villes. Ainsi en est-il de la relation entre la Rock School Barbey de Bordeaux et le tout nouveau Ampli à Québec. Ou
comment l’expérience singulière bordelaise dans le secteur des musiques amplifiées a fini par essaimer, y compris outre-Atlantique…
De la Rock school à L’Ampli, retour sur un cheminement…
Pour Eric Roux, fondateur et directeur de la Rock School, la rencontre décisive date d’il y a un ou deux ans, à l’occasion d’un
déplacement à Bordeaux du Maire de Québec Régis Labeaume : « la visite a duré 1h30, il était très intéressé, posait beaucoup de questions ». Le soir même, à l’occasion d’un dîner à la Mairie,
Régis Labeaume a pris la parole pour dire : « J’ai découvert aujourd’hui un équipement formidable et des gens formidables. C’est ça que je veux faire à Québec ».
« Ce type de déclaration reste parfois lettre morte » précise Eric Roux qui a vu défiler nombre de délégations étrangères dans sa Rock
School. Pourtant, à Québec, les choses bougent et dans le sillage du Maire, plusieurs personnes de la ville ainsi que des artistes québécois, à l’instar de la chanteuse Paule-Andrée Cassidy, creusent le projet de L’Ampli québécois « inspiré de la
Rock School de Bordeaux ». Un projet officiellement annoncé par le Maire de Québec le 21 mai dernier en ces termes : « Avec Richard Samson [gérant des Lost Fingers] et de Jonathan Roy, on tricotait des rêves à Bordeaux, là, on livre la marchandise ». Une marchandise « livrée
» en septembre prochain et qui aura pour objectif de permettre aux talents de la relève musicale de recevoir différentes formations leur permettant d'apprendre à vivre de leur art. Ainsi, y
aura-t-il des volets professionnalisation, gestion de carrière ou diffusion internationale, dans lequel des échanges avec la France sont prévus.
Une coopération nourrie à mettre en œuvre
C’est dans ce contexte très favorable que Régis Labeaume accompagné par les artistes de la relève musicale présents à Bordeaux cette semaine (Mademoiselle Fizz, Jonathan Roy, Philémon, Marie-Alice Depestre, Clio…) a rencontré à nouveau l’équipe de la Rock School. L’occasion de redire que « L’Ampli, c’est "copié"-collé" ! On ne
s’en cache pas », d’aller plus avant dans la coopération, d’oeuvrer à l’adhésion de L’Ampli au réseau créé par la Rock School en
septembre 2009 (qui comprend 8 lieux d’Aquitaine dédiés aux Musiques amplifiées, 2 en Midi-Pyrénées, 3 en Poitou-Charentes), de mettre en place des échanges artistiques (entre Québec, Chicago,
Paris et Bordeaux) et de travailler autour de la promotion de la chanson francophone. Un programme qui augure de belles années d’échange et qui enthousiasme la relève québécoise et plus
particulièrement la belle Clio qui n’a qu’un mot « c’est génial ! ».
www.rockschool-barbey.com
www.amplidequebec.qc.ca
www.wajdimouawad.fr
http://lacaserne.net/index2.php/
www.pauleandreecassidy.com
www.mademoizellefizz.com
http://jonathanroymusic.com
www.cliomusic.ca
http://philemonchante.bandcamp.com
www.myspace.com/mariealicedepestre
http://thelostfingers.com
Sonia Moumen
www.carnetdebordeaux.fr ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::
dim
27
jun
2010
François Blais : une gastronomie québécoise chaleureuse et abordable
La délégation québécoise a eu la bonne idée d’amener dans ses bagages bordelais le dynamique chef du prestigieux restaurant Le Panache à Québec.
L’occasion de faire découvrir aux Bordelais la gastronomie québécoise
François Blais - Photo Sonia Moumen
Le renouveau de la gastronomie québécoise
Jeune, chaleureux, inventif, le chef de 37 ans François Blais incarne le renouveau de la grande cuisine québécoise. Pour celui qui dit être mal à l’aise avec le mot « gastronomie » : « ce terme
est bafoué, souvent mal utilisé. Pour moi la gastronomie, c’est d’abord les personnes qui la font et l’amour du produit », les récompenses ne cessent de pleuvoir au Québec depuis qu’il est le
chef du prestigieux restaurant le Panache. Un restaurant qui compte 80 employés dont 35 en cuisine ! Les clés du succès ? Il a beaucoup appris en travaillant aux côtés de chefs québécois qu’ils
respectent profondément : « chacun m’a appris quelque chose de différent : la rigueur, l’amour du produit, l’importance de la relation humaine… ». Et de poursuivre : « les temps ont changé,
aujourd’hui on n’a plus forcément besoin d’aller en Europe ou aux Etats-Unis pour faire ses classes ».
Les chefs bordelais ? Il apprécie la cuisine de Thierry Marx, François Adamski ou Michel Portos, tout comme il apprécie les vins de Bordeaux « j’ai 1800 références de vin dans mon restaurant, la
grande majorité provient de Bordeaux, du Sud-ouest et d’Espagne. J’ai bien sûr des grands noms de Bordeaux et puis au moment de l’été, des rosés. On ne peut pas avoir de cave sans vins de
Bordeaux ! Ils sont très appréciés des Québécois ! ».
Du wapiti aux baies d’amélanchiers
Pour défendre les couleurs de la gastronomie québécoise à Bordeaux, François Blais s’est attelé à la préparation de deux repas. Un premier dîner offert par les Grands Crus de Bordeaux et pour lequel il a imaginé (pour 600 convives tout de même !) un plat de gibier très prisé au Canada, le Wapiti : un grand cervidé de la famille des
rennes : « Je le cuis sous vide et je le rôtis en fin de cuisson. C’est une viande très maigre qui ne se mange pas trop cuite et qui demande beaucoup de délicatesse ». Pour l’accompagner, des
baies d’amélanchiers « entre l’airelles et le cassis, ces baies sont très concentrées en parfum. Je les prépare en compote avec du sucre et du vin en restant très prudent pour ne pas briser le
goût ».
Rendre hommage aux produits québécois
Pour le deuxième repas organisé par la Ville de Bordeaux, il a imaginé un menu complet pour 130 personnes : des pétoncles sauce mousseline et grains de moutarde. « La moutarde, c’est un clin
d’œil, le Canada est un des plus grands producteurs de moutarde du monde. La plupart des grains utilisés dans les moutardes françaises viennent de chez nous ! ».
Pour le plat, ce sera du Bison à la moutarde de bolet. Une sorte de pistou en hommage à François Brouillard, une sorte de Marc Veyrat passionné qui sillonne le Canada à la recherche de plantes
sauvages « au Québec, on l’appelle François des Bois ».
Côté dessert, François Blais a voulu « rendre hommage aux produits typiquement canadiens » : un gâteau de maïs aux pommes caramélisés servi avec une glace à l’érable. « Nous sommes de grands
producteurs de pommes et faisons d’ailleurs un très bon cidre de glace, le maïs est très utilisé chez les Amérindiens » précise-t-il avec enthousiasme.
A vos tabliers et fourneaux pour un Magret au sirop d’érable !
Volontiers imaginatif, intarissable sur son art et sa philosophie, aimant croiser les cultures et les goûts, François Blais a réussi à convaincre les convives de la singularité et de la qualité
de la gastronomie québécoise, ce qui dans le Bordelais était un vrai pari.
Et pour celles et ceux qui n’ont pas pu participer aux deux repas, il a confié à www.carnetdebordeaux.fr (à découvrir en cliquant
ici) une recette de cuisine spécialement imaginée pour Bordeaux. Une recette qui croise nos deux terroirs : Magret de canard à l’érable. A vos tabliers et
fourneaux !
En savoir plus
François Blais restaurant Le Panache à Québec www.saint-antoine.com
Thierry Marx (nouveau chef Jean-Luc Rocha) Château Cordeillan-Bages www.cordeillanbages.com
François Adamski, le Gabriel à Bordeaux adamski.bordeaux-gabriel.fr
Michel Portos Saint-James à Bouliac www.saintjames-bouliac.com
Union des grands crus www.ugcb.net
Lire aussi
Le chef québécois François Blais livre sa recette du magret de canard
Sonia Moumen
www.carnetdebordeaux.fr :::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::
dim
27
jun
2010
Le jeu ? Un enjeu très sérieux pour le lien social
Avec Interlude à la Bastide, Bordeaux dispose d’une ludothèque exemplaire particulièrement dynamique dont la réputation a su traverser l’Atlantique.
Le Maire de Québec, Régis Labeaume, s’intéresse particulièrement à ce modèle et vient de rencontrer sa directrice bordelaise.
Un axe Bordeaux - Québec serait-il en train de naître à travers le jeu ?
Ludothèque Interlude de Bordeaux
Aussi un lieu d’échange et d’interaction…
« Notre ludothèque n’est pas seulement un espace de prêt de jeux, c’est aussi un lieu d’échange et d’interaction. Notre mission
première a évolué. Aujourd’hui, nous cherchons à développer le jeu dans tout son potentiel de sociabilisation, que ce soit autour de la parentalité ou de l’intergénérationnel. Nos sociétés ont
besoin de décloisonner les services et les loisirs. C’est ce que nous faisons ici à Bordeaux avec notre lieu central de la Bastide, mais aussi à Bordeaux-Nord, et bientôt aux Berges du lac
».
C’est en ces termes que Patricia Petit, directrice de la ludothèque Interlude de Bordeaux a présenté son action à un Régis
Labeaume visiblement séduit par l’approche sociale novatrice, la diversité des activités et la qualité architecturale du lieu.
Il est vrai que la ludothèque de Bordeaux fait figure de référence en France. C’est même, d’après sa directrice, l’un des équipements les plus ambitieux en terme d’espace et de qualité architecturale. Et cette dernière de préciser : « ce sont souvent les Maires visionnaires, avec une vision prospective, qui s’engagent dans ce type de structures totalement décloisonnées en terme de public. Une ludothèque est souvent le point d’orgue d’une politique d’équipements ».
Régis Labeaume, visiblement séduit
Sans doute pas insensible à ces arguments, Régis Labeaume a longuement écouté et questionné, accompagné en cela par une figure québécoise des ludothèques, Rolande Filion. Si au Québec les
ludothèques existent de longue date, elles sont encore trop souvent sur le modèle du simple lieu de prêt de jeux et ne sont guère fédérées. Les nombreux échanges avec les Ludothèques françaises
ont poussé Rolande Filion - considérée comme une référence y compris en France pour ses contributions à la classification des jeux et à la formation des professionnels – à réunir les ludothèques
de Québec en association et à promouvoir un nouveau modèle : « Nous nous sentons très proches de la philosophie bordelaise, notamment sur la dimension intergénérationnelle ».
A l’heure où la Joujouthèque de Sainte-Foy (Québec) prépare pour 2011 son déménagement dans un nouveau bâtiment au sein de la future
bibliothèque d’arrondissement, nul doute que la visite de son équivalent bordelais par le Maire de Québec aura conforté Régis Labeaume dans les choix à faire pour que les ludothèques de Québec
poursuivent leur maillage du territoire. Et la coopération avec Bordeaux…
www.ludotheque-interlude.fr
www.joujoutheque.qc.ca
Sonia Moumen
www.carnetdebordeaux.fr ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::
sam
26
jun
2010
L’immigration, c’est bienvenue
Alors que l’opinion publique française se montre frileuse en matière d’immigration, le Québec fait figure de terre promise en cherchant à attirer nombre d’étrangers sur son territoire.
Pour les entreprises de Québec, recruter est aussi l’un des enjeux fort de la semaine bordelaise.
Clémence et Mathieu, candidats au départ, Photo SM
Le Québec, un nouvel eldorado ?
« L’immigration, c’est bienvenue » ou encore « L’avenir du Québec ne peut s’écrire sans l’immigration » sont des slogans outre-atlantiques qui pourraient presque sonner comme une provocation en
France ! Et pourtant, ce discours est totalement assumé par les autorités qui voient en l’arrivée massive d’immigrés des solutions au déclin démographique, à la nécessaire création de richesse et
aux besoins croissants de salariés dans les entreprises.
Le Québec, un nouvel eldorado ? Sans doute, mais pas pour tout le monde, car ici comme ailleurs, on traque avant tout des profils assez spécifiques que l’on n’hésite pas à aller chercher en
Suisse, en Belgique ou en France. Les 10, 11 et 12 juin derniers par exemple, un vaste recrutement était organisé à Paris avec plus de 300 postes proposés à quelques 2400 candidats… Un
recrutement qui s’est poursuivi du 24 au 27 juin au pavillon Québec de la Fête du vin à Bordeaux.
Une opération séduction profitable aux ingénieurs et aux spécialistes
Un Pavillon qui accueille une permanence de 1888Mevoilà, l’organisme québécois chargé des recrutements à l’étranger, en partenariat avec
le PÔLE, l’agence de développement économique de Québec Chaudière-Appalaches et du Pôle emploi international bordelais. Tous travaillent de concert pour mobiliser et faire passer des premiers entretiens aux heureux ingénieurs et spécialistes des technologies de
l’information, de l’optique et de la photonique, de la santé, de la nutrition et des cosmétiques.
Si le message de Régis Labeaume passe bien, l’opération pourrait être une réussite en terme de mobilisation. C’est sans doute pour cette raison que le Maire de Québec n’hésite pas à vanter sa
ville et ses qualités aux aspirants au départ : « C'est pour ça qu'il faut créer un buzz autour de Québec. Il faut rendre la ville attrayante pour la main d'œuvre qualifiée. Il faut aussi créer
un milieu de vie intéressant qui a de bonnes chances d'attirer les jeunes couples de professionnels ». Et de poursuivre : « L'aménagement du territoire est un enjeu majeur pour une ville. Les
gens ne choisissent pas un pays, ils choisissent une ville, alors il faut qu'elle réponde à leurs besoins et qu'elle reflète leurs valeurs».
Pour que la « nouvelle France » continue à se régénérer
C’est sur ces bases qu’un jeune couple de bordelais ambitionne de partir à Québec d’ici un an « le temps de finir nos études ». Ils ont déjà effectué toutes les démarches administratives, et même
si leur secteur d’activité n’est pas spécialement à la recherche de main d’œuvre dans l’immédiat, leurs interlocuteurs les encouragent tout de même à immigrer. A pas tout à fait cinquante ans à
eux deux, francophones, fortement diplômés, ils sont une cible intéressante, susceptible de s’intégrer facilement et de faire des enfants… dans un pays où le taux de natalité (1,7 enfant par
femme en 2009) ne permet pas d’assurer le remplacement des générations (seuil estimé à 2,1 enfants par femme). La natalité ? L’autre enjeu de la politique d’immigration : pour que la « nouvelle
France » continue à se régénérer.
En savoir plus
1888 Me voilà www.1888mevoila.com
PÔLE (Québec Chaudière-Appalaches) www.pole-qca.ca
Pôle emploi international www.pole-emploi-international.fr
Ofqj-Office franco-québécois pour la jeunesse www.ofqj.org
Sonia Moumen
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sam
26
jun
2010
Les coups de cœur d’Isabelle Juppé à Québec
Une année passée à Montréal etdes allers-retours fréquents pour Québec où elle accompagnait son mari qui y donnait des cours, Isabelle Juppé livre quelques-unes de ses adresses préférées
Isabelle Juppé, Photo SM
Anna Myco, styliste
« J’aime beaucoup cette styliste installée dans sa boutique-atelier à Québec. La robe que je porte (ndlr sur la photo), je l’ai achetée dans sa boutique. Elle mêle les couleurs, utilise des
fibres neuves et recyclées et chaque pièce est unique ! Elle a ouvert récemment une troisième boutique à Québec."
www.mycoanna.com
www.boutiquemycoanna.com
Le Cochon-dingue
Le cochon-dingue, restaurant
C’est un petit restaurant que nous adorons avec Alain, le cadre est particulièrement agréable et c’est un endroit vraiment pittoresque. C’est une véritable institution à Québec, dans le Quartier
Petit Champlain ! Nous y allions souvent.
www.cochondingue.com
Musée de la civilisation
Musée de la civilisation
J’aime beaucoup ce musée, d’une très grande richesse. Son architecture a été conçue par Moshé Safdie qui a réalisé nombre de bâtiments exceptionnels au Canada et dans le monde.
www.mcq.org/index_fr.html
Monsieur Carnaval
La terrasse du Château de Frontenac
« Cette étendue qui donne sur le Saint-Laurent. L’hiver quand il y a de la neige et de la glace mouvante sur le Saint-Laurent, c’est totalement magique. Sans oublier Monsieur Carnaval ! »
www.quebecregion.com
Sonia Moumen
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ven
25
jun
2010
Le citoyen au cœur de l'innovation locale : l'exemple québécois
Retour sur la participation de Régis Labeaume au colloque international organisé à Bordeaux lors de sa venue
ven
25
jun
2010
Coup d’accélérateur sur le tourisme entre Québec et Bordeaux
Organisée au moment de la Fête du vin, la venue de Régis Labeaume et de la délégation composée d’acteurs du tourisme est aussi l’occasion de renforcer les liens entre les deux territoires
Une nouvelle ligne saisonnière Bordeaux - Québec
Deux villes Unesco au fort engagement touristique
A Bordeaux comme à Québec, deux villes classées au patrimoine mondial de l’Unesco, le tourisme est un élément non négligeable de l’économie locale. Si depuis plusieurs années une liaison aérienne
saisonnière fonctionnait entre Montréal et Bordeaux, il n’existait en revanche pas de liaison directe entre les deux villes pourtant jumelées depuis 1962 ! Dans ce cadre, l’ouverture à titre
inaugural il y a quelques jours d’une ligne directe Bordeaux – Québec par Air Transat est incontestablement une avancée importante pour
promouvoir les échanges touristiques bilatéraux.
Programmée pour la période de l’été indien au Québec et pour celle des vendanges pour le Bordelais, cette ligne prévoit six rotations entre le 8 septembre et le 13 octobre 2010 : « Nous sommes
convaincus que la nouvelle route Bordeaux - Québec rencontrera un beau succès auprès des Bordelais et habitants de la région et ne fera qu’augmenter leur désir de se rendre à Québec et de
découvrir les cinq régions très variées de cette « belle Province », comme nous l’appelons » rappelle Denis Codère, Vice-président, ventes, commercialisation et développement-Europe chez Air Transat. Et d’ajouter : « Les Bordelais vont pouvoir aller admirer les merveilles du Québec pendant l’une des plus belles périodes qui soit.
Quant aux Québécois, ils vont pouvoir, entre autres, venir faire de bonnes dégustations… ». Un enthousiasme partagé par la profession et par les édiles à Québec, comme à Bordeaux : « Air Transat
a pris un risque, mais il est couronné de succès. Le goût des Québécois pour notre région est réel et c’est réciproque ! C’est notre terre-cousine ! » précise Stéphan Delaux, Adjoint au maire de
Bordeaux en charge du tourisme, de la promotion touristique, du patrimoine et de l'animation.
Réciprocité et échange : les maîtres-mots de la collaboration
Pour mettre en orbite la création de cette ligne, la ville de Québec bénéficie d’une belle visibilité à l’occasion de la Fête du vin
de Bordeaux, dont elle est l’invitée d’honneur. L’occasion pour l’Office du Tourisme de Québec d’être présent « physiquement » à
Bordeaux et de susciter des idées de départ outre-Atlantique. Conscients des enjeux, les opérateurs des deux villes s’emploient à communiquer en bonne intelligence : réciprocité et échange sont
les maîtres-mots de la collaboration. Une collaboration qui passe notamment par une visibilité offerte par Québec à Bordeaux et par Bordeaux à Québec : affichages durant l’été, insertion dans les
supports municipaux, vitrine dédiée à « belle canadienne » à l’Office de tourisme de Bordeaux, bannières sur le site Web de la
ville, sensibilisation des professionnels du tourisme (tours opérateurs, agences de voyages, journalistes…), sans oublier la campagne de promotion effectuée par Air Transat.
Si tous ces efforts ne réduisent en rien la distance géographique entre Québec et Bordeaux, ils la pulvérisent incontestablement d’un point de vue symbolique et affectif. Et ça, c’est déjà plus
de la moitié du chemin parcouru !
En savoir plus
# Office du tourisme de Québec www.quebecregion.com
# Office du tourisme de Bordeaux www.bordeaux-tourisme.com
# Fête du vin www.bordeaux-fete-le-vin.com
# Air Transat www.airtransat.fr
Sonia Moumen
www.carnetdebordeaux.fr ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::
jeu
24
jun
2010
Comment les entreprises québécoises recrutent à Bordeaux ?
Pour en savoir plus sur la manière dont les recrutements se passent à Bordeaux cette semaine, nous avons interrogé Line Lagacé, Vice-présidente « croissance des entreprises » au PÔLE.
Elle nous explique comment les choses se passent concrètement à Bordeaux.
Concrètement, que faites-vous à Bordeaux ?
L’initiative à Bordeaux comprend deux volets bien distincts.
Le premier, le plus important, est une action de promotion de la qualité de vie à Québec, du dynamisme de l’emploi et du haut niveau des emplois disponibles. Nous faisons davantage une
information d’ordre général sur le stand dédié sur le Pavillon de la ville de Québec. Deux personnes de PÔLE et une personne de la ville de Québec sont sur place pour animer ce stand. Des
présentations publiques sont aussi prévues tous les jours afin de promouvoir notre région auprès des candidats potentiellement intéressés.
Le deuxième volet s’inscrit dans la continuité de la mission de recrutement qui a eu lieu à Paris les 9-10 et 11 juin derniers. Les 288 postes disponibles sont diffusés depuis environ deux mois
via notre partenaire français, le Pôle Emploi International. Des rencontres ont eu lieu à Paris, mais des candidats peuvent
aussi se présenter le 25 juin à Bordeaux. Les 11 entreprises présentes à Paris ne seront pas sur Bordeaux, c’est donc le PÔLE qui les
représente et organise la présélection. Pour se faire, nous disposons d’un espace au Pôle Emploi International de Bordeaux.
Nous ferons ensuite nos commentaires et retours sur les candidats aux entreprises qui recrutent. C’est elles qui poursuivront alors, soit via une deuxième entrevue, soit via une négociation
d’embauch.
Comment et avec qui avez-vous travaillé pour toucher des candidats potentiels à Bordeaux ?
Nous avons travaillé de concert avec les partenaires du Pôle Emploi International et du Bureau d’immigration du Québec à Paris. Notre plate-forme interactive www.1888mevoila.com nous permet également d’être en lien privilégié avec un bassin de candidats potentiels, dont bien sûr des candidats de la région bordelaise. Il faut savoir
que plus de 46 000 personnes consultent notre plate-forme, dont plus de 27 000 qui ne vivent pas au Canada !
Combien de personnes pensez-vous toucher à Bordeaux ?
Nous évaluons à environ 3000 à 4000 visiteurs par jour sur le stand du pavillon Québec de la Fête du vin. Toutefois les entrevues privées (et souvent plus en profondeur) sont regroupées sur une
seule et même journée. Nous verrons entre 15 à 20 personnes.
Toutefois, nous ferons valoir les postes sur le stand et des candidats potentiels pourront également y déposer leur CV. Un suivi personnalisé leur sera proposé par la suite.
Comment gérez-vous les personnes qui cherchent un emploi à Québec en dehors des secteurs qui recrutent ?
Nous sommes en lien avec le site d’Emploi-Québec sur les possibilités d’emploi dans les différents secteurs, nous sommes donc en mesure d’identifier avec les candidats si leur secteur est un
secteur porteur ou non dans notre région. Nous pouvons même leur montrer comment avoir accès à l’information sur leur secteur d’activité et sur des offres d’emploi disponibles. Nous les invitons
également à s’inscrire sur le site du www.1888mevoila.com et à entrer en contact avec des conseillers. Nous avons souvent ce type de
questions, entre autre pour le conjoint d’un candidat intéressé par un de nos postes.
En savoir plus
# Permancence de recrutement tous les jours sur le stand du pavillon Québec de la Fête du vin à Bordeaux (du 24 au 27 juin).
# Mairie de Québec www.ville.quebec.qc.ca
# 1888 Me voilà www.1888mevoila.com
# PÔLE (Québec Chaudière-Appalaches) www.pole-qca.ca
# Pôle emploi international www.pole-emploi-international.fr
Entretien par Sonia Moumen
www.carnetdebordeaux.fr ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::
jeu
24
jun
2010
Ils sont Québécois et ont 1001 bonnes raisons de vivre à Bordeaux…
Si la communauté québécoise n’est pas forcément nombreuse à Bordeaux, elle est particulièrement dynamique, notamment grâce l’association Bordeaux-Gironde-Québec.
A l’occasion de la Fête nationale québécoise, retour sur sa diaspora à Bordeaux.
Beaucoup d’amour et de mariages…
« Depuis vingt ans, on a eu une quinzaine de mariages ! » c’est par ces mots que William Biard, Québécois installé de longue date à Bordeaux après avoir épousé… une Française, tire un bilan
qualitatif des nombreuses actions d’échange engagées par l’association Bordeaux-Gironde-Québec.
Tous les ans, précise-t-il, « on invite 70 Québécois à venir vendanger. Dans le secteur du vin aussi, on a eu des mariages ! » Et de citer l’histoire de Nadine Poudrier, Québécoise venue
vendanger au Château Gruaud Larose (grand cru classé Saint-Julien) en 2004 et « tombée en amour » du monde viticole, puis quelques années plus tard (toujours à l’occasion des vendanges), de
Julien Carmagnac, fils du maître de chai du Château. La suite ressemble à un conte de fées : le mariage en 2009 et de nouveaux horizons professionnels : depuis peu, Nadine est responsable qualité
au Château Pedesclaux et au Château Lilian Ladouys à
Saint-Estèphe (Médoc).
William Biard est intarissable sur les activités de l’association. Il évoque volontiers les stages professionnels intermunicipaux pour encourager des jeunes de 18 à 25 ans à découvrir les méthodes de travail dans « la mairie d’en face ». Les villes de Bordeaux et Pessac échangent tous les ans deux jeunes avec Québec, Mérignac avec Montréal, Langon avec Saguenay. Là encore, l’affaire se termine parfois par des mariages...
… Mais aussi d’art de vivre et de sport
Si la raison première de l’installation des Québécois dans la région semble être l’amour, ils n’en oublient pas pour autant leur art de vivre et leur sport d’origine. Ainsi, en va-t-il de Marc
Dorion, cet entrepreneur québécois, créateur du Québec Music Café à Pessac (agglomération de Bordeaux). Les nostalgiques ou les
curieux peuvent y déguster la fameuse Poutine ou un pavé de bison, l’arroser d’une bonne broute (bière) aux noms évocateurs : une rousse La Maudite, une blonde Don de Dieu, Eau Bénite ou Fin du
Monde, une ambrée Raftman ou encore une brune joliment nommée 3 Pistoles. Et comme la cuisine et l’hospitalité québécoises séduisent ici, le Maire de Québec Régis Labeaume a prévu de couper ce
dimanche le ruban de de la deuxième "affaire" de Marc Dorion, un hôtel (L’Auberge québécoise) et un restaurant (Le P’tit Québec) situés à Bordeaux même cette fois-ci. Comme à Pessac, il y sera
possible d’y voir des retransmissions de match de… hockey : LE sport des Québécois vivant à Bordeaux. Il n’y a qu’à regarder de près le staff de l’équipe de hockey locale pour s’en convaincre !
Pour encadrer les Boxers de Bordeaux, pas moins de trois Québécois : Michel Cotnoir (Président), Michel Girard (coach) et Guy Dupuis
(directeur sportif)… qui préparent un cadeau inattendu à Régis Labeaume pour le moment de leur entrevue…
Nul doute que tous ces Québécois de Bordeaux comme les Québécois de cœur, de corps ou d’esprit, seront bel et bien présents ce jeudi 24 juin pour la Saint-Jean, fête nationale outre-atlantique, fêtée en grande pompe ce soir même à Bordeaux place des Quinconces…
En savoir plus
# Association Bordeaux-Gironde-Québec http://bgq.asso.fr
# Château Lilian Ladouys www.chateaulilianladouys.com
# Château Pedesclaux www.chateau-pedesclaux.com
# Québec Music Café www.quebec-music-cafe.com
Les Boxers de Bordeaux boxersdebordeaux.free.fr/
# Fête de la Saint-Jean à Bordeaux (programme) http://www.bordeaux-fete-le-vin.com/fr/concerts.html
Sonia Moumen
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mer
23
jun
2010
Trois questions à Alain Juppé
A l'occasion de la venue à Bordeaux d'une délégation de la ville de Québec, Alain Juppé, Maire de Bordeaux s'exprime sur les relations entre les deux villes jumelles
mer
23
jun
2010
Bordeaux – Québec : bientôt les noces d’or !
Une délégation de la ville de Québec, menée par son maire Régis Labeaume, arrive à Bordeaux ce 23 juin pour une semaine
Régis Labeaume, Photo Ville de Québec
Fortes de 48 années de jumelage, les deux villes voient ainsi leurs liens encore renforcés par cette visite menée par un maire à la réputation d’homme d’action passionné, volontiers qualifié chez lui de « bagarreur de Québec » ou encore de « Labeaume atomique » ! Nul doute que son voyage sera l’occasion de témoigner de son dynamisme et d’aborder avec son homologue bordelais, Alain Juppé qu’il appelle « mon ami », quelques axes forts de la coopération : l’économie, les investissements, l’emploi, le tourisme, la culture ou la citoyenneté. Un programme d’une belle densité qui débute ce mercredi 23 juin pour s’achever le 30 juin.
Entre ouverture d’une ligne aérienne directe et Bordeaux fête le vin, des dates choisies avec soin
Les dates ne sont en rien anodines. Elles correspondent au lancement de la ligne aérienne directe Québec / Bordeaux mise en place par Air
transat. C’est d’ailleurs cette, ligne que la délégation inaugure en venant à Bordeaux.
Les dates correspondent aussi à Bordeaux fête le vin, une manifestions biennale, populaire et festive qui réunit
plus de 400 000 personnes sur les quais de Bordeaux durant quatre jours. Cette année, la ville de Québec est l’invitée d’honneur de cette grande fête du vin et de la gastronomie.
Outre l’inauguration du pavillon consacré à sa ville, Régis Labeaume donnera le coup d’envoi des festivités de la
Saint-Jean le jeudi 24 juin. Car à Bordeaux aussi on célébrera la fête nationale québécoise avec un concert autour « des talents de la relève musicale québécoise ». Trois heures de
concert/spectacle sur la place des Quinconces, réputée être la plus grande place d’Europe… presque aussi grande que les plaines d’Abraham…
Des rencontres institutionnelles et économiques
Si les festivités pour célébrer Québec, son art de vivre et sa culture, seront nombreuses, elles ne doivent pas occulter les aspects plus institutionnels ou plus économiques du déplacement de
Régis Labeaume. Outre les rencontres avec Alain Juppé, maire de Bordeaux (et Québécois de cœur !), il échangera avec Alain Rousset, président de la Région Aquitaine (elle-même jumelée depuis 10
ans avec la région Québec) et Vincent Feltesse, président de la CUB, l’agglomération de Bordeaux qui regroupe 27 communes et un peu plus de 700 000 habitants.
Côté économie, les agences de développement économique des deux villes (Pôle pour Québec et BGI pour Bordeaux) et la plupart des grosses entreprises des secteurs des technologies de
l’information, de la santé, de la nutrition, du divertissement, de l’urbanisme, de l’optique ou encore du géospatial sont sur le pied de guerre : on parlera compétitivité, investissement,
recrutement et innovation…
La citoyenneté, la culture et la diversité au cœur des échanges
L’innovation, justement, sera le thème central du colloque international Le citoyen au cœur de l’innovation locale auquel participa participe Régis
Labeaume au côté du maire de Bordeaux, mais aussi des représentants des villes de Saint-Sébastien et Malaga (Espagne), Liverpool et Bristol (Royaume-Uni), Leipzig (Allemagne), La Haye
(Pays-bas)…
Enfin, parce que les bonnes pratiques et les transferts de compétences sont essentiels, des projets bordelais « exemplaires », à l’instar de la Rock School Barbey ou de la ludothèque Interlude, seront l’objet de toute l’attention de la délégation québécoise,
cependant que le Conseil des relations interculturelles de la ville de Québec servira de modèle au nouveau Conseil de la
diversité bordelais.
Un programme complet et diversifié en somme, qui témoigne de la dynamique engagée entre les deux villes Unesco et qui laisse augurer des noces d’or flamboyantes en 2012…
En savoir plus
# Air transat www.airtransat.fr
# Bordeaux fête le vin www.bordeaux-fete-le-vin.com
# Programme de la Saint-Jean à Bordeaux www.bordeaux-fete-le-vin.com/fr/concerts.html
# Région Aquitaine http://aquitaine.fr/politiques-regionales/europe-international/cooperation-internationale.html#outil_sommaire_1
# CUB http://www.lacub.com/comurb/08_international.asp
# Pôle économique http://www.pole-qca.ca/
# Mission de recrutement http://www.1888mevoila.com/
# Colloque innovation locale http://www.innovationlocale.com/
# Rock School Barbey de Bordeaux www.rockschool-barbey.com
# Ludothèque Interlude de Bordeaux www.ludotheque-interlude.fr
# Conseil des relations interculturelles de Québec www.conseilinterculturel.gouv.qc.ca
Sonia Moumen
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dim
30
mai
2010
Les Régionales, c’est (bel et bien) fini !
Marie, Alexandra, Isabelle : en finir avec les Régionales et clôturer ce "Carnet de campagne". Nous réunir toutes les quatre à l’occasion d’un déjeuner printanier. C’est chose faite.
Marie Bové / Alexandra Siarri / Isabelle Boudineau - Photo Sonia Moumen
Les réunir toutes les trois dans un cadre et une atmosphère à l’image des relations individuelles que j’avais pu tisser avec chacune d’entre elles, est un rêve que j’ai caressé assez tôt durant
la campagne des Régionales 2010.
En les observant se battre pour leurs idées, défendre leurs convictions, parfois douter ou se mettre en colère, souvent s’enthousiasmer, il me semblait qu’Alexandra Siarri pour l’UMP, Marie Bové pour Europe Écologie et Isabelle Boudineau pour le PS partageaient un même rapport à la politique, et même parfois – pour ne pas dire plus - des idées communes.
Durant ces quatre mois, elles me questionnaient de temps en temps sur les deux autres candidates : comment ça se passait pour elles, est-ce qu’elles tenaient bon... mais sans insistance ni
mauvais esprit. Plutôt dans un esprit de courtoisie et de respect réciproque : après tout, ne livraient-elles pas la même bataille ?
Et si le combat politique les séparait, on les sentait comme solidaires, partageant un même destin : jeunes femmes relativement nouvelles aux fonctions d’élue locale, immergées pour la première
fois dans une campagne des Régionales… avec tout ce que cela pouvait susciter de tensions, de jalousies ou de désillusions.
Durant ces presque quatre mois, je les ai toutes les trois vues et rencontrées souvent. Sans doute Alexandra Siarri un peu plus (elle me proposait très régulièrement des rendez-vous ou de la
suivre en campagne), Isabelle Boudineau un peu moins (très prise par ses fonctions de chargée des relations avec les médias pendant la campagne, elle était plus insaisissable).
Souvent rencontrées, mais jamais ensemble. Sauf le soir du deuxième tour sur le plateau de TV7. Marie, Alexandra, Isabelle réunies sur le même plateau de télévision pour commenter les résultats
avant de s’égayer dans la nuit.
J’attendais quelques jours après le deuxième tour pour leur proposer un déjeuner: toutes les trois, c’est à dire toutes les quatre. A ma grande surprise, elles acceptaient toutes avec plaisir.
Rendez-vous fût pris quelques semaines plus tard, une fois leurs fonctions au Conseil régional réellement prises.
Un jeudi, nous nous retrouvâmes dans le salon de thé où j’avais pour habitude de les retrouver en tête-à-tête. J’étais inquiète : et si les choses se tendaient ? Ou se passaient dans une trop
molle courtoisie ? Voire dans l’indifférence ?
Elles arrivèrent détendues, presque joyeuses, avec manifestement des choses - beaucoup de choses - à se dire. A commencer par la dernière séance du Conseil régional avec en prime un décryptage au
scalpel des rapports de force et des figures dominantes, l’esprit critique aux abois et le sens politique bien aiguisé…
L’esprit vif d’Isabelle Boudineau, la verve de Marie Bové, le franc-parler d’Alexandra Siarri firent le reste, c’est-à-dire furent constitutifs d’échanges enlevés, d’un sens de la dérision
redoutable et d’une lucidité à toute épreuve. Le tout relevé d’un humour capable de faire mouche à presque tous les coups…
En les observant, vives, alertes, engagées, habillées, coiffées et maquillées comme n’importe quelle femme active, ne souhaitant pas devenir des « élues à vie », mais garder une activité
professionnelle en parallèle, je m’interrogeais une fois de plus sur le modèle dominant dans le paysage politique français : masculin, plutôt âgé, le costume-cravate impeccablement noir ou bleu
marine. Je me réjouissais de les avoir rencontrées au bon moment : assez expérimentées pour ne pas faire figure de pantins, pas encore « abîmées » par des années de tribune et de pouvoir.
Puissent-elles rester le plus longtemps possible dans cet équilibre entre intelligence et ouverture, engagement et écoute. C’est peut-être au cœur de ce fragile équilibre que se niche une
nouvelle génération politique. Peut-être pas. Leur avenir nous le dira.
En savoir plus
En lisant la totalité de la série Carnet de campagne sur ce blog.
Isabelle Boudineau
GROUPE SOCIALISTE, PRG ET APPARENTES Elu(e) du département de 33 Vice-Présidente du Conseil Régional Délégation : Finances, Evaluation
Membre de la commission COM 1 FINANCES - BUDGET - EVALUATION DES POLITIQUES PUBLIQUES - AFFAIRES GENERALES
Groupe politique : GROUPE EUROPE ECOLOGIE LES VERTS
Elu(e) du département de 33
Conseillère Régionale
Membre de la commission COM 8 COOPERATION INTERREGIONALE - ACTIONS EUROPEENNES ET INTERNATIONALES
GIA 3 CULTURE - EDUCATION - JEUNESSE - SOLIDARITES - SPORTS
Groupe politique : GROUPE MAJORITE PRESIDENTIELLE
Elu(e) du département de 33
Conseillère Régionale
Membre de la commission COM 5 DEVELOPPEMENT DURABLE - AMENAGEMENT DU TERRITOIRE - TOURISME - SANTE
GIA 8 ENVIRONNEMENT ET DEVELOPPEMENT DURABLE
http://aquitaine.fr/spip.php?page=annuaire_elus
Sonia Moumen
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ven
28
mai
2010
Isabelle Kraiser, regard photographique sur les marges
Avec son exposition « Réserve humaine » à Pessac et le travail qu’elle mène à Bacalan et aux Aubiers, Isabelle Kraiser creuse son sillon d’un art relationnel militant
D'Habitude / Photo Isabelle Kraiser
Isabelle Kraiser n’a pas pour habitude de faire les choses à moitié. Connue pour ses performances Actions robe plutôt décalées, mais surtout pour son travail photographique, elle
appartient à cette catégorie d’artistes pour qui l’engagement et la proximité avec la population ne relèvent pas de la posture. On se souvient par exemple de Avant de partir, le très
beau travail photographique qu’elle avait mené autour de la destruction de la résidence Saint-Jean à Bordeaux. Elle y captait l’émotion, la résignation, les espoirs et doutes des habitants dans
leur appartement voué à une proche destruction. Elle y immortalisait la relation forte entre des hommes, des femmes, des enfants et leur environnement intime : les lieux, les espaces, les objets
quotidiens.
Avec son verbe haut, son accent en cascade, son regard aigu et sa démarche décidée, Isabelle Kraiser aime arpenter les marges et franges de nos villes et de nos sociétés.
Un goût qui l’a amenée à réaliser en 2009 le projet Réserve humaine. Une immersion en terre amérindienne au Québec pour y rencontrer une communauté indienne.
Plus près de nous, elle s’intéresse de longue date aux marges sociales et géographiques de Bordeaux. Pour elle qui vit au cœur de Belcier, elle sait combien les transformations urbaines
provoquent des bouleversements profonds, et pas uniquement sur le tracé des routes. La ville, elle ne l’aborde pourtant pas d’un point de vu architectural ou urbanistique, mais à travers les
hommes et les femmes qui y vivent et qui y développent des habitudes.
D’habitude, c’est justement le nom du projet qu’elle mène depuis près d’un an avec le phonographe Marc Pichelin dans les quartiers de Bordeaux Nord de Bacalan et des Aubiers : « c’est un
choix politique d’aller dans ces quartiers populaires, de rendre hommage à ces gens qui vivent souvent dans la difficulté. Ici, c’est beau et rugueux, il n’y a pas de vernis. Vivre au bout des
villes n’a rien d’évident et pourtant ces quartiers sont riches de leur multiplicité, de leur tissu associatif et de leur histoire. Notre travail est d’abord dans la relation humaine ».
Sur ces bases, Marc Pichelin et Isabelle Kraiser cherchent à fixer les habitudes des gens, à la fois à travers la photographie et le son. Ils viennent d’ailleurs tout juste d’échanger avec Anita.
A 95 ans, Anita vient boire son demi tous les jours à 16h, au bar tenu par Marc qui accueille le club de boules le plus vieux de Bacalan et… de Bordeaux « depuis 1923 ! ». Les boulistes pendant
ce temps sont en pleine action. Tout le monde se retrouve ensuite pour boire une limonade ou un petit ballon de rouge. Au Kébab des Aubiers, changement d’ambiance et de sociologie comme avec Noa,
un jeune rappeur.
« Nous faisons de l’art relationnel, nous prenons notre temps. A Saint jean, je suis restée trois ans, j’y avais un appartement. Ici, on restera deux ans » précise Isabelle Kraiser avant
d’ajouter « sur ces bases, je me sens ensuite capable de militer, de me positionner et d’être de plus en plus active pour porter une parole, discuter, aller aux réunions avec des architectes ou
des politiques ». Impliquée et engagée, Isabelle donne finalement à voir et à entendre ce que nos sociétés normées aimeraient parfois lisser, oublieuses du fait que l’identité des quartiers,
qu’ils soient chics ou populaires, c’est aussi cela qui fonde l’attractivité d’une ville.
En savoir plus
# d’habitude Les Aubiers – Bacalan d’Isabelle Kraiser et Marc Pichelin. Le projet est à suivre au quotidien sur www.dhabitude.com et a été montré pour partie à arc en rêve dans le cadre d’Agora 2010.
# Réserves humaines, dans la communauté autochtone de Mashteuiatsh, Québec. Exposition jusqu’au 15 juillet 2010, Les arts au mur Arthothèque de Pessac www.lesartsaumur.com et sur le blog http://reservehumaine.blog.free.fr/
# Marc Pichelin, Ouïe/Dire, compagnie d’art sonore et éditeur phonographique (cartes postales sonores par exemple) www.ouiedire.com.
# Isabelle Kraiser http://isabelle.kraiser.free.fr/
Sonia Moumen
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dim
16
mai
2010
Hors lits : 3ème bordelaise
De courts spectacles de danse contemporaine en appartement, c’est la proposition de Hors lits, une initiative venue de Montpellier qui commence à essaimer à Bordeaux
"Bound" / Hors lits Toulouse
Depuis quelques mois à Bordeaux, fleurit de temps en temps, une forme de spectacle originale autour de la danse et du corps. Inscrit dans la droite lignée des « spectacles en appartement » qui
ont connu leur heure de gloire il y a une bonne décennie déjà, Hors lits a ceci de singulier qu’aucun programme prédéfini n’existe et que la soirée est itinérante. Il s’agit de découvrir
quatre mini-spectacles de danse contemporaine de 20 minutes dans quatre espaces différents, des appartements en règle générale.
Pour sa troisième apparition bordelaise, Hors lits était invité par le festival Vivre de l’art avec 2 bouts organisé par le sculpteur Jean-François Buisson dans son atelier de
Bacalan. Dans cette partie de Bordeaux, étiré le long des rails du tramway, plutôt constituée de vastes hangars que d’appartements ou de maisons, le collectif du jour avait notamment investi le
Garage moderne et les nouveaux locaux de Art.Aquitaine mis à disposition par le Port autonome.
Une idée venue de Montpellier
L’idée de Hors lits est née à Montpellier en 2005 : l’argentin Leonardo Montecchia lançait alors son premier opus dans la perspective de rapprocher artistes et spectateurs dans un cadre
intime (et limité à 25 personnes). Depuis, l’idée a essaimé à Toulouse, Marseille, Montreuil, Paris, Renne et Bordeaux.
Pas de sélection des pièces chorégraphiques, « nous ne sommes pas des programmateurs » précise Aude Le Bihan (l’un des deux contacts opérationnels bordelais), mais des programmes bâtis en
fonction des envies et des disponibilités, avec pour corollaire une impression plus ou moins inégale en fonction du cru du jour…
Quatre pièces chorégraphiques à découvrir
Celui de Bacalan du 8 mai dernier justement est l’occasion de découvrir Incubus/Succubus, une œuvre très (trop) intimiste de Emma Loriaut (Marseille) sur le thème du cauchemar, mais
aussi le solo A tout, prix ! de Ludovic Lezin (Bordeaux), mais encore la pièce très nombriliste (et décapante) du fondateur de Hors Lits qui a très justement appelé son morceau
de bravoure Le Nombril. La force de ce Nombril tient dans l’énergie très sud-américaine de son interprète tout autant que dans l’environnement dans lequel il l’a joué pour
l’occasion : un minuscule salon d’une résidence populaire dans lequel s’empile une collection de chats (en porcelaine, en gravure, en photographie…) et où la présence hilare de la maîtresse de
maison et de ses grands adolescents rappelle la frontière fragile entre attraction et répulsion : face à cet homme qui les regarde droit dans les yeux en parlant de son intimité, certains
pleurent de rire, d’autres préfèrent fuir…
Bound, la quatrième pièce, duo proposé par Audrey Bodiguel et Julien Andujar (Toulouse) et joué au Garage moderne prend pour sa part la forme d’une libre variation sur le thème du
couple, du désamour et du désir. Non sans humour, les deux interprètes se boudent, se fuient, s’engueulent dans un dialogue délirant sur ce pauvre Neil Amstrong, se cherchent, mais ne se trouvent
pas vraiment. Mais ce n’est pas grave : l’amour est une éternelle quête et un éternel recommencement. Ils nous en ont convaincus et c’est le principal.
En savoir plus
Hors lits Bordeaux, samedi 8 mai 2010 à 19h, 20 et 21h. Parcours pour 25 personnes.
A tout, prix!, Ludovic Lezin (Hors Lits Bordeaux)
Incubus/Succubus, Emma Loriaut et David Olivari (Hors Lits Marseille)
Bound, Audrey Bodiguel, avec Julien Andujar (Hors Lits Toulouse)
Le Nombril, Leonardo Montecchia (Hors Lits Montpellier)
Prochain RDV à Bordeaux : jeudi 1er juillet www.horslits.com
Sonia Moumen www.carnetdebordeaux ::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::
mer
12
mai
2010
L’art peut-il être populaire ?
Quel point commun entre la journée portes ouvertes Tous à l’Opéra et le festival Vivre de l’art avec 2 bouts ?
En ce week-end (chargé) du 8 mai, deux événements à l’extrême opposé sur l’échelle culturelle, prouvaient dans un joyeux désordre, qu’art et grand public font parfois bon ménage. Du côté de
l’institution richement dotée à tous points de vue (bâtiment sublime, incarnation d’une culture supposée élitiste, budget confortable, équipe de près de 400 personnes…) : l’Opéra national de
Bordeaux organisait la quatrième édition d’une journée portes ouvertes festive et intelligente : Tous à l’Opéra. Un événement organisé au même moment dans une centaine de « maisons
d’opéra » en Europe.
A l’autre bout de Bordeaux - dans le quartier de Bacalan - et de l’échelle institutionnelle, le sculpteur Jean-François Buisson installé dans un spacieux atelier, organisait un micro-festival à
tendance alternative Vivre de l’art avec 2 bouts. Le nom de l’événement déjà est tout un programme.
Heureuse collusion de ces deux événements, qui loin d’opposer culture institutionnelle et culture alternative, bousculaient, le temps d’un week-end, les rapports et les hiérarchies de l’art et de
ses publics.
Pour Tous à l’Opéra, l’ONB offrait un programme décalé et hautement participatif : chanter avec le Chœur de l’atelier lyrique, défiler en costumes d’opéra face à un public chauffé à
blanc par le délirant Calixte de Nigremont, s’initier aux jeux de lumières avec des techniciens… tout était possible pour qui souhaitait, le temps d’une journée, se glisser dans la peau des
interprètes. Pour les autres : expositions, visites, conférence (autour du vin dans les opéras, avec dégustation à la clé !), maquettes animées de Cécile Léna, projection sous le lustre de la
grande salle de Carmen de Carlos Saura...
L’idée de Tous à l’Opéra est simple, mais pas simpliste : pour approcher l’art, le désacraliser et le rendre populaire, il est parfois plus aisé de le… contourner : passer par la
pratique et faire la fête, en somme ! Il sera toujours temps ensuite d’aller « pour de vrai » à l’opéra pour y voir une vraie production.
Anne-Sophie Brandalise, directrice des publics et du développement de l’ONB, est formelle : non seulement cette journée a été un succès (Bordeaux arrive juste après le prestigieux Opéra de Paris
en terme de fréquentation), mais les effets de ces journées de « vulgarisation » sur le renouvellement des publics sont réels.
Plus modeste, mais pas moins participatif et trépidant, Vivre de l’art avec 2 bouts offrait un cocktail énergique d’expositions, de concerts, de micro-spectacles (dont l’intéressant
programme de danse Hors lits) dans une ambiance débridée. Dans une large cour en terre battue ouverte aux quatre vents, de vraies–fausses baraques foraines (du cirque Eclair) conféraient
à l’ensemble une atmosphère de kermesse scolaire mâtinée de foire aux plaisirs miniature. On y croisait un public dense et jovial, des familles du quartier, de jeunes curieux et des bordelais
friands de culture non standardisée. Avec trois fois rien et deux bouts de ficelles, Jean-François Buisson réussissait un vrai événement populaire.
Pour qui a eu la chance de se rendre à l’Opéra et chez Jean-François Buisson dans la même journée, le grand écart avait quelque chose d’étourdissant, mais aussi de rassurant : un peu comme à
Carnaval, pour 24 heures, les hiérarchies sociales, esthétiques et culturelles avaient été gommées. L’art était devenu populaire.
En savoir plus
# Tous à l’Opéra, samedi 8 mai 2010 de 13h à 22h30 à l’Opéra National de Bordeaux et dans une centaine d’opéras en Europe (Quatrième édition).
www.opera-bordeaux.com
# Les Vivres de l’art avec 2 bout, samedi 8 mai 2010 de 16h à 22h, festival organisé par Jean-François Buisson dans son atelier à Bacalan qu’il
a récemment aménagé pour y créer une galerie et une résidence d’artistes www.lesvivresdelart.org
Sonia Moumen
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ven
16
avr
2010
« Ma Maison Bordeaux », dans l’intimité de quelques (beaux) intérieurs bordelais
Dans la foulée de l’émission de TV7, Le Festin vient de publier un hors-série en forme de revue de décoration dans laquelle Marie-Laure Hubert-Nasser présente 30 intérieurs remarquables
On la connaissait pour ses éclats de voix et son rire sonore, pour ses coups de gueule et sa créativité dès qu’il s’agit de communiquer. On la savait engagée dans une foultitude d’activités : ses
fonctions de directrice de la communication de Congrès et Expositions de Bordeaux, sa présidence du CODES culture pour la ville de Bordeaux (groupe de réflexion sur la culture à horizon 2030),
son soutien au développement du groupe Bordeaux de www.terrademina.com, ses portraits de personnalités locales pour Objectif Aquitaine, l’animation de ses émissions de décoration Ma
Maison Gironde sur TV7. On en oublie sans aucun doute, tellement Marie-Laure Hubert-Nasser foisonne d’idées et d’activités au service de sa cité. Pas étonnant alors qu’elle ait eu la riche
idée de proposer à la maison d’édition Le Festin de réaliser un hors série spécial autour de quelques demeures d’exception dans l’agglomération bordelaise. Trente plus précisément. Des
maisons, des appartements, des utopies familiales, solitaires ou amoureuses qu’elle avait découvertes à l’occasion de ses reportages pour TV7.
Pour Ma Maison Bordeaux, qui se présente comme une (bonne) revue de décoration (photographies couleurs et papier glacé), Marie-Laure Hubert-Nasser se plonge aux racines des projets, des
travaux, des collaborations avec les architectes. Elle tente de donner à comprendre – dans un style alerte et « habité » - qu’un projet réussi se bâtit d’abord sur la rencontre entre une
esthétique, une fonctionnalité et un mode de vie. Du coup, on ne croise pas que - et c’est tant mieux - des maisons d’architectes aux murs blancs et au mobilier design. On y trouve aussi du
kitsch, du foutraque, du bariolé, de l’inspiré, comme chez Joël : une « maison phare », paradis des pagaies et des échappées en canoë sur la Garonne. Comme chez Nathalie et Fabrice aussi, où la
couleur et la surcharge donnent une impression de bazar oriental très éloigné des clichés bordelais. Chez Marie et Pascal encore, où la maison semble d’abord faite pour résonner des rires et cris
des quatre enfants et des amis.
Bien sûr, Ma Maison Bordeaux livre aussi les secrets de quelques maisons qui paralysent par leur majesté ou leur faste : l’incroyable « Usine à rêves » de Ghislaine et Stéphane (à
l’image d’un hôtel 4 étoiles luxe avec sa piscine intérieur noire, ses hauteurs de plafonds insensés et son look industriel épuré) ; ou encore l’hôtel particulier de Virginie et Antoine,
tellement bordelais avec sa pierre blonde et son immense verrière en vitrail ouvrant sur le vaste jardin.
A travers son regard, Marie-Laure Hubert Nasser nous entrouvre, avec une discrétion, une modestie et un amour de l’autre, la porte des rêves de quelques-uns. Puissent-ils un jour aussi devenir
les nôtres…
En savoir plus
Ma Maison Bordeaux, le Festin hors-série, vient de paraître. En kiosque. 7,50 €. Textes : Marie-Laure Hubert-Nasser. Photographies : Marc de Tienda. www.lefestin.net
jeu
15
avr
2010
Casteljaloux selon Laurent Laffargue
Le metteur en scène aquitain offre avec « Casteljaloux » (version 1), un one man show autofictionnel jubilatoire. Un spectacle visible en Aquitaine la saison prochaine
Laurent Laffargue / Photo Sonia Moumen
Tournant de la quarantaine ? Paternité récente ? Installation à Paris ? Nostalgie de l’adolescence ? On ne sait finalement pas grand chose des raisons qui ont poussé le metteur en scène bordelais originaire de Casteljaloux, Laurent Laffargue, à écrire, mettre en scène et jouer seul sur scène son Casteljaloux (version 1). Une proposition théâtrale en rupture totale avec ses dernières créations. Pour cette nouvelle mise en scène, pas de grands textes inscrits au Panthéon de l’histoire du théâtre (Shakespeare, Pirandello…), pas d’exploration d’auteurs contemporains (Keene, Bond), mais une salutaire introspection en équilibre constant entre l’autofiction et le théâtre populaire, les confessions intimes et le one man show.
Des personnages aussi truculents que succulents
Casteljaloux, c’est là que Laurent Laffargue est né et a grandi, là où son père a été ouvrier, là où il a rêvé de réussir le Conservatoire de Bordeaux, où il a embrassé des filles pour la
première fois, fait ses premières parties de chasse. De cette période, il livre des souvenirs émouvants et drôles à travers des personnages aussi truculents que succulents. Des personnages qui
sentent l’amitié et le foutre, la médiocrité et le pastis, la haine et le vin mauvais. A Casteljaloux, ça sent la forêt, les pins à perte de vue et ce sentiment d’enfermement quand on s’appelle
Laurent (Romain dans la pièce), que l’on a 17 ans, que l’on écoute Scorpion ou David Bowie, que l’on danse sur Born to be alive ou Les démons de minuit, que l’on conduit la
Renault 12 de son père et que ses deux ambitions sont « d’embrasser Pascaline » et d’être « pris au conservatoire de Bordeaux ».
Fort heureusement pour nous, Laurent n’a pas connu le bonheur d’embrasser Pascaline et est devenu (sans qu’il y ait de lien de causes à effets clairement identifié) le metteur en scène talentueux
que l’on sait.
Derrière le metteur en scène se révèlent l’auteur et le comédien
En revanche, on ne le connaissait pas auteur (son texte est un pur délice de souvenirs savoureux et de personnages hauts en couleurs), encore moins comédien. Même parmi ses proches, plus grand
monde ne se souvient de l’avoir vu jouer un jour. « Ça doit bien faire plus de 17 ans » précise-t-il à peine sorti de sa prestation scénique pour laquelle, seul sur le plateau, il interprète tout
ce que Casteljaloux comptait de figures locales en 1984 : le jeune Romain ; le père de Romain, 42 ans, « queutard » en diable, Jean-Michel, 28 ans, sosie de Patrick Dewaere en efféminé ; la mère
de Romain, 34 ans, témoin de Jéhovah ; Ophélie, 4 ans, Berger à poil noir et témoin muet des turpitudes humaines ; Jeannot Sanchez, 44 ans, raide dingue de Chantal, trois ans de prison derrière
lui pour avoir raccourci à la hache une main baladeuse ; Chichinet qui aime Chantal et pour qui cet amour sera fatal... « Il y a beaucoup de secrets à Casteljaloux. Des petites gens. Des gens
modestes. J’aimerais en faire des héros tragiques. J’aimerais en faire une tragédie ».
Un potentiel tragique
Si pour l’heure, c’est plutôt la comédie qui domine, on pressent dans les silences, dans les échappées cinématographiques dans la forêt des Landes, dans les lignes droites pour seul horizon, le
potentiel tragique qui pourrait bien être celui de la version 2, créée en févier prochain avec pas moins de dix comédiens !
Dix comédiens sur le plateau dont les fidèles Eric Bougnon ou Pascal Vannson, c’est un Laurent Laffargue en « chef de bande » que l’on connaît mieux. Laurent Laffargue, en équilibriste sensible
et mutin dans cette version « en solitaire », mérite cependant le détour… à Casteljaloux comme partout ailleurs. Qu’on se le dise.
En savoir plus
# Casteljaloux (version 1), texte, mise en scène, jeu Laurent Laffargue, cie Le Soleil bleu. Collaboration artistique Sonia
Millot.
Une série de trois semaines se termine (jusqu’au 17 avril) au Théâtre de la commune à Aubervilliers où Laurent Laffargue est artiste associé.
Calendrier de tournée en Aquitaine pour 2010/2011 en cours d’élaboration.www.theatredelacommune.com
# Casteljaloux (version 2) avec 10 comédiens sera créé en janvier 2011 à la Coursive de la Rochelle (toujours fidèle à Laurent
Laffargue), puis en tournée : Théâtre Jean Vilar de Suresnes, Filature de Mulhouse (février), Théâtre de La Commune d'Aubervilliers (février et mars), Théâtre de Saint Quentin (12 avril).
Calendrier de tournée en Aquitaine pour 2010/2011 en cours d’élaboration.
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Sonia Moumen
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mar
06
avr
2010
Casting adolescent pour « Fauves », une comédie musicale de Michel Schweizer
Le casting organisé par l’artiste Michel Schweizer vise à recruter des adolescents pour son prochain spectacle au nom et au visuel inquiétants
Cet après-midi, ça se presse et se bouscule à l’entrée du TnBA. Des jeunes garçons et des jeunes filles, la mèche rebelle ou le poil court, la casquette vissée sur le crâne ou le Borsalino au
creux de la nuque. Il y a dans cette longue file fébrile un peu tout ce que la société compte de diversité, de looks et de milieux sociaux. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, il ne
s’agit en rien de la queue pour un spectacle, mais pour un casting. Un casting pour « filles ou garçons entre 16 et 18 ans » possédant « un talent particulier ». Un simple casting. Pas pour la
Star ac’ ou la Nouvelle star, pas pour la nouvelle promotion de l’Estba, mais pour la prochaine création de Michel Schweizer. Même si son nom n’apparaît nulle part sur les affiches placardées un
peu partout, l’œil averti reconnaît d’emblée ses attributs esthétiques : le blanc immaculé, le chien aux aguets, l’homme encagoulé d’une c de maille, l’inscription Fauves comme lacérée à
grands coups de canif ensanglanté.
Bien sûr, la plupart de ces jeunes ne connaissent pas l’univers trouble et troublant de celui qui a débuté comme chorégraphe, certains ne sont d’ailleurs jamais allés au spectacle, ni à ceux de
Schweizer, ni à aucun autre : « je n’y suis jamais allée de ma vie » explique très sûre d’elle une jeune postulante. Alors que viennent ainsi chercher ces jeunes auprès d’un artiste exigeant dont
la recherche esthétique flirte plutôt du côté de la psychanalyse, de la philosophie, de la sociologie ou des arts plastiques ? On se souvient de Bleib (des malinois et leurs maîtres
chiens sur fond de conversation entre un psychanalyste et un philosophe), mais aussi de Ô Queens (portraits intimes d’une stripteaseuse, d’une bodybuildeuse et d’une danseuse classique).
Nul doute que ces jeunes n’en connaissent pas l’univers, encore moins les récurrentes polémiques autour de ses créations : sombre manipulation des consciences ou brillante révélation de notre
inconscient collectif ?
Toujours est-il que le directeur de La Coma recrute pour sa comédie musicale Fauves pour laquelle il voit défiler, deux jours durant, une petite centaine de postulants qui chantent,
interprètent, rapent, jouent ou dansent. Ils ont cinq à dix minutes pour convaincre qu’ils ont ce fameux « talent particulier », et puis qu’ils ont vraiment envie de faire de la scène. A les voir
singer Mickael Jackson, Camille, Assassin, Patricia Kaas, Flash dance, Alien K. et même parfois les tragédies antiques, on comprend qu’il ne suffit d’être dans le mimétisme pour avoir du talent,
il faut aussi être capable de se dépouiller des tics chipés aux idoles télévisuelles.
C’est justement l’objet de la troisième journée : ils ne sont plus que trente. Un peu à la manière d’une thérapie de groupe, ces adolescents évoquent leur rapport à l’art. De la superficialité et
des artifices de la veille, il ne reste presque plus rien : « L’inspiration, ça vient de la vie, je suis obligé d’observer ce qui se passe autour de moi pour écrire », « Je ne réfléchis pas de la
même manière que les autres gens », « J’ai choisi de chanter ce morceau parce que c’est une compo de mon groupe. J’avais mes amis dans la tête. Les amis, c’est un moteur », « J’ai besoin de me
dépenser sinon j’explose. La danse, c’est bien pour moi, mais aussi pour les gens qui m’entourent ». Et puis, « je me sens bien ici. Je suis entourée de gens qui me comprennent » conclut une
jeune rockeuse à la mèche rebelle et la voix profonde.
Reste à savoir si cela sera suffisant pour faire partie de la dizaine d’adolescents qui participeront à la création en novembre prochain, ou plutôt qui intégreront l’ « échantillon d’humanité
stabilisé » dans le respect de ce qu’ils sont. A l’occasion de Ô Queens, celui qui se définit comme un « organisateur d’événement » disait déjà : « les prestataires que je convoque dans
mes spectacles n’ont pas de rôle à tenir ni de récit à investir. Ils sont invités à utiliser un savoir faire particulier au service d’une logique de production respectant leur capital identitaire
». Tout un programme.
En savoir plus
Casting pour Fauves de Michel Schweizer, du 31 mars au 3 avril à Bordeaux (TnBA) et du 21 au 24 avril à Paris (Théâtre national de Chaillot) www.fauvesprod.com.
Le spectacle sera en tournée (dont Bordeaux) à partir de l'automne 2010.
Sonia Moumen
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mar
30
mar
2010
Élu du front de gauche, l’avocat Gérard Boulanger se voit confier la délégation "Culture et citoyenneté" au Conseil régional d’Aquitaine
Après les années énergiques de Frédéric Vilcocq, passionné de rock et de musiques actuelles, à quoi pourrait ressembler l’ère Gérard Boulanger ?
Il aurait préféré une vice-présidence à la culture, mais devra se contenter d’une délégation. Lui, c’est Gérard Boulanger, un avocat de 61 ans, nouvellement élu au Conseil régional grâce à
l’alliance (au second tour des Régionales) de sa liste, le Front de gauche, à celle du PS menée par Alain Rousset.
Pour cet ancien du Parti socialiste, dont la salle d’attente est remplie de piles de Charlie Hebdo et de Monde 2, il s’agit d’un premier mandat, ce qui ne l’empêche pas d’en
connaître un rayon en politique.
D’abord parce qu’il s’est présenté à deux reprises à des cantonales partielles : en 1989 sur une liste PS contre Jacques Valade et en 1999 sans étiquette : « c’était plus un acte de protestation
» contre le candidat « de droite » du PS précise-t-il.
Ensuite, parce qu’il fait depuis de longues années ce qu’il appelle de « la métapolitique » : syndicaliste au Syndicat des avocats de France (dont il a assuré la vice-présidence, puis la
présidence), fondateur de l’association des avocats européens ; militant des droits de l’homme, de la défense des droits des étrangers et des demandeurs d’asile…
Enfin, en tant qu’avocat à Bordeaux depuis 1977, il a été à l’initiative ou a œuvré à faire juger des affaires comme les recalculés des Assedic ou le procès Papon. Affaire Papon qui lui a inspiré
pas moins de quatre ouvrages et l’écriture d’un documentaire pour France 3 (en cours de tournage).
On ne se trompe pas vraiment en affirmant que l’homme est un passionné d’histoire « si je n’avais pas été avocat, j’aurais pu être historien ou mieux, archéologue ». Féru de culture classique,
ses références musicales vont de Mozart à Verdi, cependant qu’il se targue d’avoir visité les plus grands musées européens de peinture.
Et la culture contemporaine dans tout ça ? Il aimerait la voir se développer à travers la citoyenneté. Il a d’ailleurs obtenu que sa délégation couvre aussi ce champ précis. Là où son
prédécesseur Frédéric Vilcocq était délégué à la "Culture et à l’économie créative", Gérard Boulanger le sera pour la "Culture et la citoyenneté". Exit donc les axes développés par l’ancien
conseiller régional autour des musiques actuelles ou de la filière du disque pour citer deux de ces dossiers phares ?
Pas si sûr, car pour le nouvel élu qui avoue « ne pas avoir rencontré Frédéric Vilcocq, mais en avoir entendu beaucoup de bien », il ne s’agit pas de « faire table rase du passé. Ce n’est pas mon
style ». Et de poursuivre « je voudrais comprendre les figures imposées, puis je travaillerais sur les figures libres ». Les figures libres sont justement en germe dans son volet "citoyenneté" :
« des préoccupations humanistes liées aux libertés publiques, à l’histoire et à la mémoire ».
Une conception plutôt patrimoniale de la culture qui, espérons-le, devrait coexister dans l'harmonie avec les nouvelles expressions et nouvelles pratiques.
En avoir plus
# Gérard Boulanger (Front de gauche), nouvellement élu au Conseil régional d'Aquitane est en charge la délégation "Culture et citoyenneté".
# Anne-Marie Cocula (PS), réélue au Conseil régional a en charge la Vice-présidence Education, enseignement supérieur et culture.
Lire aussi sur ce blog
L'affaire F. Boncoq - L’univers impitoyable des listes électorales
Sonia Moumen
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jeu
25
mar
2010
Lorsque la musique transcende le vin
Jacky Terrasson improvise un jazz rageur et charnel autour des primeurs 2009 de Château Palmer
Jacky Terrasson
Pour fêter ses primeurs 2009 (Château Palmer et son Alter ego), le Château Palmer proposait rien de moins que le pianiste Jacky Terrasson, invité à improviser sur les vignes et
le vin de ses hôtes.
Un concert privé pour une trentaine d’heureux amateurs d’ivresse musicale, réunis autour du piano à queue dans le salon rouge, tout de soieries pourpres et dorées, tendu. L’homme n’est pas
frimeur, il sourit, s’assoie et joue. Ou plutôt il ne joue pas : il livre bataille. Une bataille contre un ennemi invisible qu’il fouette de sa jambe, bat de son pied, repousse de l’épaule, tient
à distance de sa main suspendue dans le vide. En équilibre sur son tabouret, c’est tout son corps qui s’engage, se cabre et frémit. Souvent violent, parfois brutal, il laisse échapper un râle, un
grognement, chantonne, psalmodie, susurre et maudit. Ses yeux fixent un point que lui seul devine.
Quelle épopée se raconte-t-il, perdu dans ses souffrances et exaltations ? L’épopée du vin et de la vigne, du printemps humide et frais, des orages de grêle, de l’été ensoleillé, de la lente
maturation des raisins, de la patience, puis de la fièvre des vendanges, de la surveillance sans répit des moults, de la complexité des assemblages… Sa vision de deux vins qu’il aime, lui, qui a
appelé sa fille Margaux.
Pour Alter ego, Jacky Terrasson invente une musique affolée qui galope, cavalcade, tourbillonne joyeusement. Intensément. Alter ego offre, nous dit-on, « un fruit intense,
croquant et juteux », il est un vin « spontané, plein de naturel », à la fois gourmand et suave. La musique de Jacky Terrasson aussi.
Pour Château Palmer, il est plus apaisé, plus ancré dans le sol, peut-être plus en phase avec un vin de terroir, porteur d’une « extrême complexité… entre richesse aromatique et
puissance des tanins ». Plus chargée, la musique de Terrasson s’élève petit à petit, se fait passionnée, plus sensuelle, parfois mutine et finalement plus mélodique.
Au final, une heure de musique rageuse et charnelle qui parle aux sens et nous laisse pantelants, comme terrassés. Et la dégustation au dîner de cinq millésimes (1959, 69, 79, 89 et 99) n’y a
rien changé.
En savoir plus
Palmer 2009 par Jacky Terrasson. Soirée autour des vins de Château Palmer, mardi 23 mars 2010. www.chateau-palmer.com
Sonia Moumen
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mar
23
mar
2010
Un atelier cuisine au milieu d’œuvres d’art ?
Le Frac Aquitaine initie les enfants et leurs parents aux secrets de l’art contemporain, avec pour écrin l’exposition « Dans la forêt ». Retour sur expérience.
Tous les parents de jeunes enfants le savent : pas simple d’initier sa remuante progéniture à l’art contemporain sans provoquer blocage, rejet ou tout simplement mou ennuyée.
Depuis ses trois jours à la Biennale de Venise en août dernier, Milan, six ans, passionné de foot, le répète à l’envi : « y’en a marre de l’art contemporain ». Même l’imposante sculpture Boy
with frog de Charles Ray à la Punta della Dogana ou l’installation audiovisuelle monumentale de l’artiste polonais Piotr Uklanski Dancing Nazis au Palazzo Grassi n’y avaient rien
changé.
Il fallait donc combattre le traumatisme vénitien ! J’étais à l’affût d’expositions et d’initiatives singulières susceptibles de réconcilier le jeune Milan avec l’art contemporain…
C’est alors que je tombais sur Dans la forêt, la nouvelle exposition du Frac Aquitaine. Le thème déjà me réjouissait. La forêt, bien avant d’évoquer la tempête Klaus, renvoie à une
foultitude d’histoires de loups et d’enfants égarés, de fraises sauvages et de feux follets, d’ogres cruels et de princesses endormies, de feuilles qui craquent et d’oiseaux qui pépient. La
forêt, on s’y perd souvent. On y a peur parfois. On y trouve refuge aussi.
Si la thématique ne me déplaisait pas, le fait que Dans la forêt se tienne au Frac était de bon augure : contraint par l’espace limité, le nombre d’oeuvres exposées y est à l’échelle
d’un public béotien : ni trop ni trop peu, en somme…
Enfin, je ne dédaignais pas le programme culturel en lien avec l’exposition. Est-ce parce que le Frac est dirigé par une jeune femme (par ailleurs mère de deux bambins) que le jeune public y est
à ce point pris en compte ?
Ni une ni deux, je nous inscrivais sans hésiter, Milan et moi, au premier rendez-vous où il était encore possible de trouver deux places : Un deux trois, nous irons au bois : un atelier
cuisine animé par Anne Bosredon et précédé par une initiation toute en douceur aux œuvres.
Tabliers autour du ventre, tout - ou presque - nous était alors permis, pourvu que nos créations culinaires s’inspirassent des œuvres vues et de notre imaginaire sylvestre : la construction de la
maison en gâteaux, pâtes d’amande et bonbons façon Hansel et Gretel, pour sûr, cassa la baraque, tout autant que la reconstitution en chamalows et sucres d’un paysage sous le neige.
Résultat ? Milan me chipa mon appareil photo pour garder un souvenir de son pied d’ogre customisé, mais surtout pour photographier les œuvres qu’il avait aimées : les bottes du géant, la dame à
la tête de cerf, le tas d’empreintes animales, le feu préhistorique. Il est même d’accord pour y retourner à l’occasion d’un prochain atelier. Encore un petit effort et il se pourrait bien que
l’on retourne à Venise…
En savoir plus
Dans la forêt, exposition du 22 janvier au 17 avril 2010, Frac Aquitaine, bassin à flots à Bordeaux. www.frac-aquitaine.net
# Atelier Un, deux, trois, nous irons au bois, animé par Anne Bosredon - Food party http://food.party.free.fr/
# Prochain atelier pour les enfants : Dans la peau des bêtes et autres habitants de la forêt, samedi 10 avril.
# Biennale de Venise www.labiennale.org/en/art/
# Fondation Pinault : Palazzo Grassi et Punta della Dogana www.palazzograssi.it/
Sonia Moumen
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ven
19
mar
2010
La sortie de « Blablabla#2 » aux éditions bordelaises N’a qu’un œil
Vitaminé comme sa couverture orange, le nouveau « petit dictionnaire illustré de tout le monde » fait à nouveau mouche
« Les gens sont bavards ! ». Voilà, C’est dit. Carole Lataste, l’éditrice bordelaise de N’a qu’un œil l’a dit et en a même fait un livre. Ou plutôt deux. Deux Blablabla, soit deux « petits dictionnaires illustrés de tout le monde ». Le deuxième tome de cette vaste entreprise de collectage et de mixage de paroles populaires (ou citoyennes, pour utiliser une expression en vogue) est sorti il y a quelques semaines et c’est un régal.
Disons que c’est un dictionnaire pas comme les autres qui « met en livre » les paroles et définitions de nombreux « bavards » de tous âges et de poils, sollicités à travers ateliers et
rencontres.
On y trouve des perles de drôlerie et de poésie, on y sent les espoirs et les renoncements, les troubles et les incertitudes, souvent de la naïveté, parfois de la gravité. Ça se picore à volonté,
sans chercher à comprendre pourquoi une autruche est une « poule géante avec des griffes géantes » et qu’un autoportrait c’est « quand on fait son portrait dans une voiture ».
De temps en temps, Carole Lataste et sa bande en font des lectures, de ce petit dictionnaire pas comme les autres. Pour la Maison des jardiniers au Parc de
Majolan à Blanquefort, une appétissante sélection de l’imposant ouvrage orange flashy s’est vu transfigurée en une ode drolatique à la nourriture et à la cuisine.
Carole Lataste, qui est passée par les Beaux-arts de Bordeaux, la scénographie, la BD, l’institut de sondage Ipsos « j’avais des ampoules aux oreilles », avant de créer sa maison d’édition il y a
14 ans, se revendique comme une artiste et une « metteuse en livre ». Ses références flirtent avec la poésie sonore (Tarkos, Pennequin), l’Oulipo (Pérec, Queneau), la littérature jeunesse « je
suis une fan de Harry Potter » et les livres d’art et de typographie « Massin, un de mes maîtres ». Autant de références qui viennent nourrir une foultitude de projets au long cours. Comme ce
Blablabla#2, un bien agréable viatique contre la morosité du monde.
En savoir plus
Blablabla#2 petit dictionnaire illustré de tout le monde, mixé par Carole Lataste aux éditions N’a qu’un œil, parution janvier 2010. 32 €.
En vente dans une sélection de points de vente à Bordeaux (Mollat notamment) et partout en France.
Lire aussi sur ce blog
Derrière la parc, l’émotion (billet sur le Parc de Majolan)
ven
19
mar
2010
Les femmes, une nouvelle majorité invisible ?
L’illustratrice et BDiste bordelaise Sandrine Revel publie «Résurgences», un album qui met en lumière la précarité des femmes
Effet de la crise ? De plus en plus de personnalités, journalistes ou artistes s’intéressent à la misère sociale et économique, celle des femmes en particulier. Après Florence Aubenas et son
remarquable Quai de Ouistreham sur la douloureuse précarité des femmes de ménage, Sandrine Revel, illustratrice et BDiste bordelaise, dresse un portrait attachant de « femmes en voie
de resociabilisation ».
Derrière le sous-titre un peu abscons de son tout récent album Résurgences (sorti ce 18 mars), se cache un remarquable travail d’écoute et d’observation d’un groupe de femmes
déconnectées du monde du travail. En stage pendant huit mois au CIDFF (Centre d’information des femmes et de la famille), ces femmes ont réappris à se battre pour « se remettre dans le circuit et
être à nouveau capables de se projeter ».
Crayons, appareil photo et vidéo en bandoulière, Sandrine Revel les a observées et écoutées durant toute la durée de leur renaissance. « Je ne suis pas dans une approche sociologique, encore
moins journalistique, mais plutôt dans le ressenti » souligne la jeune femme avant de poursuivre « je me faisais la plus discrète possible, presque invisible ». Dans la BD qui vient de paraître
chez La Boîte à bulle, sa discrétion s’incarne d’ailleurs dans le personnage d’une petite souris masquée : « je ne me dévoilais pas, ce sont les femmes qui se dévoilaient. Je récoltais de la
matière, mais je ne savais pas encore ce que j’allais en faire. C’était comme un gros morceau de pierre. Vers quoi ce volume allait-il m’amener ? ».
Dix-huit mois plus tard, le morceau de pierre s’est métamorphosé en une BD tout en noir et blanc, au dessin sobre. Ces femmes, hantées par leur invisibilité sociale et professionnelle, semblent
renaître. « Il y a vraiment urgence » martèle la jeune quadra « certaines femmes sont en train de disparaître des circuits de l’emploi et des principaux terrains de la vie sociale et
politique. Il faut que l’on se réveille. On vit sur les acquis de nos aînées, mais n’est-on pas en train de régresser ? ».
Une interrogation que Sandrine Revel fera partager dans quelques jours à Laurent Wauquiez, secrétaire d’état chargé de l’emploi auprès de Christine Lagarde. La BD au secours des femmes en
difficulté ? La BD pour alerter le politique ? Qui l’aurait seulement imaginé il y a quelques années ?
Extrait de "Résurgences"
En savoir plus
Résurgences, femmes en voie de resociabilisation, de Sandrine Revel aux éditions La Boîte à bulles, parution 18 mars 2010.
Rencontre avec Sandrine Revel à Bordeaux, le 9 avril 2010 à 17h30 au CIDFF.
@ Le site de Sandrine Revel http://www.evawood.fr/
@ Visionner la vidéo de présentation http://www.youtube.com/watch?v=Y5hDoNNN1CE&fmt=18
@ CIDFF http://www.infofemmes.com/
@ La boîte à bulles la-boite-a-bulles.com/
Sonia Moumen
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mar
16
mar
2010
« Chouf Ouchouf », les acrobates de Tanger mise en scène par Zimmerman et de Perrot
Un spectacle populaire entre cirque traditionnel et esthétique contemporaine
Des gamins des rues, ou plutôt des plages, inlassablement s’entraînent et reproduisent l’art ancestral de l’acrobatie né au nord du Maroc… La légende dit que ce sont ces gamins des rues qui forment aujourd’hui le très remarqué Groupe acrobatique de Tanger, né en 2003. C’est Aurélien Bory, artiste de cirque et metteur en scène toulousain, qui le premier s’est intéressé à leur énergie brute. Pour et avec eux, il avait imaginé Taoub.
A sa création, cette mise en scène d’une grande simplicité avait réussi le double pari de canaliser leur bouillonnement et d’adapter leurs numéros traditionnels aux canons esthétiques
contemporains. Taoub avait alors connu un succès retentissant au Maroc, en France (Bordeaux notamment) et en Europe.
C’est à présent aux artistes suisses Zimmerman et de Perrot, dont l’univers n’est pas sans rappeler celui d’Aurélien Bory, de mettre en scène et en espace la douzaine d’acrobates tangérois. Une
bande de garçons et de filles (elles sont deux) à la bonne humeur communicative. Ce qui faisait la fragilité de Taoub (la relative « faiblesse » technique des interprètes), est
aujourd’hui passé au second plan : les acrobaties sont plus ambitieuses et mieux maîtrisées, le travail collectif mieux orchestré.
La première scène de Regarde et regarde encore (en français) nous plonge d’emblée aux racines du spectacle populaire et de la fête foraine : roues, équilibres, saltos…, les douze de
Tanger tourbillonnent sur le plateau sur les rythmes d’un DJ, animateur d’auto-tamponneuses. Un univers musical endiablé tout simplement extraordinaire !
L’intelligence de la bande-son est là pour nous rappeler que Zimmerman et de Perrot sont des créateurs sonores d’exception. Même chose côté scénographie : un immense mur se déploie, se
fractionne, se métamorphose en autant de tours, placards, paravents que nécessaires, dessinant et redessinant l’espace à l’infini… les deux compères s’inspirant ici habilement des esthétiques de
leurs précédents spectacles, Gaff Aff (présenté à Bordeaux et Périgueux), Gopf ou Janeï.
Entre la précision et l’exigence suisse et l’énergie potache des jeunes marocains ; entre acrobaties, chants collectifs, scènes de genre et effets visuels et sonores contemporains, l’alchimie
trouve facilement son chemin. On sort de Chouf Ouchouf, détendus et heureux. Détendus et heureux, même s’il persiste un léger malaise. Le même que l’on peut ressentir face à des
générations de hip hopeurs tentant de quitter la rue pour se produire sur des plateaux. Peu d’entre eux ont durablement gagné le pari de la scène. Les acrobates de Tanger, eux, semblent encore au
milieu du gué.
En savoir plus
Spectacle présenté au Carré des Jalles, les 11 et 12 mars 2010. www.lecarre-lescolonnes.fr
Chouf Ouchouf, de Zimmermann & de Perrot. www.zimmermanndeperrot.com
Lire aussi sur ce blog
L’ère de la robotique onirique Avec Sans objet, sa toute récente création, Aurélien Bory revendique « un poème de l’inutilité »
Plus ou moins l'infini Les lignes de fuite à l'infini du tandem Soltanoff / Bory
Sonia Moumen
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ven
12
mar
2010
État d’Esprit : Marie Bové
A quelques jours du premier tour, Marie Bové livre ses impressions sur la campagne et ses attentes pour Europe Écologie
Un état d’esprit ?
Je suis dans une certaine euphorie. Je ne suis pas dans la satisfaction personnelle, mais euphorique, parce que ce que l’on a essayé de faire, ça marche.
Dimanche j’irai voter en fin de matinée avec ma maman. Nous sommes dans le même quartier de Bordeaux. Puis nous déjeunerons en famille. Je rejoindrai Monique de Marco en fin d’après-midi pour
échanger et se caler. En fonction des résultats, les négociations commenceront le soir même. Nous n’avons pas encore officialisé qui serait aux négociations.
La campagne ?
Ça était un formidable travail d’équipe. Avec 90% de renouvellement sur la liste, il a fallu que chacun fasse l’effort d’apprendre à connaître l’autre. Humainement, cela a été quelque chose de
très fort. Après tout, on a vécu ensemble pendant quelques mois ! Il y a vraiment eu de bons moments, à Paris pour le meeting Nouveaux militants, nouvelles pratiques ou la distribution des
carnets de vaccination contre le machisme, des billets de train contre la LGV, des chèques verts contre les inégalités énergétiques. Les derniers jours ont été très positifs.
Ce qui ça a changé pour vous ?
Une nouvelle manière de faire de la politique basée sur « l’union dans la diversité ». Des militants de Cap 21 et du PS nous ont rejoints ces derniers jours parce qu’ils avaient envie de faire
avancer des idées et qu’ils n’y arrivaient pas forcément dans leurs partis. Ils arrivent dans un outil (ndlr Europe Écologie) où l’on donne la parole aux uns et aux autres dans le respect de
chacun, où l’on peut participer à la construction des idées et des fondamentaux idéologiques. Rien n’est ficelé ! On va créer la première coopérative politique !
Vos thèmes de campagne ?
- L’emploi et la précarité sont vraiment des sujets qui me préoccupent, même si on m’a un peu cataloguée LGV. Comment arrêter le saupoudrage des aides à des industries dans le
rouge et sous perfusion ? Comment changer les moyens de production ? Comment arrêter les plans de relance basés sur une croissance inexistante ? C’est vital.
- La solidarité, pour laquelle j’ai toujours milité. Il faut par exemple rompre avec les clichés de l’Europe forteresse.
- Les énergies, et surtout les énergies renouvelables.
Tout cela, ce n’est pas le rêve du grand soir, on est dans du concret, du quotidien.
Votre tête de liste ?
Avec Monique de Marco, il y a vraiment eu une relation de confiance, même si nous n’étions pas toujours ensemble aux mêmes moments ! C’est quelqu’un de très humble. Au fur et à mesure de la
campagne, elle s’est affirmée, elle a assumé son rôle sans sourciller, avec un dynamisme incroyable. Elle a constamment bougé, animé, géré… et toujours avec le sourire, toujours en restant très
attentive aux autres.
Des pronostics ?
On sera au-dessus de 10%, c’est sûr ! 10% + x. Reste à connaître la valeur du x. En régional, comme en national, on pourra dire que la troisième force politique est Europe Écologie. Pour un outil
politique tout neuf, ça ne serait pas rien ! Les sondages annoncent Alain Rousset très haut. Le PS est à peu près sûr d’avoir la Région. Si on additionne nos deux scores, ça pèse.
Lire aussi sur ce blog
Condensé de campagne : Marie Bové
Marie Bové vue par Noël Mamère
Portrait de campagne : Marie Bové
Petite étude comparée des sites Web de campagne
La campagne des régionales sur le Web
Sonia Moumen
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ven
12
mar
2010
Etat d’Esprit : Alexandra Siarri
A quelques jours du premier tour, Alexandra Siarri, N°2 Gironde sur la liste UMP, livre ses impressions et attentes
Un état d’esprit ?
Le week-end dernier, pour mon anniversaire, je me suis extraite des Régionales pour la première fois. Ce bref moment de recul m’a permis de laisser remonter à la surface tous les moments de
stress, toute la difficulté du combat. Ça était un moment difficile, mais je suis revenue avec l’esprit apaisé, avec la satisfaction de ne pas m’être perdue, de ne pas avoir perdue ma lucidité.
J’ai gardé ma ligne de conduite, celle d’une citoyenne militante, respectueuse de la place qu’on lui a donnée.
La campagne ?
Je suis très contente de la manière dont la campagne s’est déroulée. J’ai eu l’impression de la faire telle que je suis. Xavier Darcos a adhéré à ma manière d’être et on a été très
complémentaires. Tout le monde m’avait pourtant prédit le pire ! J’espère que l’UMP et les autres partis oseront à nouveau mettre de nouvelles têtes sur les listes, des gens issus de la société
civile. Je crois qu’il sont en ordre de marche pour cela.
Ce qui ça a changé pour vous ?
Je sens que quelque chose de nouveau est né, que la société civile (ndlr, Alexandra Siarri n’est pas encartée) a vraiment toute sa place dans le débat politique. L’UMP a bien accepté ma position
et ce que je suis. C’est le signe que les choses bougent. La politique telle qu’elle est encore fabriquée n’intéresse plus les gens : la confrontation des idéologies, la parole politique
omnisciente... A travers le débat sur le Web ou avec les associations, je vois des signes d’une démocratie revigorée, des moyens de lutter contre l’abstention.
Vos thèmes de campagne ?
- Mon Grenelle de l’environnement ! Pour que tous ceux qui sont concernés, qui sont dans des conflits d’intérêt ou d’usage, se parlent. Qu’ensemble, ils se fixent une ligne
d’horizon. C’est un thème énorme, c’est aussi une autre culture du pouvoir : tu ne décides plus tout seul mais sur la base de forces vives contradictoires.
- Je reprendrais volontiers la proposition d’Alain Lamassoure : créer un Label aquitain, notamment des chasses et pêches traditionnelles. Les gens sont très angoissés par la
marchandisation, par la compétitivité. L’idée que la Région puisse protéger et valoriser l’identité, la proximité, l’ancrage régional me semble une bonne chose.
- Le soutien à toutes les entreprises et initiatives, notamment les TPE et PME, soutenir l’innovation sociale au quotidien.
Votre tête de liste ?
Xavier Darcos est l’incarnation de l’humanisme, il est dans l’écoute active, aime travailler en équipe. C’est un homme simple et naturel. Il ose dire quand quelque chose le tourmente. C’est un
homme d’état au service des autres, animé par l’envie de bien faire.
Il a fait une campagne honnête et vaillante. Les médias n’ont jamais réussi à se défaire de son côté « ministre ».
Des pronostics ?
Je ne suis pas là-dedans. Je n’ai pas envie, ni d’être inquiète, ni d’espérer des résultats et des chiffres. Ce que je sais, c’est qu’il y a eu une remobilisation de notre camp depuis quinze
jours. Et qu’il y a plusieurs inconnues : les résultats du Modem et du Front national. Comment peut-on savoir ? Je ne sais pas.
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jeu
11
mar
2010
Etat d’Esprit : Isabelle Boudineau
A quelques jours du premier tour, Isabelle Boudineau, candidate sur la liste PS en Aquitaine, livre ses impressions et espérances
Un état d’esprit ?
Je suis fébrile, impatiente. Je sais que dimanche je vais être dans une tension très particulière. J’irai voter à Bègles et puis je rejoindrai Alain Rousset.
La campagne ?
Je me suis régalée. On a fait une très bonne campagne. On a su montrer qu’on était collectivement fiers de ce qui avait été fait. C’est vrai que c’est plus facile d’être sortants, de s’appuyer
sur un bon bilan. Des talents se sont révélés aussi, Chantal Séguillon par exemple (ndlr vingt-quatrième sur la liste PS en Gironde).
Ce qui a changé pour vous ?
Je me suis découverte plus autonome, plus indépendante. J’étais plus réservée avant cette campagne. Aujourd’hui je me sens tout à fait légitime pour prendre la parole, y compris dans les médias.
Disons que je me suis un peu révélée à moi-même ! J’ai beaucoup travaillé avec les journalistes (ndlr Isabelle Boudineau est chargée des relations médias de la campagne), j’ai le sentiment
qu’avec eux il y a eu une sédimentation progressive de la confiance. Nous avons trouvé une relation « juste », rien à voir avec de la connivence, mais plutôt avec un respect mutuel.
Vos thèmes de campagne ?
- La recherche et l’innovation au service de l’économie et du travail. Je suis consciente de la plus-value que peuvent apporter dans ce domaine l’éducation, l’imagination, la
culture, comme par exemple ce qui est fait autour du design pour soutenir et dynamiser des industries ou des savoir-faire traditionnels.
- L’environnement à travers un urbanisme raisonné et une agriculture de qualité. En matière d’urbanisme, il nous faut lutter contre le mitage de nos campagnes, contre
l’étalement urbain. Cela renvoie bien sûr aux transports collectifs. Jamais on ne pourra mettre en place des transports adaptés aux lotissements !
En matière d’agriculture, je suis très attentive à la qualité des produits. Il faut aider les agriculteurs à revenir à des méthodes de production moins polluantes, plus respectueuses de la
nature, privilégiant les circuits courts de distribution. Il faut trouver des solutions pour les aider à mieux vivre de leur travail.
- Les femmes. C’est un thème plus transversal : comment leur donner confiance, comment favoriser la parité, et pas uniquement en politique, comment gérer les injonctions du
quotidien. Cela passe notamment par l’éducation, et en ce sens, les lycées ont un rôle important à jouer. Je suis fière de ce que j’ai fait en tant que femme. Je crois beaucoup à
l’exemplarité.
Votre tête de liste ?
Alain Rousset est un homme intelligent. Il appréhende les choses avec une certaine hauteur de vue, il est cultivé au sens historique, économique et politique.
Il a un niveau d’exigence très élevé, ce qui est sans doute une qualité, mais qui est très compliqué à gérer lorsque l’on travaille avec lui ! On ne peut pas toujours obtenir le meilleur de
chacun ! On l’obtient quand tout va bien, mais parfois tout ne va pas bien…
Des pronostics ?
J’espère que nous nous situerons entre 30% et 34%. Ma déception serait que les listes de Jean Lassalle pour le Modem et Jacques Colombier pour le Front national fassent chacune plus de 10%. Je
considère qu’ils ont une manière démagogique de faire campagne. Je n’aime pas cette manière d’opposer le peuple aux supposées élites, de présenter Alain Rousset comme un technocrate et un
notable. On n’est alors jamais très éloignés du populisme. Il s’est créé une sorte de bulle médiatique autour de Jacques Lassalle. C’est vrai que c’est un personnage atypique, mais les médias
devraient le pousser dans ses retranchements et ne pas se contenter de ses effets d’annonce.
L’entre deux tours ?
Europe Ecologie négociera, c’est évident. Je ne les vois pas faire cavalier seul. Pour la LGV ? C’est un argument de campagne. Ils savent que nous ne reviendrons pas là-dessus. De toute manière,
nous n’avons pas d’autre solution que d’en sortir par le haut. Je suis certaine que nous gouvernerons en bonne intelligence, comme on l’a fait lors du précédent mandat.
En savoir plus
L’Aquitaine innovante, solidaire, écologique, tête de liste Alain Rousset
http://www.rousset2010.fr
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jeu
11
mar
2010
Le web 2.0 envahit nos campagnes !
Petit tour de quelques initiatives remarquables pour les régionales
Cela fait belle lurette que les sites politiques ont remisé leurs habits purement informatifs, pour se parer des apparats du collaboratif. Le collaboratif, le credo du web 2.0, prône la mise en réseau, le partage, la contribution, l’information ascendante… Pour ce faire, les réseaux sociaux, blogs et forums en tout genre sont des valeurs sûres de plus en plus investies par les internautes, mais aussi par ceux qui cherchent à leur faire passer des messages. Il apparaît donc tout à fait naturel que les messages politiques s’emparent de cette terra plus tout à fait incognita, qui peut offrir une jolie caisse de résonnance.
Le grand chelem du site d’Europe Écologie
Depuis le site internet d’Europe Écologie par exemple, on peut à peu près tout faire : s’informer, faire des rencontres, discuter dans des forums, télécharger son indispensable kit du militant,
regarder des vidéos et photos, lire des blogs (116 au niveau national dont Écologie politique dans les Landes), participer à des groupes comme le Comité Europe Écologie Jeunes Aquitaine ou
Bordeaux solidaire aussi avec la planète. On peut même devenir « Sentinelles de l’écologie » et rejoindre les 150 volontaires qui font de la veille sur internet. Bien sûr, certains groupes ne
comptent qu’une poignée de membres et les blogs ne sont pas toujours actualisés, mais l’effort est conséquent. Ajouter à cela une lettre d’information à chaque fois que nécessaire et des comptes
sur Facebook (756 amis pour le profil Europe Écologie Aquitaine), Twitter et à presque tous les sites communautaires de la planète. Sans oublier un netwibe (portail) et un « appel » en basque, en
occitan et peut-être même en gascon (?). Tout y est, même la courte vidéo d’un flashmob (courte performance lors d’un rassemblement) et surtout le fameux libdub (chanson de soutien) à la liste Aquitaine. Un petit morceau d’anthologie on l’on croit
bien reconnaître Monique de Marco (par ailleurs coscénariste de cette pépite) danser sur « on est pauvres avant d’être vieux, du FMI au RMI, de l’ISF au SDF ».
Les Facebookers les plus accrocs : Alexandra Siarri en
tête
Si toutes les listes ou presque possèdent un profil Facebook qui leur permet d’échanger sur le réseau social le plus fréquenté, peu nombreux sont les candidats qui font campagne de manière
réellement singulières. Ainsi, les profils de Monique de Marco ou d’Alain Rousset se contentent-ils souvent de relayer une information purement factuelle (annonces des meetings ou déplacements)
ou d’informations conçues par d’autres, principalement les médias. Plus innovante, les démarches d’Alexandra Siarri pour la liste UMP ou de Fabrice Berrahil pour Europe Ecologie. Avec 592 amis
sur Facebook, le jeune candidat met un point d’honneur à n’avoir pour « amis virtuels » que des gens rencontrés « dans la vraie vie ».
Pour Alexandra Siarri, la numéro deux de Xavier Darcos, les réseaux sociaux et les blogs ne sont pas moins qu’un « formidable outil politique ». A l’occasion d’une réunion stratégique sur le Web,
elle explique aux jeunes militants UMP venus l’écouter : « vous les jeunes, voilà ce qu’il faudrait faire : lancer l’offensive numérique, faire du marketing viral », rappelant toutefois que «
l’outil internet est dangereux. On ne peut pas tout dire. Je ne vous inciterais pas à dire des choses négatives sur les autres candidats, ce n’est pas ma religion ». Alors ? Que fait-elle sur
Facebook ? Elle lance des débats, pousse des coups de gueule, interpelle ses 1702 amis (Naïma Charai pour le PS et dont la démarche est proche en compte 1346).
Cela donne des choses du type : « Alexandra Siarri prépare ses questions à Eric Woerth qui nous rejoint aujourd'hui pour parler finances publiques, et réformes.....et là comme on nous dit tout et
n'importe quoi... je compte vous faire un énorme compte rendu...DES QUESTIONS ?????? ». 20 commentaires.
Ou encore : « Alexandra Siarri vous propose de débattre d'une proposition du programme par jour : proposition 1 organiser un grenelle de l'environnement régional autour de la
ruralité/agriculture, emplois, formation, transports, biodiversité, santé, ALORS ???? ». 55 commentaires.
Des commentaires aimables ou agressifs, consensuels ou polémiques, qui s'ajoutent à la centaine de messages qu'elle reçoit tous les jours, mais comme elle le dit avec humour « 70% de mes amis sur
Facebook sont à gauche ! ». Facebookeuse, Alexandra Siarri est aussi bloggeuse, notamment pour son Petit journal d’une
élue de la république et sur Vous avez dit durable ? On la retrouve aussi aux côtés de Marie Bové, volontiers
bloggeuse à ses heures, sur le site terraeco.net… Un avant-goût de dialogue entre les deux femmes en
dehors du monde virtuel ?
En savoir plus
@ Europe Écologie / Gagnons l’Aquitaine à l’écologie, tête de liste Monique de Marco http://aquitaine.regions-europe-ecologie.fr
@ Libdud Europe Ecologie http://www.dailymotion.com/video/xbhlz5_lipdub-europe-ecologie-aquitaine_news
@ Petit journal d’une élue de la république http://www.lepost.fr/perso/alexandra-siarri/
@ Vous avez dit durable ? http://www.vous-avez-dit-durable.org/
@ Terraeco.net / Alexandra Siarri http://www.terra-economica.info/_Alexandra-Siarri,116875_.html
@ Terraeco.net / Marie Bové http://www.terra-economica.info/_Marie-Bove-Candidate-Europe,121714_.html
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mer
10
mar
2010
Petite étude comparée des sites Web de campagne
Cavalier seul ou pas cavalier seul ? La question du lien entre listes régionales et partis politiques se pose parfois en observant de près certains sites de campagne…
Onze listes en Aquitaine, onze sites ou plutôt onze présences sur le web, les plus modestes sous forme de blog, les plus conséquents en forme d’usine à gaz à information et à mise en
réseau. C’est sur cette compétition à l’information, que www.carnetdebordeaux.fr a entrepris de se pencher en essayant de décrypter quelques-uns des principaux sites de campagne. Aujourd'hui, ce
que les sites laissent apparaître des liens entre candidats et partis.
Les candidats Aquitains d’Europe Ecologie disposent d’un outil précieux que toutes les listes ne possèdent pas : un très bon site web. Entendez par là un site dynamique et structuré, parfaitement
adapté aux problématiques régionales et, fin du fin, en dialogue permanent avec le site national de campagne. Même charte graphique, même structure, incontournable bandeau qui pose clairement les
règles dès la page d’accueil : Cécile Dublot, Eva Joly, José Bové, Daniel Cohn-Bendit, ils sont tous sur la photo, juste derrière une Monique de Marco portée par ces figures emblématiques et
médiatiques. Le message est clair : il n’y a pas d’Europe Ecologie régionale sans Europe Ecologie nationale !
Cette filiation qui semble évidente ne l’est pourtant pas pour tous les candidats des « grands partis ». Le site Web d’Alain Rousset (qui porte d’ailleurs son nom : http://www.rousset2010.fr) ne mentionne pas le PS, celui de Xavier Darcos, à peine l’UMP. Quant à Jean Lassalle (dont le site porte aussi son nom
http://www.lassalle2010.fr), la référence au Modem est des plus ténues.
Culte de la personnalité ? Oubli malencontreux ? (le logo du PS est présent sur la plupart des autres supports de communication). Complexité trop lourde des alliances ? Pour le seul Xavier
Darcos, le logo de l’UMP en pied de page est suivi par sept autres logos, de la Gauche Moderne au Mouvement pour la France ; cependant que les équipes d’Alain Rousset précisent que le PS n’est
pas seul engagé aux côtés d’Alain Rousset…
Des candidats régionaux qui ne joueraient pas totalement le jeu de l’appartenance ou de la filiation ? Mais que dire alors de ces sites nationaux qui se contentent d’afficher des noms de
candidats par région sans même offrir un lien hypertexte sur le site régional concerné ?
Il n’empêche, pour le grand public ce relatif flottement identitaire n’est pas propre à l’aider à faire des choix, et l’on peut comprendre qu’une frange de l’électorat ait du mal à y retrouver
ses petits. On pourra rétorquer que des Alain Rousset ou Xavier Darcos disposent d’une notoriété suffisante pour transcender celle de leurs partis respectifs. Ce serait oublier un peu vite que
seuls 40% des Aquitains connaissent le nom de leur Président de région actuel…
En savoir plus
@ Pour les Aquitains, changeons la région avec Xavier Darcos, tête de liste Xavier Darcos, http://www.notreaquitaine.fr/
Site national http://www.lemouvementpopulaire.fr/
@ Europe Ecologie / Gagnons l’Aquitaine à l’écologie, tête de liste Monique de Marco http://aquitaine.regions-europe-ecologie.fr
Site national http://www.regions-europe-ecologie.fr
@ L’Aquitaine innovante, solidaire, écologique, tête de liste Alain Rousset
http://www.rousset2010.fr
Site national http://www.lesregionsquonaime.fr/
@ Forces Aquitaine, tête de liste Jean Lassalle http://www.lassalle2010.fr
Site national http://regionsdemocrates.fr/
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mar
09
mar
2010
La campagne des régionales sur le Web
On le sait depuis l’élection de Barak Obama et la présidentielle française, le Web joue un rôle de plus en plus important dans les campagnes électorales. Petite mise en bouche.
J’en ai poussé des coups de gueule et des soupirs au mois de janvier dernier. Je cherchais alors de l’information sur la campagne des Régionales en Aquitaine. Je cherchais sur le Web : les
listes, les programmes, les enjeux… Je ne trouvais rien, ou alors pas grand chose. La photo « DU » candidat (moi qui pensais naïvement qu’il s’agissait d’un scrutin de liste) pour les sites les
plus avancés (Votre Aquitaine pour Xavier Darcos, L’Aquitaine innovante, solidaire, écologique pour Alain Rousset). A peine plus. Et de toute manière, rien sur les contenus.
C’est que deux mois avant le premier tour, nous en étions encore à la Préhistoire de la campagne, on faisait et défaisait les listes, tergiversait et hésitait sur les axes forts des
programmes.
C’était encore l’époque où un « non éligible » pouvait obtenir le saint graal de la « position éligible », où les sondages ne voulaient pas dire grand chose puisqu’on ne maîtrisait pas encore
totalement les rapports de force. C’était l’époque où l’on ignorait combien de listes et portées par quels noms seraient proposées pour le 14 mars prochain.
Aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre. Avec onze listes en Aquitaine, la campagne fait rage. De meetings en marchés, de rencontres thématiques en déplacements symboliques, de permanences avec
pignon sur rue en déjeuners en ville, partout, tout le temps, les candidats et partis tentent de nous convaincre. L’Internet n’échappe bien évidemment pas au mouvement. C’est même un passage
obligé. Le récent diagnostic de l’AEC sur l’utilisation des technologies de l’information pointe en effet que six ménages aquitains sur dix sont aujourd’hui connectés et qu’une personne sur cinq
est active sur les réseaux sociaux et sites communautaires. Une aubaine pour les partis, mais aussi pour les candidats, même si tous n’ont pas su s’en emparer avec le même brio !
Alors, en attendant le prochain billet qui décortiquera les signes forts de la campagne sur Internet, www.carnetdebordeaux.fr vous propose un petit tour de chauffe en allant visiter les
différents sites de campagne. Instructif en diable !
En savoir plus
@ Pour les Aquitains, changeons la région avec Xavier Darcos, tête de liste Xavier Darcos http://www.notreaquitaine.fr/
@ Europe Ecologie / Gagnons l’Aquitaine à l’écologie, tête de liste Monique de Marco http://aquitaine.regions-europe-ecologie.fr
@ L’Aquitaine innovante, solidaire, écologique, tête de liste Alain Rousset http://www.rousset2010.fr
@ Forces Aquitaine, tête de liste Jean Lassalle http://www.lassalle2010.fr
@ Front national / Défendons nos couleurs en Aquitaine, tête de liste Jacques Colombier http://www.defendonsnoscouleurs.fr
@ Front de gauche / Ensemble pour une Aquitaine à gauche, solidaire, écologique et citoyenne, tête de liste Gérard Boulanger http://www.ensembleagauche.fr/accueil-aquitaine
@ Alliance écologiste indépendante Aquitaine, tête de liste Michel Chrétien
http://www.alliance-ecologiste-independante.fr/regionales-2010
@ Lutte ouvrière, tête de liste Nelly Malaty
http://www.lutte-ouvriere.org/en-regions/sud-ouest/
@ Euskadi European, Jean Tellechea
http://www.eaj-pnb.eu/fr/participa_municipio_detalle.asp
@ Euskal Herri bai, tête de liste Xavier-Philippe Larralde
http://www.ehbai.info/index.php?lang=fr
@ NPA / Tout changer, rien lâcher, tête de liste Philippe Poutou
http://npa-regionales2010.org/aquitaine
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jeu
04
mar
2010
Condensé de campagne : Marie Bové
Marie Bové : un nom, un visage et beaucoup de convictions !
Les grincheux n’auront qu’à bien se tenir : ce n’est pas parce qu’elle est la fille de son père que Marie Bové n’est pas à sa place dans la campagne des Régionales. Il n’y a qu’à la suivre lors
de ses très nombreuses apparitions publiques pour comprendre que la jeune femme a des convictions à défendre. Ajoutez à cela une enfance baignée dans le militantisme, ainsi que le parrainage
attentif d’un Noël Mamère, et la voilà partout à l’aise : dans les réunions, sur les marchés, dans les bistrots, dans les débats, au cœur des manifestations… Marie Bové fait campagne sur le
terrain et entend le faire savoir. Son minois à la garçonne, ses yeux bleus pervenche, son allure si singulière ont fait le tour des médias et elle aime ça. « Les mauvaises langues diraient même
qu’elle aime trop ça » murmure un proche sous le couvert de l’anonymat. Justement, sur le marché de Cadillac, un journaliste parisien de A vous de juger (France 2) lui lance, goguenard : « Marie
Bové, vous êtes une tête d’affiche ou une tête de liste ? ». Il lui en faut plus pour se troubler…
La jeune candidate n’a pas attendu les journalistes pour se lever aux aurores et prêcher la bonne parole avec tout l’attirail de la parfaite militante : drapeau, tracts, autocollants, un peu plus
de 20 kilos portés à bout de bras. Ceux qui lui reprocheraient de rouler pour elle ou de faire « cavalière seule » en seraient pour leurs frais : elle cite Europe Écologie presque à chaque
phrase, milite volontiers avec ses colistiers, et même parfois avec Monique de Marco (la tête de liste régionale) avec laquelle il se dit pourtant que les relations sont tendues. A cela, elle
répond, sereine : « on s'entend bien. Et c'est pourquoi on se fait également confiance pour intervenir simultanément à deux endroits différents ».
Celle qui dit volontiers « ce n’est pas difficile de faire campagne, c’est un exercice qui me plaît, il faut rester naturelle », sait réellement faire preuve de patience et de pédagogie auprès
des plus réfractaires : l’intérêt de l’agriculture bio, le désastre annoncé de la LGV, la mobilité européenne des jeunes, le nucléaire, les énergies renouvelables… elle explique toujours
calmement, sans jamais baisser les bras.
Elle apprend qu’un rassemblement unitaire contre le débat sur l’identité nationale se tient à quelques pas d’une réunion à laquelle elle participe ? Ni une ni deux, elle s’éclipse de sa réunion
pour rejoindre la centaine de personnes qui patientent dans le froid. Au milieu des militants associatifs, elle répond aux questions d’une journaliste (encore), salue, serre des mains, fait la
bise. Elle est à l’aise, regrette d’être partie si vite en oubliant le drapeau et les autocollants, s’inquiète pour le débat qui continue sans elle, repart au pas de charge rejoindre ses
colistiers en faisant un amer constat : « des rassemblements, il y en a de plus en plus, c’est symptomatique d’un monde qui va mal ». Cela tombe bien, c’est justement sur le chevet de ce monde là
que Marie Bové a l’intention de se pencher. Restent encore quelques jours pour convaincre le grand malade qu’il a besoin de ses soins…
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Marie Bové vue par Noël Mamère
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jeu
04
mar
2010
Condensé de campagne : Isabelle Boudineau
Conviction et humour à l’ombre du Président
Ses proches en font le constat : Isabelle Boudineau vit actuellement un moment capital dans sa vie politique ; le passage de l’ombre à la lumière. De femme au service des élus, la voilà qui
poursuit sa conversion en élue. Pas simple pour cette militante PS, habituée aux hiérarchies d’appareil. Du coup, sa manière de faire campagne est à l’image de cette phase transitoire : elle
passe beaucoup de son temps dans les réunions stratégiques au côté d’Alain Rousset et de son staff.
Bien qu’en dixième position sur la liste PS, elle a en plus choisi de se charger des relations médias de la campagne. Une position paradoxale qui lui vaut de caler des rendez-vous et des
entretiens entre les journalistes et Alain Rousset et… de pousser des coups de gueule si besoin. « Je suis tout le temps en coulisse. Je suis un relais, je fais passer des messages ». Résultat ?
Bien malin qui trouvera une photographie ou un article la présentant, elle, la cheville ouvrière des relations médias.
Qu’à cela ne tienne, faire campagne pour Isabelle Boudineau, c’est d’abord défendre des idées. Et défendre des idées, cela passe d’abord par un travail intellectuel et stratégique pas toujours
visible pour le commun : définition du programme, construction des argumentaires, contribution à la stratégie de communication… Une activité de fond qui ne l’empêche pas d’aimer « faire un
travail de terrain intense » et de participer de temps en temps à des réunions avec des militants dans des quartiers ou villes de l’agglomération : « des déclinaisons locales de la campagne. Ces
réunions ont bien sûr moins d’attractivité que celles des ténors de la politique comme Alain Rousset ou Gilles Savary ». Et de poursuivre dans un sourire « ce n’est vraiment pas la peine de se
faire d’illusion sur mon nom ! ». Il n’empêche que ce soir-là, à la réunion du PS de Bègles (où elle est par ailleurs Première adjointe à la mairie), elle est un peu attendue en guest-star pour
une réunion dédiée à l’écologie. Elle attaque d’emblée « l’écologie, c’est trans-parti ! ». Et de dresser le (bon) bilan du Président sortant et des Verts dans ce domaine « Alain Rousset les a
écoutés, il les a précédés aussi ». Sur le rapport à Europe Ecologie, elle se veut rassurante et lance, malicieuse : « il ne faut pas trop tenir compte des jeunes plein d’allant qui font comme si
rien n’avait été fait avant ». Politique jusqu’au bout, elle profite de la tribune pour fustiger le gouvernement : « ils nous font les poches ! Heureusement que les collectivités locales sont là,
sinon la LGV ne se ferait pas ! ». La réforme des collectivités territoriales ? « Avec Alain Rousset, soyez tranquille ». Et de conclure en off, une fois la réunion achevée : « ça ne fait
basculer aucune voix, mais c’est important ce type de réunion. C’est comme une formation populaire ».
Il est 21 heures, il fait nuit et froid, elle se lève tôt le lendemain matin, mais elle me promet qu’elle m’amènera avec elle sur un marché « j’adore ça, discuter avec les gens ! ». La réunion du
soir a prouvé autre chose : les gens aussi adorent discuter avec elle. Normal, elle est bourrée de convictions et d’humour ! C’est important l’humour en politique ! Presque autant que
l’exposition médiatique.
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mar
02
mar
2010
Condensé de campagne : Alexandra Siarri
Sur tous les fronts au côté de Xavier Darcos
Suivre Alexandra Siarri pendant la campagne, c’est à la fois simple et compliqué. Simple, parce qu’à partir du moment où elle fait confiance, son emploi du temps n’a plus de secret pour vous :
visites, marchés, rencontres thématiques, mais aussi réunions stratégiques autour des listes, du programme ou de la communication de l’UMP. Elle ouvre grand son agenda et au passage livre ses
enthousiasmes pour une réunion qu’elle a préparée avec passion « tu vas voir, ça va être grand ! », comme ses coups de pompe « là, je suis exténuée, au bout du rouleau ».
La suivre, c’est souvent compliqué aussi : elle décuple une énergie tout simplement affolante en rendez-vous, réunion, rédaction d’articles et présence sur le web. Elle est partout et s’exprime
sur tous les sujets : le développement durable (sa marotte), le social et le logement (un vrai engagement), l’économie sociale et solidaire « trop de gens pensent que c’est une économie à la
marge, c’est faux ! », le soutien aux petites et moyennes entreprises, la LGV et les transports «pour quelqu’un comme moi, qui suis écolo, c’est un sujet un peu compliqué».
Seule ou le plus souvent en présence de Xavier Darcos « quelqu’un de simple et d’accessible », elle apparaît comme une précieuse colistière, organisant des rendez-vous pour sa tête de liste,
relançant les débats, faisant circuler la parole dans les assemblées, galvanisant l’auditoire si besoin, écoutant les objections avec patience. « Je sais bien que vous ne voterez pas pour nous,
je l’ai bien compris, mais c’était quand même bien que l’on puisse discuter du fond, non ? » lance-t-elle de sa voix légèrement gouailleuse à un bougon à la fin d’une rencontre autour de
l’apprentissage et de la formation en alternance.
Pour celle qui dit que faire campagne, c’est « accélérer le rapport humain », son tempérament de feu, sa générosité et son sens du contact font souvent mouche. Comme avec les jeunes militants de
l’UMP à qui elle donne une magistrale leçon sur les réseaux sociaux qu’elle est l’une des rares à utiliser avec autant de perspicacité. Et si elle est capable de faire des « shows » bourrés de
détermination et de fougue, de pousser des coups de gueule sur le Web, elle sait aussi rester discrète et attentive. C’est qu’accompagner un Ministre n°4 du gouvernement impose un minimum de
protocole. Protocole qu’elle aime à bousculer si c’est pour dynamiser une rencontre qui s’essouffle ou pour soutenir un Xavier Darcos que l’on interpelle systématiquement sur des dossiers
nationaux. Il la regarde, amusé, et la chahute volontiers, cette petite brune toujours très chic - même avec un simple jean -, qu’il ne connaissait pas encore il y a quelques mois. « Ce n’est pas
un peu fourni comme emploi du temps ? » lui demande-t-il. Alexandra n’a pas le temps de répondre. Elle a déjà sauté dans un tramway ou une voiture pour vérifier que la rencontre suivante se
présente au mieux. Elle en profite pour embarquer un ou deux journalistes avec elle et leur redire ce qui lui semble vraiment capital pour la région. Infatigable, on vous le dit !
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ven
19
fév
2010
La tue-cochon de la Tupina
Le rendez-vous annuel des amateurs de casse-croûte rustique et de ripailles à l’ancienne
La chanteuse Juliette nous l’a pourtant répété à l’envi dans sa chanson : Tout est bon dans le cochon ! Mais l’amateur de ripailles et de cochonnailles n’a pas pour habitude de s’en
laisser conter par des refrains et chansons. Il lui faut l’expérience de ses propres sens ! Il lui fallait donc faire un détour par la Tupina, qui, en ce jour de février, avait envahi une bonne
partie de la rue de la Porte de la Monnaie à Bordeaux à coup de fanfare, groins et jambons, pieds et pâtés rafraîchis de quelques huîtres du bassin et de vins de Corbières. Pour sa traditionnelle
tue-cochon annuelle, tout le gratin du cochon s’était réuni, à commencer par le maître de la journée : le cochon noir gascon, appelé plus communément porc noir de Bigorre par le truchement de son
AOC. Pour le faire découvrir dans toute sa splendeur : l’équipe de la Tupina et du Comestible, mais aussi des salaisonniers et artisans-charcutiers à la carrure impressionnante. Leur porc noir,
ils l’aiment, ils le bichonnent, ils le regardent engraisser durant 12 à 18 mois, en plein air, nourri d’herbe fraîche (beaucoup d’herbe, près de 2,5 kilos par jour), de glands et de châtaignes
(à l’automne) et même de seigle et d’orge. « C’est un broutard ! » et c’est en cela qu’il se différencie du pata negra, presque exclusivement nourri au gland. Pata negra ou noir de Bigorre, on
est dans le bête à l’alimentation saine et à la saveur exquise… en jambons, mais aussi en gratons (servis chauds pour l’occasion), en boudins, en saucisses ou pâtés.
Pendant que le graton s’échauffe dans sa grande marmite, les charcutiers s’affairent à la découpe, puis à la confection du boudin. Aussitôt préparé, il rejoint une haute gamelle où, chauffé à
vif, il perd presque aussitôt son rouge sang pour un noir violacé du plus bel effet. C’est beau, c’est magique et ça sent bon, tout se cochon en train de se métamorphoser sous nos yeux. On goûte
et on picore, on jauge et on se ressert. On pense que ce serait peut-être bien d’acheter un jambon de noir de Bigorre (compter 220 à 230 euros pour un jambon de 7 à 8 kilos) pour les longues
soirées d’hiver, les pique-niques entre amis ou juste parce qu’il fond dans la bouche et que ce plaisir-là est rare.
Le casse-croûte au creux du ventre, on hésite un peu : pousser la porte de la Tupina, s’installer près de la cheminée et passer vraiment aux choses sérieuses : le déjeuner « Cochonnaille » (35 €)
et ses plats mystérieux : la Jimbourra, la Sauce de Pire, le ragoût de pieds de porc… Las. On finira par passer notre chemin, encadré par quatre joyeux drilles portant des masques de têtes de
cochons. L’année prochaine, c’est promis, on se fera la totale.
Ecouter Tout est bon dans le cochon !
"Tout est bon dans le cochon
Du groin jusqu'au jambon, c'est bon.
La rate et les rognons,
La queue en tire-bouchon, c'est bon.
Désormais je veux chanter le cochon
Le pâté, le saucisson.
Répétons sur cet air polisson:
Qui c'est qu'est bon c'est le cochon. C'est bon."
Juliette
En savoir plus
La tue-cochon, organisée mardi 16 février par la Tupina avec le Porc noir de Bigorre, les Salaisons pyrénéennes, la Charcuterie Bordelaise, les vins de la Cave de Castelmaure, les huîtres
Cazaubon.
Casse-croûte offert (dans la rue Porte de la monnaie) de 10h à 12h30.
Déjeuner Cochonnailles (35 €) à partir de 12h30.
La Tupina 6 Rue de la Porte de la Monnaie Bordeaux (quartier Sainte-Croix) T 05 56 91 56 37. www.latupina.com
Sonia Moumen
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lun
15
fév
2010
Isabelle Boudineau vue par Vincent Feltesse
Il a contribué à son éclosion en politique et à sa présence sur la liste PS en Aquitaine. Vincent Feltesse revient sur la personnalité d’Isabelle Boudineau et sur les femmes en politique
Le choix
« Reconstituer une espèce de charpente pour l’exécutif régional »
On est tombé assez vite d’accord, Alain Rousset et moi sur le fait qu’il fallait qu’Isabelle soit sur la liste. C’était important pour plusieurs raisons. D’abord, c’est quelqu’un de qualité.
Ensuite, parce qu’alors que la gauche est très forte en Aquitaine, Alain Rousset est finalement assez seul dans son exécutif. Françoise Carton, Alain Anziani, François Deluga, Jean-Louis
Carrère ne sont plus à la Région pour des raisons de progression ou de cumul de mandats. Il était important de reconstituer une espèce de charpente pour l’exécutif régional. Isabelle a travaillé
longtemps avec Alain Rousset, elle a été sa directrice de cabinet, elle et ancrée sur le territoire. C’était une bonne personne au bon moment. Ce sont toujours les deux conditions nécessaires en
politique : être la bonne personne au bon moment.
Ses qualités
« Elle n’est pas apparatchik, elle n’est pas non plus fleur bleue »
Elle a une vraie compétence en urbanisme, un secteur peut-être pas suffisamment développé aujourd’hui à la Région, notamment par rapport au Grenelle 2. Elle a ensuite une vraie qualité
relationnelle, de réseautage, d’expression publique. Elle a finalement des qualités classiques en politique : un mélange de ténacité et d’intuition. Et puis aussi de la sincérité. Elle est comme
elle est ! A la fois sensible, passionnée, volontariste, parfois capable de s’emporter. C’est quelqu’un qui peut aller très fortement au carton.
Je trouve qu’elle sait bien faire le lien entre la politique et ce qu’elle est personnellement. Elle n’est pas apparatchik, elle n’est pas non plus fleur bleue.
Les femmes en politique et la parité
« Les femmes, c’est la moitié de l’humanité »
J’ai toujours eu plein de femmes autour de moi, avant l’obligation légale. Ça n’a jamais été une contrainte pour moi, même si ça a été un changement plus marquant pour certains élus… Je ne me
suis pas non plus entouré que de femmes ! Les femmes, c’est la moitié de l’humanité, donc j’ai autant de femmes autour de moi que j’ai d’hommes autour de moi. C’est somme toute assez banal ! Je
m’entoure des gens qui sont là.
Je ne suis pas sûr que les femmes fassent de la politique autrement. C’est un débat philosophique sur la parité : considérer que les femmes font de la politique différemment revient à considérer
que les femmes sont différentes des hommes. J’ai une vision assez égalitaire de la société. Aujourd’hui, on est juste dans un retour à la normalité. Je n’ai jamais tenu des propos disant : elles
sont plus sensibles, plus humbles ou je ne sais quoi, ce que je trouve être une quasi-misogynie. Elles ont peut-être des contraintes familiales, mais quand vous prenez un jeune homme élu, un tant
soit peu évolué, il a lui aussi des contraintes familiales. C’est plutôt que l’on a en tête le modèle des « vieux élus ».
La transmission
« Aux États-Unis, on est président à cet âge là ! »
On a le même âge avec Isabelle. Quand j’ai été élu à la Mairie de Blanquefort, les gens me disaient « mais vous êtes jeune pour vous présenter ». Je leur disais « le premier ministre de la
République tchèque a 31 ans, Tony Blair a été élu au même âge, Clinton à 45 ans, aux États-Unis, on est président à cet âge là ! ». C’est vrai qu’en France on a une fascination pour la durabilité
du personnel politique.
Mais bien sûr, encourager Isabelle à se présenter correspond à un engagement personnel de ma part, une manière de promouvoir une nouvelle génération en politique. Je l’ai fait avec Isabelle. Je
peux le faire pour d’autres personnes. En permanence, je lis que je suis le fils spirituel d’Alain Rousset. Je trouve que quand on parle de politique en France, on a un modèle hyper reproductif,
proche de l’ancien régime, avec ces charges que l’on se transmettait. Si Isabelle réussit, c’est moins parce qu’à Alain Rousset ou moi-même, on a souhaité la faire progresser, que parce qu’elle a
des qualités intrinsèques, qu’elle est là au bon moment. Les gens progressent plus parce qu’ils sont eux-mêmes, que par une espèce d’onction qu’ils ont pu recevoir. Ce n’est pas pour ça qu’il ne
faut pas reconnaître des paternités ou des maternités, mais ce modèle de transmission du témoin et de la charge me gêne.
En bref
Un roman, une fiction, un personnage ?
Je cherche dans les chanteuses new-wave, elle me disait qu’elle était passionnée par ces trucs là. Chrissie Hynde, Siouxsie & the Banshees et surtout Patty Smith.
Une vice-présidence ?
Je ne me fais pas de souci. Elle en a la carrure, bien sûr. Il n’y a aucun souci.
Dans 10 ans ?
Je ne l’imagine pas très différente. C’est quoi la progression naturelle d’Isabelle ? C’est de devenir maire d’une commune ou députée. Elle a toutes les cartes en main, et plus encore, pour
progresser dans le jeu politique. Il faut qu’elle règle sa bascule entre collaborateur d’élus à élue elle-même. Il faut qu’elle en ait envie.
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Portrait de campagne : Isabelle Boudineau
Entretien avec Sonia Moumen
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dim
14
fév
2010
Marie Bové vue par Noël Mamère
Noël Mamère lui a proposé d’être tête de liste régionale, puis départementale, pour Europe Écologie en Aquitaine. Il explique son choix et son regard sur les femmes en politique
Le choix
« Pas parce qu’elle s’appelle Bové, pas parce que c’est une femme »
Pour plein de raisons : pas parce qu’elle s’appelle Bové, pas parce que c’est une femme, mais parce qu’elle a un engagement militant de longue date qui correspond exactement à l’idée que je me
fais de l’écologie politique.
Elle réunit pour moi tous les critères qui me semblent nécessaires pour incarner notre volonté de renouvellement politique. A l’inverse de beaucoup de gens de sa génération, elle n’est pas partie
du mouvement lycéen pour entrer directement dans un appareil politique, au risque de vivre complètement hors sol, uniquement dans le milieu politique. Au contraire, elle vient de ce que l’on
pourrait appeler la « société d’en bas », c’est à dire d’un engagement militant, sans être encartée.
« Marie n’est pas une jeune fille que j’ai connue quand elle était bébé »
Marie n’est pas une jeune fille que j’ai connue quand elle était bébé pour lui proposer une fois adulte et femme de prendre des responsabilités. Elle a travaillé à la CUB où je l’ai souvent vue,
je l’ai rencontrée dans plusieurs manifestations, notamment sur le nucléaire ou les sans-papiers.
Évidemment, elle est issue d’une famille dans laquelle elle a toujours baigné dans l’idée d’un « autre monde ». Son père et moi avons été nourris au même biberon philosophique d’Ellul et donc
d’une certaine approche de la société. Marie fait partie de cet ensemble.
Je lui ai proposé en sachant qui elle était, ce qu’elle faisait, d’où elle venait.
Sa manière de travailler et ses qualités
« Elle a le sang froid »
Elle aime travailler en collectif : son éducation et son parcours militant le lui ont appris. Elle a une bonne connaissance des dossiers. Quand elle ne les connaît pas, elle apprend vite. Elle a
cette qualité absolument indispensable : savoir se nourrir des autres. Et puis d’être très déterminée. Et puis, elle a le sang froid. En politique, il ne faut pas être victime de ses émotions, ça
aide à passer les moments difficiles.
La transmission
« La politique est en train de crever de ces gens qui s’accrochent »
Est-ce que c’est une manière de dire qu’il faut savoir passer le relais ? Évidemment ! Évidemment ! Vous voyez bien que la politique est en train de crever de ces gens qui s’accrochent jusqu’à
dire des choses inqualifiables comme Georges Frèche. Il y en a qui sont capables de vous dire « 40 ans de vie politique, c’est une étape ». Je ne suis pas dans cet esprit. J’espère que je serai
assez fort pour, à un moment donné, me dire « ça suffit, il faut passer la main ». C’est aussi une question de vitalité démocratique. Vous ne pouvez pas prétendre à une démocratie forte quand
vous avez toujours les mêmes.
Femmes en politique et parité
« La grande nouvelle de ce 21ème siècle, c’est que les femmes se mêlent de ce qui les regarde »
Je constate que l’on est dans une époque où, fort heureusement, les femmes peuvent accéder à la politique. Ce n’était pas le cas jusqu’à maintenant pour plein de raisons sociologiques, sociales
et de tabous. La grande nouvelle de ce 21ème siècle, c’est que les femmes se mêlent de ce qui les regarde. On a donc de plus en plus de jeunes femmes qui prétendent exercer des responsabilités au
même titre que les hommes. Le message qu’il faut faire passer aux jeunes femmes, c’est « allez-y ! lancez-vous ! osez ! ». Il faudrait beaucoup de Marie Bové et de Cécile Duflot.
« La connerie, c’est paritaire »
Je pense que la présence des femmes n’est pas assez importante. On se gargarise de l’arrivée des jeunes femmes sur un scrutin de liste comme les Régionales. Regardez ce qui se passe au moment des
élections législatives et de scrutins uninominaux. Et là, vous voyez tout de suite fondre comme neige au soleil le nombre de femmes candidates en position de gagner. On leur donne souvent des
circonscriptions qui ne sont pas gagnables. La France est très en retard.
Les femmes ont un regard particulier, mais il ne faut pas mythifier. Les femmes ont les mêmes ambitions que les hommes, les mêmes petitesses. Y’a des cons et y’a des connes, y’a les deux. La
connerie, c’est en général ce qu’il y a de mieux partagé. La connerie, c’est paritaire, Il n’y a pas besoin de loi pour ça.
En bref
Un roman, une fiction, un personnage ?
C’est une femme qui a du caractère. Elle est plutôt à classer dans la catégorie des héroïnes positives.
Une vice-présidence ?
De quoi est-elle capable ? Elle est capable de tout. Elle est tout à fait capable d’assurer quelque vice-présidence que ce soit.
Dans 10 ans ?
J’espère qu’elle aura autant de fraîcheur et d’enthousiasme qu’elle en a aujourd’hui.
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Entretien avec Sonia Moumen
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ven
12
fév
2010
Alexandra Siarri vue par Alain Juppé
C’est Alain Juppé qui l’a proposée à Xavier Darcos pour la place de n°2 sur la liste UMP en Aquitaine. Il s’explique sur le choix d’Alexandra et sur les femmes en politique
Le choix d’Alexandra
« Tout simplement parce que c’est elle ! »
J’avais convenu avec Xavier Darcos qu’il prendrait une élue de Bordeaux en numéro 2. Après mûre réflexion, je lui ai proposé la candidature d’Alexandra. J’ai fait venir Alexandra, ici, dans mon
bureau, pour lui demander ce qu’elle en pensait. Je lui ai dit d’emblée qu’elle n’était pas là au titre de l’UMP puisqu’elle n’a pas sa carte… et que je ne lui demandais pas de la prendre. Je
m’apprêtais à lui proposer un délai de réflexion, elle m’a dit tout de suite « oui, je pars ! », et ça, c’est tout Alexandra !. Xavier l’a rencontrée, immédiatement le courant est passé entre
eux. Pourquoi elle ? Tout simplement parce que c’est elle ! C’est une fille exceptionnelle, et le mot n’est pas trop fort !
Sa manière de travailler et ses qualités
« J’aime bien sa « sensibilité politique »
Je trouve qu’elle a un certain nombre de qualités qui feront d’elle une excellente conseillère régionale. D’abord, son dynamisme : elle est toujours en mouvement, bouillonnante d’idées, toujours
en initiative. Son intelligence aussi. Elle est fine et subtile. Et puis, j’aime bien sa « sensibilité politique » entre guillemets, au-delà des appartenances à tel ou tel parti. Ce qui m’a
beaucoup attiré en elle dès le départ, c’est d’abord son intérêt - je dirais même son militantisme - pour tout ce qui touche au développement durable. Et à l’intérieur du développement durable -
c’est un peu à elle que je dois d’en avoir mieux pris conscience – ce qui relève de la dimension sociale, la volonté de servir et de s’intéresser aux plus fragiles. C’est ce qu’elle fait à la CUB
où elle a déployé un système de sensibilisation et d’éducation au développement durable pour les jeunes qui est une très belle réussite. C’est aussi ce qu’elle fait à la Ville de Bordeaux pour le
logement : logement d’urgence, logement relais, accompagnement vers des situations de logement plus stable. C’est une de ses obsessions. Elle le fait avec cœur et ténacité.
« Ne pas se contenter de discours ou de proclamations »
Ça aussi c’est un aspect de sa personnalité que j’aime beaucoup. On rencontre beaucoup de gens généreux, mais qui sont parfois un peu mollassons. On rencontre beaucoup de gens très déterminés,
mais qui souvent pensent surtout à eux-mêmes. Alexandra réunit ces deux qualités : l’ouverture vers les autres et une très grande volonté d’aboutir. Ne pas se contenter de discours ou de
proclamations.
« Pas quelqu’un qui inspire un sentiment de routine ! »
Elle est curieuse de tout, elle a beaucoup d’imagination. De temps en temps je reçois des notes. C’est toujours audacieux et décoiffant, et toujours très pertinent. Ce n’est pas quelqu’un qui
inspire un sentiment de routine ! Malgré sa forte personnalité qui peut déranger les habitudes, elle arrive très bien à s’intégrer dans un travail d’équipe. C’est ça qu’elle apporte : une espèce
de locomotive dans un train qui avance.
Femmes en politique et parité
« Au total, dans mon équipe, heureusement que j’ai des femmes »
La loi sur la parité a été un apport extraordinaire. C’est moi qui ai installé l’Observatoire de la parité dont j’avais alors confié l’animation à Roselyne Bachelot, et qui a débouché sur la loi
votée en 1998. Je pense que ça été une excellente mesure. Les femmes apportent beaucoup dans une équipe. En général, on leur colle tout de suite l’étiquette « social ». C’est vrai qu’elles ont
sans doute une sensibilité plus aigue, plus fine que les hommes sur ces questions.
Mais ce que je constate, c’est qu’elles bossent. Elles arrivent à bosser parfois plus que les hommes, même si elles ont des activités professionnelles par ailleurs. Elles sont plus tenaces, elles
ne se découragent pas vite, elles ont beaucoup de volonté. Je ne devrais pas dire ça, les hommes seront furieux, mais au total, dans mon équipe, heureusement que j’ai des femmes.
En bref
Un roman, une fiction, un personnage ?
Rosa Bonheur peut-être ? Frida Khalo ?
Une vice-présidence ?
Elle en a tout à fait l’étoffe.
Dans 10 ans ?
Je pense qu’elle a la tripe politique. Elle a l’étoffe pour exercer des responsabilités importantes au niveau local, régional, peut-être même au-delà. Elle aime ça. Je pense qu’elle continuera.
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mar
09
fév
2010
Le Bistroy est mort ! Vive Côté cour !
L’ancien chef du Sélénite officie à présent « Côté cour » à Bouliac, un bistrot où il fait bon revisiter les produits du terroir
Le Bistroy est mort ! Vive Côté cour ! Depuis un peu plus d’un an, Patrick Gibault - l’ancien chef du regretté Sélénite à Bordeaux - a rejoint le Bistroy rebaptisé d’un nom plus chic, et plus banal aussi : Côté cour. Si le nom, le chef, le directeur ont changé, le mobilier à l’esthétique industrielle tendance plastique métallisé est resté le même. Le charme de la nouveauté en moins. Qu’on se rassure, on nous promet un nouveau cadre pour bientôt. La qualité des assiettes et la bonhomie du service sauront de toute façon nous faire patienter…
Des assiettes qui ont gardé la saveur et l’authentique simplicité qui caractérisaient déjà la cuisine du Sélénite en son temps. La carte est sans chichi, offre sept entrées, autant de plats et
quelques desserts dans une gamme allant de l’assiette de comptoir de bistrot à l’évident raffinement.
Il y a dans cette cuisine un amour du produit local qui fait plaisir à déguster. Parmi les grands classiques, on compte un foie gras en terrine, des bulots en nage d’épices, des huîtres du
bassin. Plus fantaisistes, les saveurs exotiques de la soupe thaïlandaise aux légumes et crevettes ou le sucré-salé du croustillant de chèvre et son chutney aux poires.
Côté plats, la queue de lotte s’acoquine volontiers avec la noix de coco, la sole (forcément d’Arcachon) d’un coulis de roquette, tandis que le bœuf (de Bazas) fait une cure de pot-au-feu dans la
grande tradition : la viande est fondante, les légumes craquants. Pour les amoureux de voyages, le wok de légumes, gambas, Saint-Jacques et poisson offre un copieux détour en Asie. Les amateurs
de produits vraiment frais pourront montrer du doigt dans le grand aquarium central le homard qu’ils souhaiteraient déguster « grillé bleu » comme le recommande le chef.
Les desserts sont sans doute moins convaincants, même si l’île flottante « tout maison », comme se plaît à le dire le patron, fait faire un bien joli voyage en terre de nostalgie.
En plus de bien manger, on est ici bien servi : l’accueil est plus qu’agréable, il est tout bonnement jovial. A Côté cour, on vous salue d’une poignée de main comme un vieil habitué, on a le
verbe fleuri, la cuisine généreuse. Ici, on parle fort, la boutade n’est jamais loin et on n’est jamais pressé de vous voir repartir. L’important n’est-il pas de vous voir revenir ?
En savoir plus
Côté cour - 3 place Camille Hostein à Bouliac T 05 57 97 06 06. Ouvert du lundi au vendredi, midi et
soir.
Menus midi à 19 € et 26 €. Carte le soir (compter de 30 à 50 € par personne)
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mer
03
fév
2010
Portrait de campagne : Isabelle Boudineau
A 43 ans, l’ex directrice de cabinet d’Alain Rousset puis de Vincent Feltesse, incarne, depuis sa dixième position sur la liste PS, une certaine « force tranquille ».
La Normandie où elle est née en août 1966, Angoulême, la Tunisie, Tarbes, Pau, Toulouse… Isabelle Boudineau a beaucoup baroudé au gré des mutations de son père, agrégé de géographie; mais c’est
la Charente-Maritime qui lui vient à l’esprit lorsqu’elle évoque son enfance et ses vacances chez ses cousins agriculteurs : « des étés merveilleux avec les poules, les lapins, les vaches, la
paille, le tracteur que j’apprenais à conduire ».
« Les bouchons de champagne ont volé ce soir là »
Une enfance heureuse et pavillonnaire loin de la politique, même si elle se souvient très bien d’un fameux 10 mai 1981. Elle a alors 15 ans : « les bouchons de champagne ont volé ce soir là. Je
me souviens de la joie de mon père ». Son père qui lui a donné le goût de la géographie, du basket, mais aussi de Lou Reed, de Led Zeppelin, des Rolling stones et des Doors. Sa mère, d’abord
femme au foyer, puis bibliothécaire et maintenant artiste, lui a donné quant à elle, le goût de la nature et « des légumes frais » ajoute-t-elle en riant.
La passion de l'urbanisme et de new wave
Bac en poche, histoire de s’affranchir un peu de la tutelle familiale, elle rejoint la fac de Toulouse où elle fait des études de… géographie. Elle obtient licences et maîtrises de géographie
urbaine et d’aménagement du territoire, puis un DEA, ce qui ne l’empêche pas de « faire une bamboula d’enfer : c’était la période new wave, j’allais écouter David Bowie, The Cure, Joy Division
».
Tombée amoureuse d’un Bordelais, la voilà qui quitte la « ville rose » pour Bordeaux où elle obtient un DESS d’urbanisme. Bardée de diplômes, elle suit son marin dans les Caraïbes où ils
projettent de s’installer. Là-bas, l’urbain la taraude, ils font finalement le choix de revenir « à Bordeaux et à la réalité ». Elle démarre alors sa carrière professionnelle en organisant des
colloques sur l’urbanisme à la CPAU, puis à l’Agence d’urbanisme « un creuset d’intelligence » où elle pilote la collection Débats sur la ville.
La CUB : sa couveuse politique
C’est en 1999 qu’elle fait ses premiers pas en politique. C’est l’époque des grands projets urbains dans l’agglomération bordelaise. Le groupe socialiste de la CUB, présidé par Alain Rousset,
cherche un collaborateur en urbanisme et aménagement qui puisse apporter son expertise aux élus de gauche. Quatre entretiens d’embauche plus tard, elle fait son entrée dans ce monde « très
masculin » où se mènent des « combats homériques » à propos notamment d’un fameux pont. « Je me suis régalée » répète-t-elle à l’envi en évoquant les grands enjeux urbains de l’époque et la
découverte des stratégies politiques en présence.
Elle se régale toujours autant quelques mois plus tard à l’approche des municipales, prend sa carte au PS et se jette à l’eau comme n’importe quelle militante : « j’ai labouré l’agglomération
dans tous les sens, j’ai adoré l’ambiance, les marchés, les collages d’affiche à 5 heures du matin, le pot de colle qui se renverse dans le coffre, se planquer dans la voiture à la rencontre
d’autres colleurs… ». Derrière l’engagement de terrain, il y a surtout « l’exaltation de faire basculer la CUB à gauche ». Une exaltation qui retombe lorsque Alain Juppé prend, contre toute
attente, la présidence : « ça été rude. J’étais fraîche et enthousiaste, j’ai découvert le cynisme en politique ».
Directrice de cabinet : « Une période formidable avec une équipe d’enfer ! »
En 2004, Alain Rousset devenu Président suite à la démission d’Alain Juppé, cherche un directeur de cabinet. « Vous êtes sûre que vous en avez envie ? » lance-t-il alors à sa jeune
collaboratrice. Une vraie prise de risque : elle est alors l’une des rares femmes à être directrice de cabinet d’une agglomération de cette taille. Elle qui défend volontiers la parité et qui
trouve que le chemin des femmes en politique n’est pas vraiment bordé de roses, en tire d’ailleurs une certaine fierté et « ne le regrette pas ». Lorsque Vincent Feltesse prend à son tour la
présidence de la CUB en 2007, elle reste en poste à ses côtés. De cette « période formidable avec une équipe d’enfer ! », elle garde un souvenir heureux même si elle précise qu’être « au cœur de
tous les dossiers, tout le temps, a quelque chose d’inhumain ».
Après Rousset qu’elle apprécie « pour « son acharnement à trouver des solutions et pour son niveau d’exigence » et Vincent Feltesse « lui aussi un homme véritablement intègre et un stratège »,
c’est au tour de Noël Mamère de lui proposer d’œuvrer à ses côtés… et de devenir première adjointe à Bègles.
De l'ombre à la lumière
On est en 2008, c’est la première fois qu’elle se présente sur une liste : elle bascule dans le camp des élus. Lorsqu’on lui demande si elle aime passer ainsi de l’ombre à la lumière et ce que
signifie pour elle d’être numéro 10 sur la liste d’Alain Rousset aux prochaines régionales, elle répond sans sourciller qu’elle n’aime pas « les effets d’estrade », qu’elle n’est pas du genre « à
se payer de mots ». Que ce qui compte, « c’est de faire avancer les dossiers, d’incarner des convictions à travers des actes, d’être au service de l’action publique ».
Un combat qu’elle mène avec une conviction inébranlable et une étonnante tranquillité, un peu comme lorsqu’elle évoque la navigation qu’elle a longtemps pratiquée : « être à l’écoute des
courants, du vent, être en harmonie aves les éléments, dans la perception totale de son environnement ». Cette « force tranquille » qu’elle semble si bien incarner, ce fut aussi celle d’un
certain Mitterrand, « un homme de culture », l’une de ses figures marquantes. Incarner la force tranquille de 1981, il y a décidément pire comme héritage.
Isabelle Boudineau en quelques repères
1966 : Naissance en Normandie d’un père jeune agrégé de géographie et d’une mère femme au foyer. Suivront deux frères, quatre ans et treize ans plus tard.
1984 : Obtient son baccalauréat et part pour Toulouse où elle se spécialise très vite en géographie, aménagement et urbanisme.
1997 : Naissance de son fils Noé.
1999 : Engagée comme collaboratrice du groupe socialiste à la CUB pour son expertise en urbanisme et aménagement.
2004 : Directrice de cabinet d’Alain Rousset à la CUB.
2007 : Directrice de cabinet de Vincent Feltesse à la CUB.
2008 : Première adjointe à Bègles ; elle quitte ses fonctions au cabinet et devient responsable du plan campus à la CUB.
2010 : Candidate aux élections régionales, n°10 en Gironde, sur la liste PS menée par Alain Rousset.
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ven
29
jan
2010
Portrait de campagne : Marie Bové
A 34 ans, l’énergie chevillée au corps, la fille aînée de José Bové se lance dans la course aux Régionales sous la bannière d’Europe Ecologie
Qu’on se le dise : avant d’être du Larzac où elle a débarqué à trois mois dans le sillage de ses parents antimilitaristes partis lutter contre l’extension du camp militaire, Marie Bové est
girondine, née à Saint-Maixant dans le sud du département. Si elle passe ses vacances chez ses grands-parents, oncles et tantes à Bordeaux, ce n’est qu’à 17 ans qu’elle quitte définitivement le
Causse et les luttes d’un certain José Bové.
La décroissance, j'ai testé pour vous !
Aucune nostalgie de ces années singulières à la ferme Monredon où la famille est longtemps privée d’eau, d’électricité et de tout confort. Dans un éclat de rire sonore, Marie précise :
« la décroissance, j’ai testé pour vous ! Petite, à cause du froid, j’étais tout le temps malade. Je me souviens de la pénibilité du travail de mes parents qui élevaient des brebis.
Travailler à la ferme quand on a pas d’outils modernes, c’est dur. Il fallait porter l’eau à bout de bras, l’hiver elle était parfois gelée ». Pas Cosette pour autant, elle garde un souvenir
fort de ses années d’enfance et d’adolescence baignées de militantisme : « notre maison était au cœur de la vie politique locale. Mon berceau, c’est celui-là ».
Tombée dans la potion de l’engagement dès son plus jeune âge, elle mène rapidement sa propre barque au collège, puis au lycée : débats, journaux, camps de jeunes… d’abord au sein de
l’Aumônerie laïque du collège animée par un prêtre-ouvrier, puis au lycée de Millau dans un club de solidarité internationale soutenu par le Comité catholique contre la faim (CCFD) et Amnesty
international. A la fac de Bordeaux où elle étudie l’histoire, elle s’implique dans un syndicat autogestionnaire et participe en parallèle au mouvement chrétien d’éducation populaire.
Un engagement professionnel entre politique et foi
L’année 2000 marque un tournant dans sa vie : son père vient de démonter - avec d’autres - le Mc Do de Millau : le voilà propulsé sur le devant de la scène médiatique et juridique, sa
famille avec lui : « notre vie s’est accélérée à ce moment-là. Il y a eu la pression des médias, les incarcérations, le divorce de mes parents. Cela a déterminé mon choix pour la vie
professionnelle ». Ce sera au Comité catholique contre la faim (CCFD) à Marseille. Le CCFD sonne comme une évidence pour celle qui n’a pas reçu d’éducation religieuse enfant – même si sa
mère est catholique pratiquante - mais qui se déclare volontiers croyante et ouverte à la spiritualité : « cela me porte beaucoup, m’aide à prendre du recul sur les choses, à ne pas
m’enfermer dans des dogmes. J’ai toujours plaisir à rencontrer des personnes qui ont la foi ». Et de citer parmi ses figures politiques marquantes, Danielle Mitterrand « pour sa fidélité
exemplaire à ses combats », Jean-Marie Djibaou « un homme charismatique » et un homme d’église : Hélder Câmara, évêque au Brésil, défenseur des paysans sans terre.
Au CCFD, elle fait rapidement ses preuves, intègre l’équipe nationale qui élabore des outils pédagogiques et d’alerte de l’opinion publique sur les discriminations : système des castes en
Asie ou en Inde, situation des femmes, paix au Moyen-Orient, souveraineté alimentaire… Ce travail l’amène à sillonner le monde pour le compte de son ONG et à sa former au journalisme.
Le retour bordelais
C’est en 2008 que la CUB lui offre la possibilité de revenir au bercail bordelais : un an au service du groupe socialiste : « c’était nouveau pour moi, je n’avais jamais travaillé
dans une administration ». De l’implication au service des élus à la fonction d’élue, il n’y a qu’un pas. Un pas que Noël Mamère lui propose de franchir en prenant la tête de la liste Europe
Ecologie pour les Régionales 2010. Il aime l’idée qu’une jeune femme comme elle, non encartée, pourrait incarner « le renouvellement et le rassemblement de la classe politique ». Cette
proposition est « un déclic » pour Marie Bové.
Quelques passes d’armes plus tard - « des moments de solitude » -, sans être tête de liste régionale, elle entend bien défendre les valeurs qui l’animent : remettre en cause la
double exploitation sociale et écologique, introduire le changement dans les modes de production et de consommation.
Contrer les "coups de mou"
Et quand elle lâche la politique, c’est pour filer à la salle de gym de son quartier, lire Russell Banks, se ressourcer dans la nature, notamment face à l’océan devant lequel elle aime rester en
contemplation. Énergique et volontiers rieuse, elle avoue avoir parfois des « coups de mou » dont elle se remet en préparant un gâteau au chocolat ou en allant aux concerts de rock. Et
puis, bien sûr, la famille : son père qui la soutient, sa mère très présente et sa sœur Hélène de deux ans sa cadette : « mon métronome de l’intérêt général ». Depuis les
années sur le Causse, beaucoup de choses ont changé chez les Bové : beaucoup, sauf la soif d’engagement politique.
Marie Bové en quelques repères
1975 : naissance à Saint-Maixant en Gironde, déménage à trois mois pour une ferme squattée du Cause du Larzac.
1993 : arrivée à Bordeaux pour ses études d’histoire.
1999 : obtention de sa maîtrise d’Histoire. Mémoire sur la Traire négrière à travers la manière dont elle est relatée de Louis XIV à la fin du XX° siècle (sous la direction de Anne-Marie
Cocula).
1999/2000 : l’affaire du Mac Do de Millau bouleverse sa vie. Elle commence à travailler pour le CCFD à Marseille.
2009 : rejoint la CUB à Bordeaux, employée au sein du groupe socialiste.
2010 : candidate aux élections régionales, en position éligible (n°3) sur la liste Europe Ecologie (Gironde) menée par Monique de Marco.
Lire aussi sur ce blog
Condensé de campagne : Marie Bové
Marie Bové vue par Noël Mamère
Portrait de campagne : Marie Bové
Sonia Moumen
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dim
24
jan
2010
L’Oiseau bleu de Frédéric et Sophie Lafon
Le restaurant gastronomique de la rive droite de Bordeaux déploie ses ailes
Le chef Frédéric Lafon nous avait tout étourdis en décembre dernier avec son Gaspacho vert en caviar, crème de crevettes al ajo et moules à
l’escabèche à l’occasion de la Speed food de Cenon, cette démonstration - dégustation « citoyenne » en compagnie de grands chefs de la rive droite
de Bordeaux. On s’était alors promis d’aller à la source, c’est-à-dire, d’aller goûter à sa « vraie » cuisine, celle concoctée dans son antre et servi dans son restaurant installé depuis avril
2008 avenue Thiers à Bordeaux. Son Oiseau bleu, longtemps sis aux Chartrons, semble avoir réussi sa migration dans « un quartier en plein devenir » comme se plaît à le rappeler sa femme Sophie
qui officie à l’accueil.
Discrétion et simplicité
Derrière la façade bourgeoise de l’immeuble où ils se sont installés (cuisine au sous-sol, deux salles de restaurant et une belle terrasse au rez-de-chaussée, habitation dans les étages), ils ont
opté pour un cadre contemporain : murs couleur taupe, mobiliers blancs, belle cheminée rectangulaire avec ses flammes dorées sur lit de petits galets blancs, une vaisselle immaculée aux formes à
la fois douces et structurées. Il y a là un sens du détail à la fois simple et discret.
L’art du paradoxe
Les quelques mignardises pour patienter - comme ces gressini au cumin ou ces crumbles de foie gras - augurent d’une belle attention apportée
à l’authenticité du produit : même travaillé de manière élaboré, il garde sa pleine saveur d’origine. Ainsi en est-il des entrées du menu comme pour la Goujonette de turbot sur un tartare d’huîtres de Mr Dupuch, légumes craquants et fumet réduit ou le Carpaccio de magret fumé aux
nashis et petits oignons, cube de foie gras poêlé, miroir au porto. Deux petites merveilles, l’une venue de la mer, l’autre de la terre, mêlant très intelligemment le cru et le cuit,
le frais et le chaud, le craquant et le fondant. Un art du paradoxe sans cesse renouvelé…
Des couleurs et des lignes
Côté plat, le raffinement et l’originalité vont au Cabillaud croustillant en chapelure de crevettes, purée de topinambour au gingembre, cependant que
l’Agneau de lait du Poitou en 2 façons : cuisson de 7h en cannelloni d’aubergines et rôti à la sauge plonge aux racines d’une cuisine plus médiévale,
plus roborative aussi. Pour ces deux plats, on ne peut que souligner l’art de la composition. D’abord, une recherche aboutie sur les camaïeux de couleurs : les blancs et crèmes pour le cabillaud,
les bruns et dorés pour l’agneau. Une recherche plus structurelle ensuite ; chaque assiette se rapprochant d’une sculpture avec un goût prononcé pour les verticales, les horizontales et les
diagonales. Cette recherche formelle, on la retrouve y compris dans les desserts, avec une nette préférence pour le Cigare de mousse banane au rhum, crème
d’ananas Victoria. Une petite douceur qui achève en légèreté un repas plutôt complet.
Une référence de plus rive droite
L’oiseau bleu est ainsi : sans prétention, sans ostentation, peut-être un peu trop apprêté pour qui chercherait la décontraction. Un menu en trois temps (trois choix à chaque fois) pour seulement
36 €. Une formule à 18 € à midi. Une carte des vins riche (200 références) et abordable avec notamment un service au verre. Une belle terrasse aux beaux jours. Frédéric Lafon et l’Oiseau bleu
semblent avoir réussi leur entrée dans le cercle des signatures gastronomiques de la droite rive droite.
En savoir plus
L’oiseau bleu 217 avenue Thiers à Bordeaux T 05 56 81 09 39 www.loiseaubleu.fr
Menu déjeuner (18 € pour 2 plats, 21,50 pour 3 plats), menu carte (36 €, 3 plats), menu dégustation (50 €, 5 plats).
Autres articles Rive droite gastronomique
Le Bistroy est mort ! Vive Côté cour !
La Speed food de cénon : Quatrième édition
Sonia Moumen
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jeu
21
jan
2010
Portrait de campagne : Alexandra Siarri
Entre famille et politique, à 37 ans, la n°2 de la liste UMP menée par Xavier Darcos fait une entrée remarquée dans les Régionales
Elle aime parler de ses origines modestes et agricoles en terre charentaise, mais surtout de l’omniprésence de la famille, de sa famille, dans son parcours. De son enfance, elle dit qu’elle a été
« remplie d’amour ». Elle parle volontiers de son père, directeur d’une maison familiale rurale, où les cours étaient dispensés en alternance à des jeunes sortis du parcours scolaire classique.
Elle évoque aussi sa mère - enseignante de français et secrétaire dans cette même maison familiale -, son frère aîné, ses grands-parents et une kyrielle d’oncles et de tantes, de cousins et de
cousines. La famille est nombreuse et surtout très engagée en politique. Son père, Marc Courjaud est conseiller général en Charente ; les autres membres de la tribu, conseillers municipaux pour
la plupart : « c’est une totale marque de fabrique. J’ai compris un peu tardivement que tout le monde n’était pas comme ça. En même temps, personne n’est encarté. On ne comprend d’ailleurs pas
bien le concept ».
Allez voir comment ça marche à l'Elisée !
Le bac en poche, à tout juste 17 ans, l’enfant de la campagne débarque à Bordeaux pour faire son droit et Sciences-Po, une période difficile pour celle qui estime avoir alors « manqué de maturité
», même si les ambitions sont déjà nombreuses : directeur de prison, journaliste et même « aller voir comment ça marche à l’Elysée » !
Ses études de droit ne lui permettent finalement pas de réussir le concours de directeur de prison, mais la question de la marginalité reste au cœur de ses préoccupations : « la lecture de
Surveiller et punir de Michel Foucault m’a profondément marquée. C’est ce qui a conditionné l’ensemble de mes choix professionnels et politiques ». Et de poursuivre : « ce n’est pas par
hasard si je m’occupe d’hébergement d’urgence à la mairie de Bordeaux (ndlr elle est conseillère municipale déléguée au logement, à l’énergie et à l’éco-habitat depuis 2008). Je retrouve cette
difficulté à intégrer la marginalité. Je suis fascinée par ces gens. Je me sens interpellée, profondément concernée, par ce qu’il leur arrive. On porte une grande responsabilité ».
De la vache enragée...
Elle semble avoir mangé de la vache enragée depuis son jeune âge : « étudiante, j’ai fait tous les boulots : serveuse, barmaid en boîte de nuit, j’ai bagué les faisans, castré les maïs, fait les
paquets cadeaux pour Noël ». Ensuite, aussi étonnant que cela puisse paraître, ses études de droit la mènent directement à… la communication. En 1998, après un stage à la CUB, elle devient
chargée de communication pour la mission tramway. Elle y peaufine sa connaissance de la politique : « comment ça marche, comment les décisions se prennent, le fonctionnement d’un cabinet, les
forces et fragilités d’un élu, l’art de la concertation… ». Dans la foulée, elle passe le concours d’attaché territorial « j’ai appris à aimer la fonction publique », rencontre son mari David,
fait trois enfants, réaffirme son attachement à la famille : « je n’oublie jamais ça, la politique au regard de ça, c’est rien du tout ».
La marque d'Alain Juppé
Comme son père avant elle, elle entre en politique. C’est à l’occasion des Municipales 2008. Alain et Isabelle Juppé discutent longuement avec elle au Salon de l’environnement alors qu’elle y
tient un stand. Le courant passe. La relation s’approfondit. La voilà embarquée sur la liste UMP des Municipales. Et puis à présent sur celle des Régionales.
Quand on lui demande comment elle en est arrivée là, elle dit « Je ne sais pas » et d’ajouter, lucide : « Je suis un bon produit de marketing politique : je suis une femme de moins de 40
ans, j’ai trois enfants, j’appartiens à la droite sociale et suis investie dans des domaines comme le développement durable. J’incarne aussi la marque d’Alain Juppé sur cette liste ».
Un Alain Juppé pour qui elle déclare avoir « une profonde admiration », comme pour de Gaulle (toujours la tradition familiale…). Pas sectaire, elle tire son chapeau à Michel Rocard « pour sa
manière d’être profondément libre », à Martin Hirsch « qui préfère agir tout de suite parce il n’a pas le temps d’attendre », à Simone Weil « pour tout son parcours ». Ils font ce qu’elle appelle
« de la grande politique ». « Jamais polémiques, ils possèdent une forme naturelle de sagesse », et d’enchaîner parce que c’est aussi sa vision de la politique : « on a le droit de faire de la
politique sans forcément se positionner par rapport à des fractures idéologiques ».
Le métronome familial
Alexandra Siarri est intarissable sur la politique en général, sur son engagement pour le développement durable ou l’hébergement d’urgence, tout autant que sur le lapin à la moutarde de sa mamie Denise. Et puis, quand elle s’est défoulée au club de gym, qu’elle a embrassé ses enfants, alimenté son blog et son profil Facebook, couché sur ses petits carnets ses impressions et sensations, et qu’elle continue encore à être « mangée de doutes » sur la justesse et la pertinence de son action, elle va voir son père, sa boussole, son « métronome ». La famille, toujours.
Alexandra Siarri en quelques repères
1972 : naissance à Barbezieux en Charente d’une mère vendéenne et d’un père originaire de Marcillac en Gironde.
1989 : arrivée à Bordeaux pour des études de droit et Sciences-Po. Lecture de Surveiller et punir de Michel Foucault.
1994 et 1995 : Obtention d’une maîtrise de droit privé, d’une maîtrise de droit public, d’un DEA de droit privé : mémoire sur « les grands-parents dans le droit de la famille ». Effectue un stage
à la maison d’arrêt de Fleury-mérogis, échoue au concours de directeur de prison.
1996 : rencontre, puis mariage avec David Siarri, chef d’entreprise dans le télémarketing. Suivront trois enfants : Mathilda - 9 ans, Abel - 7 ans et Sacha - 4 ans.
1998 : travaille à la CUB d’abord à la communication du tramway, puis à sur un dispositif de sensibilisation des scolaires au développement durable. Est toujours en poste actuellement.
2008 : élue au Conseil municipal de Bordeaux, déléguée au logement, à l’énergie et à l’éco-habitat.
2010 : candidate aux élections régionales, en position éligible (n°2) sur la liste UMP menée par Xavier Darcos.
Autres articles sur Alexandra Siarri sur ce blog
Alexandra Siarri vue par Alain Juppé
Sonia Moumen
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mer
20
jan
2010
Lancement du "groupe Bordeaux" de www.terrafemina.com
Du global au local, un site Internet national - par et pour les femmes - tente un développement bordelais
Douze petites lettres et c’est tout un univers qui s’entrouvre sous nos pieds. Après la terra incognita des explorateurs de jadis, il est une nouvelle terre à explorer : celle des
femmes. Avec terrafemina.com, les femmes auraient enfin leur continent, ou plutôt leur planète, virtuelle il va de soi…
Et que fait-on sur une terre labourée, semée et cultivée par des femmes pour des femmes ? On y parle de préoccupations féminines, surtout de celles des jeunes actives de 35 ans (en moyenne),
maman de un ou deux enfants, plutôt urbaines et franchement d’un niveau socioprofessionnel confortable. C’est en tout cas les données présentées par Véronique Morali, créatrice et présidente de
ce site internet créé au printemps 2008, et par Isabelle Juppé, "ambassadrice" de son déploiement bordelais.
Un site de contenus
Emplois et carrières, droit et argent, culture et société, vie privée… le site propose trois grandes familles de contenus. Du « journalisme express » d’abord, avec articles, témoignages,
portraits, web TV… toujours courts et condensés. Une boîte à outils ensuite, comprenant une foultitude de modes d’emploi pour tout améliorer dans sa vie. Et, enfin, ce qui ressemble à s’y
méprendre à du publireportage, comme le récent dossier dédié aux Métiers du groupe Total.
Entre journalisme, information pratique et approche promotionnelle, le site se positionne clairement sur le créneau, non pas des médias en ligne, mais de ce que l’on appelle de plus en plus
souvent des « sites de contenus ». Des contenus se voulant le reflet de l’ « engagement » de sa fondatrice et « une alternative aux sites féminins ».
Terrafemina.com est pilotée par une rédaction complétée par des experts. Toutefois, elle cherche à faire appel à la contribution de toutes. Isabelle Juppé l’a d’ailleurs rappelé à l’occasion de
la soirée de lancement bordelais : si un petit groupe de rédactrices locales a été constitué avec des journalistes, communicantes ou femmes d’influence bordelaises, il s’agit bien d’élargir, le
plus rapidement possible, le cercle des contributrices, expertes dans des domaines précis.
Une approche ludique
Le volet constitué par les contenus est largement complété par une approche ludique : tests (Quelle businesswoman êtes-vous ?), quizz
(Sommet de Copenhague : Savez-vous vos sommets sur le bout des doigts ?), sondages (Comptez-vous donner de l’argent
pour les victimes du séisme en Haïti ?), jeux-concours (Gagnez un voyage au Maroc !)…
On peut se divertir à gogo en tentant de répondre à tous les sujets. En cas de résultats médiocres, il est toujours possible de chercher l’information dans les rubriques de…
terrafemina.com.
Une communauté et un groupe Bordeaux
Enfin, et c’est sans doute à la fois la singularité et l’enjeu de ce site, terrafemina.com est aussi une communauté, à l’instar de Facebook
ou de Viadeo. On y échange, discute, partage avec des membres appartenant ou non à des groupes. Le premier groupe « territorialisé » (en
opposition à des groupes thématiques comme celui des Joueuses de Poker ou des Bibliophiles) est celui de Bordeaux. Un groupe qui compte une vingtaine de membres à ce jour et «
destiné à tous les habitants ou amoureux de Bordeaux ».
On y trouve des premières contributions sur Anne Bosredon et sa Food party (par Anne Lataillade, créatrice et animatrice du célébrissime www.papillesetpupilles.fr), le tennis pour des femmes des
quartiers (par Arielle Piazza, adjointe aux sports de la ville de Bordeaux), les Cahiers bohêmes (par Isabelle Juppé), le jumping de Bordeaux (par Marie-Laure Hubert Nasser, directrice
de la Communication de Congrès et expositions de Bordeaux) ou encore Paz Espejo, une figure du vin (par Nathalie Coiquaud, directrice de l’agence de communication événementielle Banc
public).
Quel avenir ?
Outre d’être « exemplaire de ce que sont les femmes dans le monde numérique » (Isabelle Juppé), terrafemina.com semble à présent souhaiter se rapprocher géographiquement de ses lectrices,
partenaires et annonceurs potentiels. D’où la création d’une première « section » locale qui devrait en appeler d’autres. Pour réussir le pari de cette implantation « virtuelle », Véronique
Morali et sa nouvelle équipe bordelaise (dont Nathalie Coiquaud en charge de l’animation du groupe) ont tenté de convaincre ce 18 janvier près de 150 femmes, journalistes, entrepreneuses,
communicantes, femmes d’influence… Toutes réunies à l’occasion du baptême bordelais. Un aréopage de marraines prêt à entrer en terra temina ? Affaire à suivre...
En savoir plus
www.terrafemina.com
Soirée de lancement du Groupe Bordeaux le 18 janvier 2010, en présence notamment de Véronique Morali (présidente), Isabelle Juppé ou d'Alexandra Lux, l’une des
trois sportives ayant réalisé la traversée de l'Atlantique en Paddle Board « Ucar-Cap Odyssée (2009)…
Sonia Moumen
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ven
15
jan
2010
« Press » du toulousain Pierre Rigal
Son petit bijou chorégraphique et sonore ouvre avec éclat le Festival Des Souris Des hommes des Carrés / Colonnes
On a parfois le sentiment de radoter lorsque l’on répète que la scène toulousaine a su générer des artistes de très haut niveau dans des disciplines comme le cirque, le théâtre ou la danse.
Pierre Rigal, formé aux mathématiques et à l’audiovisuel, ancien athlète de compétition, mais surtout danseur et performeur de haut vol, est de ceux-là. Complice d’Aurélien Bory venu du cirque et
internationalement reconnu aujourd’hui, Pierre Rigal poursuit son interrogation sur l’identité masculine et la place de l’Homme dans son environnement (aussi bien physique que mental) avec une
constance et une intelligence rares.
On se souvient de Érection, son tout premier solo créé à Toulouse en 2002 (et présenté à Gradignan en 2007). Seul sur le plateau, dans une esthétique ultra contemporaine faisant la part
belle au design des lumières, Pierre Rigal réinventait l’histoire de l’humanité de la position couchée à la position debout. Huit ans plus tard, cette forme, d’une puissance esthétique
inversement proportionnelle à la taille du plateau (un mouchoir de poche), continue à tourner dans le monde. Même chose pour son spectacle suivant, Arrêts de jeu (présenté à Bordeaux en
2007), qui poursuit une carrière internationale qui le conduira prochainement au Japon.
Avec Press (« serrer » en anglais), créé à Londres il y a un an, l’artiste confirme son talent pour marier les disciplines, dans un solo empruntant autant à la danse, à la musique
électroacoustique qu’aux arts plastiques. L’argument est d’une simplicité confondante et pourtant, ce que Pierre Rigal nous raconte en une heure à peine fait l’effet d’une petite bombe.
Une boîte grise, austère, froide. A l’intérieur, un homme en costume. Pour uniques compagnons : une lampe d’architecte et une chaise pliante. La boîte, petit à petit, s’écrase, réduisant d’autant
l’espace vital, s’écrase encore jusqu’à la fermeture totale. Face à l’étouffement, à l’enfermement, au danger, l’homme solitaire se cabre, tente de s’échapper, se plie, se déploie, lutte,
obtempère et finit par abdiquer, écrasé.
Métaphore subtile de nos enfermements, Press est aussi inventif sur le plan sonore que sur le plan chorégraphique : un système de capteurs amplifiant et transformant les sons produits
par les frottements ou chutes du corps contre les parois, cependant que quelques accords de guitare électrique contribuent à l’étrangeté fantomatique de l’ensemble. Performance physique et
esthétique, Press est aussi un numéro d’illusionnisme non dénué d’humour. Et quand Pierre Rigal tente de nouer une tendre relation avec sa lampe d’architecte, émouvant alter ego et
compagne de jeu miniature, on est touchés. D’autant plus touchés, que cette lampe articulée, soudain animée, n’est pas sans rappeler l’immense robot industriel d’Aurélien Bory dans son récent
Sans Objet. Décidément, et sans vouloir radoter, la scène toulousaine a su générer des artistes de très haut niveau. Cela n’a pas échappé au festival Des souris Des hommes.
En savoir plus
Press, de et avec Pierre Rigal. Compagnie Dernière Minute (Toulouse) www.pierrerigal.net
Construction et lumières Frédéric Stoll, musique Nihil Bordures, . Spectacle créé à The Gate Theatre (London).
Autres articles de ce blog à consulter
« Plus ou moins l'infini » - Les lignes de fuite à l'infini du tandem Soltanoff / Bory
Festival des Souris Des hommes 1.2 « Théâtre hybride, danse en apesanteur et performances décomplexées »
Du 13 au 30 janvier 2010, Le Carré / Les Colonnes à Saint-Médard et Blanquefort. http://www.lecarre-lescolonnes.fr
A ne pas manquer (notamment) :
# El caso del espectador de Maria Jerez, une petite forme particulièrement drôle autour cinéma et du suspens, déjà
présenté dans le cadre du festival ¡mira! 2006 (Toulouse et Bordeaux)
# Traversées de
Kitsou Dubois, entre danse et apesanteur, une artiste trop rare dans le région
# Sin sangre
par la Compagnie Teatrocinema du Chili, entre théâtre et cinéma, il se murmure que c'est vraiment, mais vraiment, à voir…
Sonia Moumen
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jeu
14
jan
2010
« La Ménagerie de verre » de Tennessee Williams mise en scène par Jacques Nichet
Une « comédie de la cruauté » rondement menée par des comédiens à la fois joueurs et subtils, et surtout au sommet de leur forme
Depuis Faut pas payer !, texte de Dario Fo d’une drôlerie grinçante sur la pauvreté et la précarité, on savait le metteur en scène Jacques Nichet très à l’aise dans le registre de la
comédie. Avec sa toute récente création La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, il démontre une fois de plus sa capacité à « faire comédie » avec un texte pourtant d’une cruauté
rare sur les rapports familiaux.
Tom, Laura et leur mère Amanda vivent dans un huit clos fusionnel depuis la disparition du père parti à l’autre bout du monde. Tom s’ennuie à l’entrepôt de chaussures où il est manutentionnaire,
écrit des poèmes, va au cinéma, fréquente les fumeries d’opium et rêve de tout quitter pour partir à son tour à l’autre bout du monde. Sa sœur Laura n’a aucun rêve en dehors de celui de jouer,
inlassablement, avec sa « ménagerie de verre », une collection de minuscules et fragiles animaux en verre coloré. La mère, bavarde et possessive, s’active pour tenter de marier cette fille que
l’on dit infirme (ou alors « bizarre », ou encore « différente ») à un galant.
Inspirée de la propre histoire familiale de Tennessee Williams (sa sœur Rose était schizophrène et a subi une lobotomie qui l’a laissée intellectuellement amoindrie), La Ménagerie de
verre, premier texte et premier succès new-yorkais de Williams, alors considéré comme un alcoolique et un malade psychiatrique, est autant une comédie familiale qu’un drame humain. Suivront
ensuite au théâtre ou au cinéma Un Tramway nommé désir (1947), La Chatte sur un toit brûlant (1955), Soudain l’été dernier (1958) ou La Nuit de l’iguane
(1961).
Pour sa mise en scène, Jacques Nichet a choisi une esthétique de la sobriété, très en phase avec le cinéma des années cinquante. En dépit de situations graves, les quatre comédiens nous promènent
avec brio en territoire de comédie. Stéphane Facco et Agathe Molière, déjà remarqués dans Faut pas payer ! incarnent ici brillamment une fratrie déboussolée. Un Stéphane Facco
éblouissant de dérision, de générosité et d’énergie physique, qui confirme ici sa capacité à incarner la gravité, comme la légèreté. A ses côtés, Agathe Molière, dans le rôle complexe de la sœur
infirme offre un visage lunaire et un corps comme empêché, prêt à se disloquer. Réfugiée dans sa citadelle de bizarrerie et de rêves brisées, elle est bouleversante de fragilité.
Et puis, il y la mère. Excessive, séductrice, roublarde, elle est interprétée par une Luce Mouchel totalement déchaînée. Usant et abusant de son potentiel comique, de sa voix haut perchée, de son
corps d’une mobilité incroyable, elle fait, défait et refait l’histoire familiale, s’immisce dans la vie de tous, occupe l’espace au sens propre comme au sens figuré avec une jubilation qu’elle
offre en partage aux spectateurs.
Et tant pis si le texte de Tennessee Williams a un peu vieilli, si certaines séquences auraient peut-être gagné à être ramassées, restent le talent d’un Jacques Nichet au regard à la fois subtil
et mutin et l’engagement d’une bande de comédiens véritablement complices.
En savoir plus
Spectacle présenté au TnBA, du 12 au 16 janvier 2010. http://tnba.org
La ménagerie de
verre, de Tennessee Williams, mise en scène Jacques Nichet, texte français Jean-Michel Déprats
Avec Agathe Molière, Luce Mouchel, Stéphane Facco, Michaël Abiteboul
mar
12
jan
2010
L’avenir culturel de la métropole bordelaise sera-t-il en « friche » ?
A l’heure où la plupart des métropoles européennes ont réfléchi aux alternatives aux grandes institutions culturelles, la CUB provoque une première réflexion sur les friches
La rencontre Fabriques, friches, résidences, clusters organisée par la CUB le 17 décembre dernier aurait pu passer inaperçue dans le microcosme culturel local s’il ne s’était agi d’une «
première » à bien des égards.
Première initiative de ce genre en effet, cette réunion a cherché à mettre en commun l’information sur les projets existants, en devenir ou en gestation ; à mettre en perspective la situation
bordelaise avec celle d’autres métropoles françaises et enfin à favoriser la mise en place d’une action concertée tant au niveau politique, financier qu’opérationnel ou culturel.
Une approche pédagogique : les expériences de Toulouse et Marseille
Le premier temps de cette rencontre, qui a réuni près de quatre-vingt acteurs culturels, a d’abord été pédagogique : élus et porteurs de projets toulousains avaient fait le déplacement pour
expliciter leur ambitieux NTA – Nouveaux territoires de l’art - mis en œuvre par une agglomération pourtant sans compétence culturelle. Ceci n’a pas empêché Dany Buis, l’élue PS très
investie dans cette action, d’affirmer qu’elle « ne voit pas comment on peut parler d’aménagement du territoire sans parler de culture. » Et de poursuivre : « Nous avons pris la culture par le
biais de la cohésion sociale, de l’innovation, de l’émergence, de la participation de la population ». Une manière pour l’agglomération d’anticiper et d’accompagner - à hauteur de 8 millions
d’euros - les besoins de trois projets qui peinaient à trouver une légitimité et des moyens : l’Usine (arts de la rue) à Tournefeuille, la Grainerie (cirque) à Balma, Mix’Art Myris (arts
plastiques, émergence) à Toulouse.
Après Toulouse, l’expérience de Marseille s’est avérée tout aussi exemplaire avec la Friche belle de mai. Un projet emblématique souvent envié par les grandes villes françaises et qui accueille
aujourd’hui une cinquante de structures culturelles dans un bouillonnement sans cesse renouvelé.
Entre une volonté politique forte - « si on entre dans des discours partisans, on ne peut pas faire avancer la culture » - (Dany Buis) et des paroles généreuses d’acteurs culturels « en
travaillant ensemble, on est tous plus intelligents » (Jo Martinez / la Grainerie), « l’innovation aujourd’hui, c’est la capacité de chacun à accompagner les autres », nos anciens compétiteurs au
titre de Capitale européenne de la culture 2013 ont réussi à faire rêver une bonne partie de l’assemblée.
Une approche descriptive : état des lieux des projets dans l’agglomération bordelaise
Après la brillante (et très déstabilisante) intervention sur les « livings lab » de Bruno Caillet (the Hub – Scen’city), la rencontre s’est orientée vers une lecture plus « fonctionnelle » de ce
qui existe, se discute ou se rêve aujourd’hui en terme de « nouveaux espaces pour accompagner l’expérimentation artistique et sociale » dans l’agglomération bordelaise.
Ont été ainsi présentés une douzaine de projets en cours ou à venir, de lieux susceptibles de répondre aux besoins des artistes en matière de conditions de création (ateliers, résidences,
incubateurs…), autour de modèles économiques émergents ou de nouvelles solidarités. Un moment édifiant par la diversité des formes, des contenus et des objectifs des projets locaux.
Beaucoup de projets institutionnels
Seules les initiatives relevant directement des collectivités locales semblent susceptibles d’une concrétisation relativement rapide : regroupement du Frac et des agences culturelles régionales
sur le site des Abattoirs, Auberge numérique de l’AEC à Bordeaux, site des Terres neuves à Bègles, Vacherie à Blanquefort, Château Brignon (BD) à Carbon Blanc.
Des projets institutionnels apparemment solides et qui pourtant « ne se sont pas faits le cul dans la graisse » comme s’est plu à le rappeler, un peu colère, Frédéric Vilcocq, élu régional
délégué à la culture. Et d’ajouter qu’un projet comme le Rocher Palmer de Cenon (musiques du monde et numérique), qui fait pourtant l’unanimité, n’a pas bouclé son tour de table financier alors
qu’il ouvre ses portes dans quelques mois. Les « nantis » ne seraient-ils plus ce qu’ils étaient ? interroge l’élu régional quelque peu agacé par les réactions au montant prévisionnel (50
millions d’euros) du Pôle des Abattoirs.
De réel, souvent difficile, à l’utopie
Du côté des acteurs culturels et des associations, la plupart des projets se débattent encore dans une relative précarité de moyens. Et si leur situation s’est parfois améliorée ces derniers mois
à l’instar de Pola, de l’Espace 29 ou du TNT-Manufacture de chaussures, tous ont soulevé la difficulté de travailler dans des « conditions très dures ». Précarité donc, et même stade de l’utopie
pour nombre de projets passionnants qui n’ont à ce jour quasiment aucune garantie institutionnelle quant à leur mise en chantier et à leur pérennité. Citons parmi eux le Musik Institut Bazar
(rock) ou la Maison des compagnies (danse) à Bordeaux.
Une approche politique : quelle perspectives pour demain ?
S’il ne s’agissait pas avec cette rencontre de régler leurs comptes aux politiques culturelles passées, il s’agissait bien, en mettant à plat les projets du territoire, d’en amorcer une nouvelle
lecture, voire de mettre en place une nouvelle méthode de travail s’appuyant sur les complémentarités et les mutualisations, les vides et les pleins, les solidarités et les mises en réseau.
Pas simple pour la CUB, initiatrice de cette rencontre, renvoyée régulièrement à sa « non-compétence culturelle ». Encore moins simple pour la ville centre, dont Dominique Ducassou, l’élu à la
culture, semblait rétif à l’institutionnalisation d’une réflexion collective, allant même jusqu’à remettre en cause ce type de réunions : « il faut laisser vivre les projets d’eux-mêmes »
n’a-t-il pas manqué de conclure. Mais laisser vivre, « c’est aussi parfois laisser mourir ».
Les mois qui viennent nous diront sans doute quels sont les projets qui naîtront, grandiront, se saborderont ou mourront. Et puis surtout si la belle idée de coopération urbaine entre les
fabriques du Grand sud-ouest européen (Midi-Pyrénées, Aquitaine, Catalogne, Euskadi…) initiée par la Grainerie de Balma, permettra à des projets locaux de s’ouvrir à une réalité plus européenne.
En savoir plus
Fabriques, friches, résidences, clusters – de nouveaux espaces pour accompagner l’expérimentation artistique et sociale. Rencontre organisée par
la CUB Mission Urbanité / Culture(s) le jeudi 17 décembre 2009 www.lacub.fr
# Intervention sur « livings lab » de Bruno Caillet - the Hub – Scen’city http://www.scencity.fr
# Les projets toulousains et bordelais évoqués
La Grainerie Balma www.la-grainerie.net
Mix’Art Myris www.mixart-myrys.com
L’Usine www.lusine.net
La Friche belle de mai www.lafriche.org
# Les principaux projets évoqués pour l’agglomération bordelaise
L’Auberge numérique Bordeaux (AEC) www.aecom.org
Château Brignon Carbon-blanc - Fabrique d’auteurs Bande dessinée
Espace 29 Bordeaux www.espace29.com
Fabrique Pola Bordeaux www.pola.fr
Maison des Compagnies Bordeaux
Musik Institut Bazar Bordeaux
Pôle des Abattoirs Bordeaux
Projet Darwin Bordeaux www.projetdarwin.eu
Terres Neuves Bègles www.saemcib.fr
TNT-Manufacture des Chaussures www.letnt.com
La Vacherie Blanquefort
Sonia Moumen
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lun
11
jan
2010
Kristina Rady nous a quittés le 10 janvier 2010
Sur son grand vélo, ses immenses jupes colorées au vent, la chevelure féline, elle était belle. Elle sillonnait Bordeaux. Elle riait souvent. Elle parlait fort, mais surtout bien. Elle était passionnée et brillante. Aimait la Hongrie (son pays natal), ses artistes, ses poètes, ses auteurs, dont elle a inlassablement défendu les œuvres en les traduisant ou en les mettant en scène. Elle avait traduit l’un des monuments du théâtre hongrois, Liliom de Ferenc Molnár. Lorsque je l’avais lu, j’avais été fascinée par cette « histoire d’amour qui finit mal » entre une petite bonne et un bonimenteur de foire. Une drôle histoire, faite de mauvais coups, de suicide, de tribunal céleste, de purgatoire, de retour sur terre quelques seize ans plus tard. Dans Liliom, il n’y avait pas que du tragique, il y avait aussi la fête, une grande roue, des lampions et de la musique. C’est le souvenir que je voudrais garder de Kristina, perchée sur la grande roue de la vie. Non, décidément « tout ne s’arrête pas si facilement ».
Sonia Moumen
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ven
08
jan
2010
Le Speed food de Cenon : quatrième édition
Une occasion unique d’approcher cinq grands chefs cuisiniers, inventifs et généreux, et de goûter à leurs préparations sur le thème de la Méditerranée. Récit d’une soirée
Une pochette dorée, un carnet de tickets colorés, un verre de thé à la menthe, un livret de recettes. C’est le kit remis à l’entrée de la récente Speed food de Cenon contre 5 €. 5 € pour
une soirée gourmande en compagnie de cinq chefs prestigieux de la rive droite. Cinq chefs qui ont accepté de proposer une recette de leur invention, d’en faire la démonstration in situ, d’en
livrer les secrets et de la faire déguster aux 700 personnes qui se pressent pour ne pas en perdre une miette.
L’idée de rendre la grande cuisine accessible au plus grand nombre n’est pas tout à fait nouvelle. Nicolas Magie, le dynamique chef de la Cape à Cenon, l’a expérimentée pour la première
fois il y a 4 ans. A l’époque, un chapiteau avait été dressé non loin de son restaurant et 250 personnes avaient été enthousiasmées par l’expérience. Quelques années plus tard, une immense salle
de l’avenue Thiers dans le bas Cenon a remplacé le chapiteau. Nicolas Magie a été rejoint par Frédéric Lafon, installé sur la rive droite avec son Oiseau bleu depuis le printemps 2008, Michel
Portos pour le Saint-James à Bouliac, Yohan Alias pour les Rives de Fieusal à Bruges et enfin, par un invité de Nicolas Magie : Lotfi Douaieb, chef tunisien installé en Norvège.
Eux cinq avaient pour mission de faire voyager nos papilles du côté de la Méditerranée.
Cinq chefs, cinq plats, cinq voyages en Méditerranée
C’est sans doute Frédéric Lafon qui s’est montré le plus ambitieux avec son Gaspacho vert en caviar, crème de crevettes al ajo et moules à l’escabèche. Une élégante
entrée d’inspiration espagnole, faite d’une multitude de minuscules billes vertes (des billes à base de courgettes et façonnées à la seringue !) d’une grande fraîcheur. Avec, une crème grasse
d’un blanc laiteux au délicat goût de crevettes et de cognac, et pour le craquant, des lamelles d’ail grillées et quelques moules à l’escabèche. Aussi surprenant, tendre, exquis,
qu’incroyablement acrobatique à refaire seul dans sa cuisine !
Plus abordable techniquement, les Bulles de couscous, chipirons, coriandre et menthe proposées par Nicolas Magie pour illustrer le Maroc. Un petit bonheur tout simple :
une semoule craquante sur un lit de gelée relevée au jus de crustacés, des fines lamelles de chipirons poêlées, le tout assaisonné d’une sauce verte légèrement craquante.
Encore plus facile à réaliser chez soi, mais peut-être moins singulier, la Salade Méchouia, un grand classique tunisien, proposé par Lotfi Douaieb, a réveillé les palais
de sa fraîcheur mâtinée d’un bon goût de harissa et de cumin.
Retour à des réalisations plus complexes avec Yohan Alias qui nous amène du côté de la Turquie avec son ambitieux Cannelloni d’agneau confit au riz pilaf et feuille de vigne,
terrine d’aubergine à la turque, vinaigrette d’olive noire. Une étonnante alliance du fondant et du craquant, de l’acide et du sucré, dans une présentation élégante et très structurée.
C’est Michel Portos que s’est vu confier le dessert, d’inspiration italienne : des Spaghettis bolognaise aux fruits secs, qui ont surpris par leur simplicité après le
faste de certaines préparations.
Générosité et solidarité
Si les papilles étaient aux anges, la qualité d’accueil - en dépit de gros efforts des organisateurs - n’a hélas pas toujours été à la hauteur. Dans cet immense hangar, plus proche de la
salle des fêtes que du restaurant, les 700 personnes ont observé les préparations et dégusté les cinq plats, debout, sous les néons, dans un vacarme souvent assourdissant. Les groupes musicaux et
humoristes invités (Haïdouti Orkestar, Pascual Gallo…) ayant parfois du mal à se faire entendre. C’est sans doute le seul bémol de cette soirée, dont la fonction de lien social ne s’est pas
démentie : 250 entrées ont ainsi été réservées aux publics d’associations œuvrant dans le champ du social, comme les Restaus du cœur ou les maisons de quartier. Et nombre de partenaires locaux se
sont mobilisés bénévolement à l’instar du traiteur Capdevielle.
On nous annonce que pour les cinq ans de ce rendez-vous, c’est au tout nouveau Rocher Palmer de Cenon que les agapes se dérouleront. Un lieu sans doute davantage à la hauteur de la qualité et de la générosité de l’initiative.
En savoir plus
Speed food 2009 – performance gourmande en Méditerranée. Samedi 19 décembre à Cenon.
Organisé par le ville de Cenon et le Restaurant la Cape à Cenon
Les restaurants / chefs participants :
La Cape Cenon / Nicolas magie restaurantlacape.over-blog.com
L’Oiseau bleu Bordeaux / www.loiseaubleu.fr
Rives de Fieusal Bruges / Yohan Alias www.lesrivesdefieusal.com
Le Saint-James à Bouliac / Michel Portos www.saintjames-bouliac.com
Invité spécial : Lotfi Douaieb
Sonia Moumen
www.carnetdebordeaux.fr
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jeu
07
jan
2010
L’atelier « chaises bordelaise » d’arc en rêve
Il a fallu que ce soient les Allemands qui inventent la « chaise bordelaise » ! Elle se conçoit encore pendant quelques semaines à l’ombre de la grande nef de l’entrepôt Lainé.
Si ce n’est pas moi qui l’ai imaginée, dessinée ou conçue, c’est moi qui l’ai faite. Cette chaise, ou plutôt ce fauteuil, enfin cette assise de bois brut en planches de mauvais pin, bourré
d’échardes et de sève.
Une jeune femme – Ludivine – m’a tout expliqué. Elle m’a confié une perceuse et une visseuse, des planches et des vis. Elle m’a guidée pas à pas et puis aussi décortiqué la démarche du collectif
berlinois d’architectes Raumlabor. C’est eux qui ont imaginé cet atelier en réponse à la proposition d’arc en rêve pour l’exposition Insiders.
Elle a ajouté que cette chaise bordelaise était une série limitée, modèle quasi unique en quelque sorte, et que chacun des participants de l’atelier pouvait la réinterpréter à sa façon. Elle a
précisé qu’une centaine de chaises avaient été fabriquées, surtout par des femmes « peut-être 80% de femmes », que certaines femmes viennent parce que leur « mari ne prête pas les outils », qu’on
trouve un peu de tout, des bricoleurs et des néophytes et surtout que les hommes sont plus tatillons : « ils trouvent la méthode un peu trop empirique, ils aimeraient bien mesurer, prendre des
côtes. Ça les perturbe beaucoup les hommes » a-t-elle dit.
45 minutes après, je suis repartie avec ma chaise sur l’épaule, enthousiasmée par la pédagogie de Ludivine, le bricolage, les expositions d’art contemporain, les architectes et designers, les
palettes en pin et Berlin. Je me suis souvenue que le jour de mon inscription, début décembre, on m’avait dit que j’étais 25ème sur liste d’attente et que je n’avais que peu de chance de
participer à cet atelier individuel d’une heure. Et puis, quelques jours avant Noël, une petite voix joyeuse avait fait crépiter mon téléphone : « c’est arc en rêve. C’est Noël, on a une surprise
pour vous ! : une place pour l’atelier chaises bordelaises ! ». J’étais tellement contente que je l’aurais embrassée ! Comme hier, quand Ludivine m’a dit que ça se voyait que j’étais une bonne
bricoleuse. J’étais fière avec ma chaise sur l’épaule, le manteau couvert d’échardes et de poussière sous le regard goguenard des passants. Je l’aurais embrassée !
En savoir plus
Atelier Chaises bordelaises
Proposé par arc en rêve dans le cadre de Insiders, exposition arc en rêve centre d’architecture et capc musée d’art contemporain.
Exposition jusqu’au 7 février 2010. Réservation indispensable education@arcenreve.com. Atelier individuel d’1 heure.
www.arcenreve.com
Sonia Moumen
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jeu
07
jan
2010
Le Boléro austère de Raimund Hoghe
Avec son « Boléro variations », l’artiste allemand offre un regard dépouillé et fascinant sur la solitude et la souffrance humaine
Il est petit, très petit. Maladif, maigrichon, tordu, un peu dégarni et bossu. Ce petit homme au corps étrange, c’est l’allemand Raimund Hoghe, journaliste, dramaturge, chorégraphe et danseur
longtemps compagnon de route de la grande dame de la danse allemande récemment disparue Pina Bausch.
A grands pas lents, lourds, pesants, il trace un large rectangle tout autour du plateau. Il est seul. Il semble porter tout le poids du monde sur ses étroites épaules, traîner une invisible
cargaison de souffrances silencieuses. Il est seul et sa solitude pèse toutes les charges du monde.
Raimund Hoghe a choisi de mettre en mouvement, comme bien des artistes avant lui, le diabolique Boléro de Ravel. Mais depuis la mythique pièce de Maurice Béjart, l’eau a coulé sous les
ponts de l’histoire du mouvement : la « non danse » est passée par là, les danseurs ont cessé d’être de simples virtuoses, la danse n’est plus linéaire et narrative. Le fascinant petit homme au
corps distordu a ainsi imaginé une œuvre austère, déconstruite, plutôt obscure.
Loin des fastes du mouvement, il a choisi pour lui-même et pour ses cinq interprètes, une danse toute en retenue, faite d’interminables marches immobiles. Et si le bas du corps semble souvent
inerte et les corps empêchés, c’est pour mieux rendre leur expressivité aux mains et aux bras. Des bras interminables et des doigts immenses.
Petit à petit, lentement, dans un dépouillement total (pas de décor, une lumière blanche fixe), dans un léger ennui teinté de fascination, cette « ronde des obstinés » installe son étrange
mélancolie. Pour servir cette danse de la solitude et de l’économie, une multitude de variations musicales autour du Boléro : nostalgiques avec des bluettes espagnoles ou
sud-américaines, jazzy, kitch, dépouillées ou symphoniques, qui s’enchaînent dans les deux parties du spectacle. Alors, quand retentit la version symphonique de l’œuvre de Ravel, on comprend que
nous touchons au but et que les pièces du puzzle vont peut-être enfin livrer leur signification. Un Boléro final, au sol, sans faste. Juste cinq hommes qui tournent sur eux-mêmes en
tentant de s’élever. Juste les cris muets du corps de Raimund Hoghe. Les souffrances. Les hoquets. Les soubresauts. La bosse qui brille et frémit dans la lumière crue. Il faut tenir jusqu’au bout
pour vivre le martyre de cet homme, pour voir comme « il jette son corps dans la bataille ».
Bien sûr, on pense à la danse sobrement ritualisée de Pina Bausch, au corps trop petit de Bobò dans les pièces de Pippo Delbono ou aux postures sacrificielles des interprètes de Rodrigo García.
Mais on pense surtout à la capacité de Raimund Hoghe à s’être dépouillé d’une bonne partie de l’histoire de la danse pour offrir une vision très singulière d’un de ses grands standards. « Je fais
simplement ce que j’ai à faire » explique Raimund Hoghe. Et tant pis si une partie de la salle conspue la pièce et s’échappe à l’entracte.
En savoir plus
Spectacle présenté au TnBA, les 6 et 7 janvier 2010. http://tnba.org
Boléro variations, chorégraphie Raimund Hoghe http://www.raimundhoghe.com/
Avec Ornella Balestra, Lorenzo De Brabandere, Emmanuel Eggermont (extraordinaire de présence), Raimund Hoghe, Yutaka Takei, Nabil Yahia-Aïssa
Musiques : Maurice Ravel, Giuseppe Verdi, Piotr Ilitch Tchaïkovski et Boléros d'Amérique du Sud interprétée par Marguerite Long, Maurice Ravel, Leonard Bernstein, Robert Casadesus, Benny Goodman,
Morton Gould, Pierre Monteux, Maria Callas, Anita Lasker-Walfisch, Chavela Vargas, Pedro Infante, Doris Day, Tino Rossi, Luis Mariano, Mina...
Sonia Moumen
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mer
06
jan
2010
« Push up » : une plongée dans la jungle d’une multinationale
Cynique et souvent drôle, la mise en scène de Gabriel Dufay en dit long sur la machine à élever et à broyer les êtres
Push up
Ah qu’il est vilain le monde de l’entreprise, de la multinationale, des cadres aux dents longues et aux costumes impeccables ! C’est en s’engageant dans la critique piquante de l’inhumanité des
rapports humains dans une entreprise aux résultats financiers enviables, que le jeune auteur allemand Roland Schimmelpfennig (42 ans), a imaginé sa pièce Push up. Push up, que
l’on pourrait traduire par « ascenseur », car c’est bien de cela dont il s’agit : comment prendre l’ascenseur au sens propre comme au sens figuré (social et financier) pour négocier un avenir
brillant - la direction de « Delhi » - avec l’intraitable patronne, dans son bureau au 16ème étage. Tous veulent Dehli. Ou presque. Dans cette lutte fratricide pour l’ascension, les cœurs et les
âmes se dévoilent : cette jeune cadre de 28 ans, arrogante, terriblement sûre d’elle, confie à la salle, qu’elle n’a pas « baisé depuis un an et demi », qu’elle est seule et qu’elle se
déteste. En miroir, la patronne, arrogante, mielleuse, terriblement sûre d’elle, confie à la salle, que Kramer (l’homme avec qui elle vit et qui est le numéro 2 de son empire) ne l’a pas baisée
depuis des années, qu’elle est seule et qu’elle se déteste…
La pathétique séquence suivante qui réunit Patricia et Robert, deux cadres, trop jeunes, trop beaux, trop performants, est sur le même mode : il y a la haine, la jalousie, le mépris qu’ils se
crachent au visage, et ce qu’ils nous disent à nous, spectateurs complices : ils ratent sans doute leur plus histoire d’amour simplement parce qu’ils se veulent plus compétitifs, plus
intraitables que l’autre.
Ces confidences intimes, livrées un peu comme on pourrait le faire à l’oreille de Mireille Dumas ou pour l’émission Striptease, récurrentes dans chacune des trois séquences structurantes
de la pièce, sont la richesse et le salut de Push up. Elles mettent de l’humain, du désir, de la chair, là où tout – agencements des bureaux, hiérarchies, protocoles, vêtements…–, est fait pour
offrir du glacial et du désincarné.
Pour raconter le récit de l’entreprise qui broie et des individus qui ploient, le comédien et metteur en scène Gabriel Dufay témoigne d’un vrai talent d’invention scénique et de direction
d’acteurs. Il alterne les temps d’immobilité et d’agitation, de certitudes et de doutes, de cris et de murmures. On pense parfois à l’univers sonore et plastique de Joël Pommerat, mais la
comparaison s’arrête là. Car dans Push up, il manque peut-être un peu de magie et de poésie, sauf dans les trop brefs intermèdes où les cadres s’oublient et se « bollywoodent » non sans
humour. Dans Push up, il y a simplement du réel. A l’image des deux gardiens de nuit, Heinrich et Maria. Derrière leurs écrans de vidéosurveillance, ils ne rêvent pas à la direction de
Delhi. C’est peut-être pour cela qu’ils sauront s’aimer. Peut-être. Un jour.
En savoir plus
Spectacle présenté au TnBA, du 5 au 8 janvier 2010. http://tnba.org
Push up, de Roland Schimmelpfennig, mise en scène Gabriel Dufay
Avec Lionel Dray, Anne Raphaël, Gabriel Dufay, Blanche Leleu, Nicolas Berno, Maria Nozières, Camille Cobbi, Jean-Claude Durand
Sonia Moumen
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mar
05
jan
2010
Univers cités
Un documentaire en forme de parcours initiatique entre Pau, Agen et Floirac
La manifestation AOC de l’égalité en Aquitaine qui s’est tenue fin décembre à Bordeaux, Floirac et Bègles a été l’occasion de montrer le documentaire Univers Cités qui a pour point de départ les jeunes des cités de plusieurs villes d’Aquitaine. Achevé en février dernier, ce 52 minutes, produit notamment par Bordeaux 3 et Périphéries productions à Cenon, est régulièrement projeté à l’occasion de débats er rencontres.
Il ne faut pourtant pas se méprendre : le film Univers Cités tourné auprès de jeunes dans des cités HLM de Pau, Agen et Floirac est d’abord un documentaire sur ce qu’est une démarche de
recherche en sciences de l’information et de la communication, avant d’être un témoignage sur la vie des adolescents dans des quartiers dits difficiles.
Dans ce documentaire initiatique, on suit une jeune chercheuse en sciences de l’information à Bordeaux 3 – « une doctorante », qui va tenter de poser les bases de sa recherche, recueillir des
témoignages - oraux et photographiques -, dans le cadre d’un sujet au titre peu amène : « Construction des identités et pratiques médiatiques – étude d’une crise de la transmission ».
Les jeunes à qui elle présente son travail et qu’elle souhaite interroger ne se montrent d’ailleurs pas toujours conciliants : « ça sert à rien » lance le premier, cependant que son voisin lui
conseille « Faut pas chercher, il n’y a rien à trouver ici. Tu cherches toute ta vie, et à la fin tu ne trouves pas ».
Mais il en faut plus à Nayra Vacaflor pour abandonner une partie dont le film nous montre les moments de grâce, les difficultés et découragements, comme lorsque le directeur du programme de
recherche, Alain Bouldoires, la rappelle à l’ordre sur sa méthodologie pas assez distanciée. Nayra est une sud-américaine chaleureuse et conviviale qui n’hésite pas à taper sur l’épaule ou la
cuisse des jeunes, à entonner un rap et à rire à gorge déployée… pas simple ensuite d’être scientifiquement crédible auprès des jeunes...
De la télévision, de la radio, d’internet, des jeux vidéo, de MSN, des portables et de la construction identitaire, il est finalement peu question.
Mais c’est sans importance, puisque l’on suit, avec une relative intensité, Nayra dans les méandres de ses questionnements. « Là, le travail commence vraiment. Les hypothèses, la problématique, il faut que je choisisse » explique-t-elle à la fin du film qui marque en réalité le début de sa réflexion universitaire…
Mais c’est sans importance, puisque l’on croise, au détour des entretiens, des jeunes attachants et sincères. Qu’importe s’ils ne parlent pas du rôle des médias dans leur vie, ils disent bien plus : un jeune garçon, 15 ans à peine, évoque le lycée technique qui lui a « sauvé la vie » alors qu’il était « à la rue ». « Sinon, j’aurais fait le trottoir. Pas la prostitution, mais autre chose » explique-t-il avant de préciser que dans le vie, « il ne faut pas rêver. Je m’abstiens de rêver. Ça mène nulle part ». Ne reste plus qu’à Nayra à se pencher sur « la place du rêve dans la construction identitaire des jeunes des cités »…
En savoir plus
Univers Cité - Film documentaire de Ana Milena Pabòn. http://univers-cites-lefilm.blogspot.com / Périphéries productions http://www.periph-prod.com
Prix spécial du jury au Festival du Film de Chercheur 2009, Nancy
Production : Périphéries productions, CEMIC – Universités Bordeaux 3, Plan-Large. Avec les chercheurs Narya Vacaflor (doctorante au sein du CEMIC-centre d’études des médias de l’information et de
la communication), Alain Bouldoires (Maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à Bordeaux 3), Seok-Kyeong Hong-Mercier (ISIC, Bordeaux 3, IMAGINES,
CEMIC).
Une remarquable (et très sensible) exposition du photographe Vincent Bengold accompagne la diffusion du documentaire www.bengold.fr
Sonia Moumen
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ven
18
déc
2009
Derrière la parc, l’émotion
Les saisons passent au parc de Majolan de Blanquefort, le charme du « réenchantement » subsiste
Avant d’avoir flâné à Majolan, on pense avoir tout vu, tout expérimenté en matière de parcs et jardins, particulièrement nombreux à Bordeaux et dans son agglomération. Et pourtant le Parc de
Majolan à Blanquefort réserve une surprise de taille au promeneur : l’émotion. Car Majolan, conçu dans la grande tradition des jardins romantiques du XIXe siècle et rénové tout récemment, suinte
l’onirisme, le merveilleux, la folie douce, le luxe, le calme et la volupté. C’est un jardin d’émotions d’une richesse époustouflante.
La sérénité d’abord, face au grand lac, immense miroir des vanités humaines. La sensualité ensuite, au cœur de l’immense et tendre prairie aux formes doucement rebondies. De son mamelon le plus
enflé, en s’envolant jusqu’au faîte des platanes, séquoias, féviers d’Amérique ou magnolias, on touche un peu de cette légèreté de l’âme qui nous fait si souvent défaut. L’inquiétude encore, au
cœur de l’épaisse aulnaie marécageuse dont le toit de feuillages laisse à peine filtrer la lumière. L’allégresse ensuite, dans le canyon, succession de rocailles et de cascades, de vides et de
pleins où il faut bon crapahuter et se salir les mains. La mélancolie toujours, depuis le balcon de la marguerite et sa vue sur les fascinantes grottes. La témérité enfin, celle qui nous poussera
jusqu’aux portes escamotées et qui sait jusqu’à la grotte cachée, à la mystérieuse salle des aquariums, aux pas japonais géants ou au pouf scintillant.
Faire le tour de Majolan, c’est un faire le tour de soi-même à la manière des grands romantiques, le tour de ses rêves, de ses renoncements, de ses aspirations. On pense bien sûr aux
Souffrances du jeune Werther sous le ciel tourmenté, mais aussi aux Affinités électives du même Goethe et à toute une littérature qui fait de la nature le miroir des
sentiments.
Si le génie humain fait souvent des miracles pour magnifier la nature réputée volontiers indomptable, le parc de Majolan, conçu sur des marécages il y a plus d’un siècle, est très certainement
entre les mains de bons génies : celui des Piganeau d’abord, riche famille de banquiers, qui dans la deuxième moitié du XIXe siècle, fait édifier un château et aménager ce parc de 19 hectares
avec lac, grottes artificielles, ponts et folies en tous genres. Un parc alors terriblement à la mode et au petit goût de mégalomanie… Plus d’un siècle plus tard, alors que la ville de
Blanquefort a racheté le parc quelque peu négligé et victime des intempéries et tempêtes, le souffle du bon génie de Graziella Barsacq, qui se voit confier sa rénovation et restructuration,
réussit à nouveau à « réenchanter » les lieux et avec eux, des visiteurs de plus en plus nombreux, de plus en plus charmés.
En savoir plus
# Parc de Majolan à Blanquefort www.ville-blanquefort.fr / rubrique blog de
Majolan http://infos.blanquefort.net/blog/majolan.
# Maison des jardiniers : Restauration de qualité / salon de thé / cours de cuisine pour adultes et enfants à La maison des Jardinier T 06 98 67 23 20 maison-des-jardiniers.over-blog.com
L’ensemble du parc de Majolan est inscrit par la DRAC Aquitaine (Ministère de la culture) à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis février 2007.
A signaler, le remarquable et très poétique travail photographique sur le parc réalisé en 2007 par Sabine Delcourt www.sabinedelcour.com édité sous forme de cartes postales.
A signaler encore le très beau Carnet de chantier comprenant de très nombreuses esquisses réalisées notamment par l'Atelier Paysages Barsacq.
Sonia Moumen
www.carnetdebordeaux.fr
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mer
16
déc
2009
Deux hommes jonglaient dans leur tête
Un exercice de jonglage un peu convenu, mais sauvé par de diaboliques et poétiques machines à musique parfaitement maîtrisées
Certains titres de spectacle devraient d’emblée nous alerter sur ce qu’ils sont… Oui, mais voilà, on avait lu l’article élogieux de Télérama et on nous avait même écrit que c’était un «
petit bijou ». Et franchement, on n’est pas du genre à bouder une parure en or 28 carats portée par des artistes comme Mathurin Bolze (pour le « regard » artistique) ou Jérôme Thomas, célébrité
du jonglage.
Oui, mais voilà, le premier problème du musicien Roland Auzet et du jongleur Jérôme Thomas qui se démènent sur scène, c’est de jouer pour eux-mêmes, dans une complicité qui fait certes plaisir à
voir, mais qui semble exclure le public. Tous deux allant jusqu’à se produire devant de grands miroirs, comme pour mieux se contempler. Évidemment, on repense alors au titre du spectacle Deux
hommes qui jonglaient dans leur tête, auquel un esprit malin aurait sans doute pu ajouter « et pour eux-mêmes ». La seconde réserve que l’on pourrait émettre concerne le caractère
un peu trop propre, trop rodé, trop lisse de ce spectacle, tuant un peu de la spontanéité que l’on attend habituellement du cirque.
Une fois ceci posé, reste que cette performance est effectivement un petit bijou sonore et visuel sur lequel de bonnes fées se sont penchées pour inventer des machines à musique aussi belles d’un
point de vue plastique que d’un point de vue musical. Lorsque l’immense boule ronde de bois ajouré s’élève dans le noir et qu’elle sonne comme un carillon agité par les vents du sud, la magie
enfin opère. Lorsque le percussionniste élance ses mains à la vitesse de l’éclair sur des machineries totalement diaboliques, l’imaginaire est enfin convié. Roland Auzet, musicien et compositeur
ainsi que Robert Hébrard, concepteur et constructeur de ces drôles d’engins, apparaissent alors comme la vraie surprise de la soirée.
En savoir plus
Spectacle présenté au Théâtre des quatre saisons de Gradignan, 15 décembre 2009. www.t4saisons.com
Conception et interprétation : Roland Auzet et Jérôme Thomas. Sous le regard de Mathurin Bolze. Electronique live : Wilfried Wendling. Lumière : Bernard Revel. Construction et conception des
instruments : Robert Hébrard
Sonia Moumen
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lun
14
déc
2009
Radix de Naomi Mutoh
Une sombre bacchanale entre danse butô et musique rock
C’est à une sombre bacchanale entre butô désinhibé et rock saturé que nous convient la chorégraphe Naomi Mutoh et le compositeur Laurent Paris. Allier ces deux formes, le butô, une danse austère
et grave née au Japon après Hiroshima et le rock, une expression musicale très fortement engagée, n’était pourtant pas un pari aisé.
Un pari pourtant suffisamment singulier pour intriguer d’abord, étonner ensuite, séduire enfin : si Radix – « racines » en latin, peine à trouver ses marques dans les premières minutes,
la puissance brute et masculine de la musique et l’expressivité animale des deux remarquables danseuses finissent par convaincre.
Radix est un long poème musical, vocal et chorégraphique. Ici, la rationalité n’est pas de mise et il faut se laisser porter par les sons saturés, les corps syncopés, les visages
déformés, les voix décalées ; alors, ce récit embrumé empreint d’une étrange animalité trouve la voie de l’émotion, celle des vieilles légendes susurrées dans une langue inconnue.
Sombre presque toujours, drôle parfois, le spectacle connaît de réels moments de grâce : le très beau Carmina Burana totalement revisité par Naomi Mutoh avec une qualité d’émotion rare
dans la voix, les chants à la fois graves, frêles et enfantins interprétés à la manière des chansons des mangas de Miyazaki, les combats de catch de deux filles déchaînées portant de gros casques
rouges sur leur corps de jeunes sauterelles…
Dommage que dans cette étrange cérémonie, le propos ne soit pas tenu de bout en bout et l’écriture chorégraphique nettoyée de séquences plus convenues. Toujours est-il que ce spectacle confirme
le talent du groupe électro-rock Spina avec Laurent Paris à la guitare - inquiétante silhouette rythmant la succession des tableaux de sa troublante présence - et Bruno Barès à la batterie. Il
assoie aussi le talent de danseuse aussi bien que de chanteuse de Naomi Mutoh - qui a notamment travaillé avec Carlotta Ikeda par le passé - et de Maki Watanabe. Oui, décidemment des artistes
attachants dont le travail, même s’il n’est pas encore totalement à maturité, intrigue et séduit.
En savoir plus
Spectacle présenté au Glob théâtre du 2 au 11 décembre 2009. www.globtheatre.net
Direction artistique : Naomi Mutoh et Laurent Paris / direction chorégraphique : Naomih Mutoh / composition : Laurent Paris / danseuses : Naomi Mutoh & Maki Watanabe / Musiciens : SPINA, avec
Laurent Paris (guitare), Bruno Barès (batterie, sampler), Mathieu Dugrava (mix).
Retrouvez Naomi Mutoh
Mardi 22 décembre à Pessac dans le cadre du festival Petit nuage (pour les enfants) avec deux solis L'eau de sein et Les papillons. www.surunpetitnuage.net
Sonia Moumen
www.carnetdebordeaux.fr
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ven
11
déc
2009
Les funérailles de Bordeaux 2013
Cartons jaunes pour un rêve collectif
Pour celles et ceux qui avaient participé à la liesse populaire du 1er septembre 2009 (ils étaient près de 10 000), pour celles et ceux qui avaient crié « Bordeaux - Bordeaux - Bordeaux » face à
un jury tout esbaudi par tant de conviction, pour celles et ceux qui avaient été impressionnés par le nombre d’édiles de tous bords et de tous poils massés sur le perron de la mairie pour répéter
à l’envi que nous étions « tous candidats », la récente assemblée générale de Bordeaux 2013 en vue de la dissolution de l’association ne pouvait que laisser une impression de décalage quelque peu
surréaliste.
Des grands élus absents
Dans la salle de l’Athénée de Bordeaux prévue pour des rassemblements autrement plus fournis, on comptait une cinquantaine de personnes ; personnels des collectivités territoriales impliquées,
anciens salariés de Bordeaux 2013, journalistes et, sans doute en cherchant bien, une vingtaine d’adhérents sur les plus de 3000 que comptaient l’association. Aucun des quatre grands élus n’avait
choisi de faire le déplacement pour clôturer la longue période de deuil qui avait suivi la désignation de Marseille comme Capitale européenne de la culture. Alain Juppé, Président de
l’association et Alain Rousset, Vice-Président, pourtant annoncés, annulant leur participation quelques minutes avant le début de l’assemblée.
Finie la belle affaire ?
Si les grands élus brillaient par leur absence, on ne pouvait décemment demander aux 20 collectivités (dont Bilbao et San Sebastian), aux 20 ambassadeurs, aux 543 entreprises, commerces et
associations et aux 2508 citoyens adhérents de se mobiliser… Ce qui pourrait apparaître comme une simple anecdote (l’absence des grands élus mais aussi de tous ceux qui s’étaient fait les
chantres de la candidature) peut se lire comme une absence de maturité collective. Passée la phase d’engouement collectif, à peu près tout le monde s’est désintéressé de cette belle affaire qui
n’en était soudain plus une. La faute à Lille 2004 sans doute, qui avait fait briller les yeux de certains à coup de « 1 € investi dans la Capitale européenne nous a rapporté 6 € », plutôt qu’à
coup de contenus culturels et artistiques de haut vol.
Esprit 2013 es-tu là ?
Mauvais esprit sans doute. Après tout, les élus présents à la tribune nous ont répété que « l’esprit 2013 » (la concertation, le dialogue, l’intelligence partagée) les animait comme jamais. On aurait pourtant juré le contraire, à les voir enfourcher sans vergogne leurs chevaux de bataille à eux et rien qu’à eux. Gloire à Evento et Novart pour la ville, au futur Pôle des abattoirs et à l’économie créative pour la région, à l’Aréna pour la CUB, à la lutte contre la pauvreté et le maintien des conseils généraux pour le département.
Sept missionnaires au rapport
Dans ce dialogue de sourds, on se demandait ce que pouvaient bien faire les sept chargés de mission qui durant les 14 mois de deuil de Bordeaux 2013 avaient planché, qui sur l’accessibilité, qui
sur l’Europe, qui sur l’estuaire, qui sur la politique événementielle… Sept études commandées par une ou deux collectivités sur le budget encore disponible. Leurs présentations, plus ou moins
réussies, mais qui attendaient des réponses et un engagement des collectivités pour s’incarner dans des projets, ont presque toutes sombré dans le vide abyssal du mutisme…
Cartons jaunes pour une dissolution annoncée
Et puis, enfin, après deux heures de prise de paroles à la tribune, les 47 cartons jaunes levés ont mis fin à la partie. « Que reste-t-il du rêve quand le rêveur meurt ? » avait soulevé en
introduction Richard Coconnier, ex-chef de projet de Bordeaux 2013. Que reste-t-il ? Sans doute le fameux « esprit 2013 » dont tout le monde se réclame. Mais comme l’écrit si bien a Bible, «
l’esprit souffle où il veut ». Il n’a manifestement pas soufflé ce jour-là sur la ville.
En savoir plus
Étaient présents pour représenter les quatre collectivités, membres de droit de l’association : Dominique Ducassou pour la ville, Françoise Cartron pour la CUB,
Isabelle Dexpert pour le Conseil général et Frédéric Vilcoq pour le Conseil régional.
Les sept missions de la post-candidature
- Plateforme pour le développement des Economies créatives en Aquitaine
- Maillage culturel territorial et accessibilité à la culture
- Développement des Friches et fabriques artistiques et urbaines à Bordeaux et dans son agglomération
- Préfiguration du Centre culturel du vin
- Cohérence et complémentarité de la politique événementielle sur les territoires de l’agglomération bordelaise dans son environnement régional
- Définition d’un projet culturel pour l’estuaire de la Gironde
- Boîte à outils européenne à destination des acteurs culturels locaux
Sonia Moumen
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jeu
10
déc
2009
Ouverture de la Maison de l’Europe à Bordeaux
Des euro-citoyens heureux citoyens
La métropole bordelaise comptait déjà la maison des enfants, des femmes, des étudiants, des compagnons et des touristes ; celle du vélo, de l’emploi, de la santé, des retraites et d’arrêt ; celle
des cakes et du magret ; celle de Kabokov inaugurée au mois d’octobre et puis aussi celle de Bordeaux dessinée par Rem Koolhass.
Dans le paysage déjà très encombré des « maisons », il manquait à n’en pas douter un toit dédié à l’Europe, « le plus petit et le plus mal délimité des continents » (Petit Robert).
Une maison de l’Europe donc, projet de mandature d’Alain Juppé nouvellement réélu en avril 2008 et alors en pleine effervescence européenne : c’est qu’il s’agissait d’arracher le titre de
Capitale européenne de la culture pour 2013 et que la ville manquait alors cruellement d’affichage européen à destination du grand public.
Alors que presque toutes les villes de France, des plus grandes (Paris, Lyon) au plus petites, disposaient d’une maison de l’Europe - la toute première ayant été créée à Douai en… 1954-, Bordeaux
faisait un peu figure de lanterne rouge sans son lieu dédié à l’information, à l’échange et à la réflexion autour de l’Union européenne en train de se construire.
Alléluia ! Les compétitions ont parfois des effets stimulants sur l’intelligence collective et le projet de Maison de l’Europe faisait en 2009 son petit bout de chemin dans les esprits, porté par
la ville, puis par la CUB et enfin par la région.
Plutôt qu’une Maison de l’Europe, on aurait sans doute préféré une Maison de l’euro-citoyenneté, à l’instar de celle de l’éco-citoyenneté qui ouvrira ses portes dans quelques mois, elle aussi sur
les quais de Bordeaux. Les choix sémantiques sont parfois lourds de sens, surtout pour une Union européenne qui continue de cristalliser l’incompréhension et le rejet d’une part importante de ses
citoyens.
Le projet bordelais qui début janvier ouvrira ses portes au grand public dans les anciens locaux de Bordeaux 2013, avec vue imprenable sur les couleurs changeantes de la Garonne, a donc une
lourde responsabilité dans son rôle de passeur. « Elle doit d’abord apparaître comme un lieu pour les citoyens, elle doit faire aimer l’Europe. Pour la faire aimer, il faut la faire connaître
dans toutes ses cultures, dans sa diversité. Si ce n’est pas la faire aimer, c’est a minima la faire comprendre » explique avec conviction Nicolas Jean, le jeune président de la toute nouvelle
Maison de l’Europe (il a à peine 28 ans et a déjà derrière lui un grand engagement associatif pro-européen).
De la pédagogie donc et des actions et outils (dvd, expositions, formations, conférences, animations, site web, labellisation…) allant dans le sens de la vulgarisation du fonctionnement (plutôt
kafkaïen pour le profane) de l’UE et de l’idée européenne auprès des enfants, des étudiants, des associations, des professionnels et du grand public. Premier rendez-vous avec une conférence sur
la « Citoyenneté européenne : vers des identités et des appartenances multiples ? » en janvier ; à l’heure du débat sur l’identité nationale, le prisme européen saura-t-il être décentrer, voire
rendre caduc le débat franco-français ?
Mathias Nemo, jeune directeur de la toute nouvelle structure, spécialiste du montage et du conseil en projets européens (il a travaillé pendant huit ans à Bordeaux à l’agence 2e2f notamment sur
les programmes Leonardo et Tempus), globe-trotter à peine repenti, polyglotte ou presque, se dit très heureux de la manière dont se préfigure sa maison. Quelques 150 m2 qu’il lui faudra animer et
transformer en lieu de convivialité et d’échange ; des projets à impulser, coordonner et soutenir ; de la concertation, du conseil, de l’accompagnement à mener. Un travail colossal que le budget
prévisionnel (estimé à 200 000 € pour 2010) devrait permettre. Cette enveloppe place même Bordeaux loin devant Nantes (123 000 €), Brest ou Toulouse (entre 80 000 et 100 000 €).
C’est dire que cette maison a tout pour exister, contribuer au débat d’idée et être repéré comme un pôle ressource. Cela tombe bien, Mathias Némo et Nicolas Jean sont des citoyens européens
convaincus, euros- et heureux citoyens, tout à la fois.
Sonia Moumen
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L'actualité de la maison de l'Europe
Inauguration vendredi 18 décembre à 18h30
Tout le monde peut adhérer à la Maison de l’Europe pour une somme modique (à partir de 5 euros en fonction du statut).
En savoir plus
Maison de l’Europe Bordeaux Aquitaine MEBA - 1 place Jean Jaurès à Bordeaux
T 05 24 57 05 03 / contact@europe-bordeaux.eu
www.europe-bordeaux.eu (à partir de mi-décembre)
Quelques maisons de l’Europe en France et dans la région
Pau
Agen www.maisoneurope.eu
Paris www.paris-europe.eu
Lyon www.europe-lyon.info
Nantes www.maisoneurope-nantes.org
Brest www.maisoneurope-brest.eu
Toulouse toulouse.maisondeleurope.org
Voir aussi
L’article de ce blog L'Europe L'Europe L'Europe ? - Oui, mais avec une eurorégion partagée entre l’Aquitaine et l’Euskadi
Clin d'oeil
au long poème musical de Noir désir L'Europe sur l'album Des visages Des figures : "Chère vieille Europe, ta tête connaît à peine tes jambes qui souvent ne comprennent pas tes bras comment ça marche encore déjà.
Sonia Moumen
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mer
09
déc
2009
Incontournable Comestible
Enfant légitime et plein d'avenir de la Tupina, célèbre table bordelaise
Si vous connaissez l’adresse de la Tupina, vous connaissez forcément celle du Comestible juste en face, rue porte de la Monnaie au cœur du quartier Sainte-Croix de Bordeaux. Appelé aussi
l’Épicerie, ce drôle de restaurant sert à la fois d’épicerie pour les cuisines de la Tupina et pour les gens du quartier. Une épicerie ouverte tard le soir où l’on trouve à emporter du pâté de
canard gras, des asperges des Landes, des piquillos farcis à la morue, du pâté d’olives noires kalamatas, du formage de brebis du pays basque et même du pain frais.
Parfaitement alignés dans leurs casiers de bois brun, les conserves, bouteilles et verrines ont le goût du terroir et de la bonne cuisine. Exactement comme ce qui nous est servi dans les
assiettes et qui nous vient directement des cuisines de la Tupina. Qu’il pleuve ou qu’il vente, Marie-Pierre, accorte jeune femme qui office au comptoir et au service du Comestible, n’a de cesse
de faire la navette entre les deux restaurants.
Le menu est unique tant par sa qualité que par son prix. Pour à peine 18 € à midi comme le soir, vous vous offrez un vrai repas (entrée + plat + dessert), propre à vous faire passer un bon hiver
: de la soupe paysanne qui ne pleure pas son canard à la salade d’Ossau en entrée, du confit de canard à la côte de porc et ses inoubliables frites au gros sel en plat, du gâteau au chocolat au
soufflé au grand Marnier en dessert. Tout y est à la fois d’une extrême simplicité et d’une grande perfection.
Parfois, Marie-Pierre organise des soirées un peu particulières, comme ce jeudi 3 décembre où elle a invité Estelle Roumage, viticultrice du Château Lestrille (Bordeaux Supérieur) à faire
déguster ses vins rouges et blancs sur les quatre plats du menu concocté spécialement pour la circonstance. Un entre-deux mers 2008 pour les rillettes de poissons, un Tradition 2004 (rouge) élevé
en fût de chêne pour le filet mignon de porc, jus à l’ail et purée, un blanc 2008 un peu « gras », élevé en barrique pour le rocamadour et enfin le Secret 2008 (rouge) aux aromes de vanille et de
cacao pour couronner l’indétrônable gâteau au chocolat.
Un festin de roi dans une ambiance table d’hôte très chaleureuse pour à peine 25 €. La Tupina peut être fier de son rejeton.
En savoir plus
# Le Comestible : rue Porte-de-la-Monnaie Bordeaux T 05 56 91 56 37. Menu 3 plats midi et soir à 18 €
# La Tupina : 6 rue de la Porte-de-la-Monnaie Bordeaux. Numéro de téléphone identique www.latupina.com
# Château Lestrille à Saint-Germain-du Puch T 05 57 24 51 02 www.lestrille.com
Sonia Moumen
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dim
06
déc
2009
Charles Jude, artiste bordelais et citoyen du monde
Du Vietnam à Bordeaux, du bruit des bombes à la petite musique de la sérénité, portrait d’un artiste bien dans sa vie et dans sa ville
Charles Jude / Photo Sonia Moumen
De ses premières années au Vietnam où il est né, puis en Afrique noire (Bénin, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Sénégal) et enfin au Laos, Charles Jude, fils d’un magistrat français et d’une
Vietnamienne, troisième d’une fratrie de sept enfants, a gardé le goût de l’itinérance. Une enfance façonnée par les changements de pays, mais aussi par la pauvreté environnante et par la guerre
: à treize ans, il passe six mois dans une pièce aux volets fermés tandis que pleuvent les bombes sur le Laos…
Sa famille finit par regagner la France. Il a 13 ans. Bourges d’abord, puis Grasse et la côte d’Azur. C’est là que commence à se dessiner son destin. Il a 16 ans. Son père, qui a toujours rêvé
d’une carrière lyrique pour lui-même, décide que tous ses enfants devront tâter d’une discipline artistique. Il les inscrit au Conservatoire de Nice. Pour Charles, ce sera la danse, pour sa jeune
sœur Marie-Josèphe, la musique ; elle est aujourd’hui une concertiste réputée.
Charles fréquente le lycée de Nice et le soir, en attendant son père, va à son cours de danse classique « j’avais trois heures d’attente, le Conservatoire c’était un petit peu la garderie ». Pour
ce sportif pratiquant de manière intensive le saut en hauteur, le saut en longueur et la natation, la danse n’est pas vraiment une révélation « je n’accrochais pas du tout. Alexandre Kalioujny,
mon professeur, ancien champion d’Europe de saut en hauteur, proche de Lifar, ancien danseur étoile, a bien cerné mon personnage ! Il m’a amené au stade ».
Son prof le fait courir, sauter et le convainc que la danse, c’est la même chose « mais avec les pointes et les jambes tendues ». Le goût du challenge et celui de la compétition séduisent
Charles.
Quelques temps plus tard, l’adolescent voit danser Noureev à Nice avec le Royal ballet. C’est la révélation : ce qui pour lui n’était qu’un amusement prend tout son sens « c’est ce soir là que
j’ai compris ce qu’était le rôle du danseur sur scène ». Mais il ne sait pas alors à quel point Noureev sera déterminant pour sa carrière.
Tout s’enchaîne ensuite très vite : intégration de l’Opéra de Paris à 19 ans, nouvelle rencontre avec Noureev en 1973 qui veut absolument qu’il danse dans son spectacle Noureev Friends « ça me
désolait, le reste du ballet partait en tournée au Brésil et moi, je suis resté à Paris. En même temps, c’est grâce à lui que ma carrière a commencé ». Suivront les complicités avec Georges
Balanchine, Serge Lifar, Jérôme Robbins, Youri Gregorovitch, Maurice Béjard « un homme d’une gentillesse extrême », Carolyn Carlson, Jiri Kylian… : les rencontres et interprétations de celui qui
est devenu dès 1977 danseur étoile ne sont pas le fruit d’une stratégie planifiée, mais plutôt que de l’amitié et de la complicité.
Charles Jude danse, danse, danse encore sur toutes les scènes du monde jusqu’à ce qu’en 1993 il prenne la Direction du Ballet de l’Opéra de Bordeaux. Il choisit d’en faire un ballet de répertoire
« je ne suis pas un artiste comme Kylian ou Forsythe qui écrivent leurs propres chorégraphies. Je me définis plutôt comme un passeur qui montre des œuvres de notre répertoire, celles qui
constituent notre identité ».
Passeur, mais aussi coach attentif qui aime être en studio auprès de ses danseurs (ils sont une petite quarantaine à Bordeaux) : « je connais les faiblesses et les angoisses des danseurs. Je me
dois de leur donner une confiance totale pour entrer en scène. J’essaie de leur retransmettre tout ce que j’ai appris de mes maîtres ».
Séduit par les ballets à thème qui racontent des histoires, qui font rêver, Charles Jude semble être arrivé à une certaine maturité, mais pas pour autant au bout de sa carrière. Il a de toute
manière tout son temps. A l’âge où il pourrait être grand-père (il a deux grandes filles de 29 et 22 ans), il danse et vient d’avoir une fille avec sa compagne, danseuse elle aussi. La petite a
deux mois et demi et s’appelle Loma. Un prénom thaïlandais qui veut dire dauphin. L’histoire dira si elle aura la sérénité, les yeux noisettes, le charme eurasien et surtout « les pointes et
jambes tendues » de son père…
L’actualité de Charles Jude
# Diffusion sur France 3 Nationale du documentaire Les
Ballets russes ou les inventeurs du XXème siècle – 18 décembre 2009, soirée.
# Spectacle Le Lac des cygnes, Chorégraphie de Charles Jude d’après Marius Petipa et Lev Ivanov - Musique de Tchaïkovski, du 17 au 31 décembre 2009. www.opera-bordeaux.com
Voir aussi
L’article de ce blog Sous le charme des Ballets russes - Il n'est jamais trop tard
Sonia Moumen
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ven
04
déc
2009
Se voiler la face ou la fesse ?
J'aurais tant aimé être à l'origine de cette photographie. Hélas, elle n'est pas de moi. Elle m'a été envoyée de Londres par Virginie M. qui ne sait pas elle-même qui en est l'auteur. Mea culpa pour l'auteur en question...
Sonia Moumen
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jeu
03
déc
2009
Les cantines de la tentation I
Petit tour de deux très sérieuses cantines du midi
On les apprécie ces petites cantines du midi, là où il fait bien chaud et où on est accueilli comme un vieil habitué. Quels que soient le temps et l’humeur du jour, on sait que l’on y mangera
bien, de bons produits et légumes frais cuisinés comme à la maison. Ou presque.
La cantine n’a pas de prétention gastronomique, elle a un petit goût de simplicité et de nostalgie. Les assiettes sont parfois dépareillées, les couverts en inox. Personne n’y trouve rien à
redire. Monsieur officie en cuisine, Madame est au service. Ça tourne rondement. Il y a parfois des coups de chaud. On peut y lire le journal, rêvasser, interpeller son voisin de table que l’on
commence à connaître un peu ou faire une partie de baby-foot.
On peut s’y faire servir rapidement, et pourtant la cantine n’a rien à voir avec la restauration rapide. La cantine a de la tenue, sent le mijoté et le rissolé, le thym, le persil et la
ciboulette. Le menu est dessiné en belles lettres de craie blanche sur une grande ardoise. Le menu complet dépasse rarement les 12 euros. Il est souvent unique. Ça évite de trop réfléchir à ce
que l’on va prendre. On hésite quand même toujours un peu : entrée + plat + dessert, ça fait pas un peu beaucoup, non ? Le patron quitte exprès sa cuisine pour nous rassurer : trois plats, quand
ils sont bien équilibrés entre eux, ça passe tout seul. Pour cette fois encore, on oublie sa ligne et on se laisse tenter…
Petit tour de deux de mes cantines de la tentation.
Le 29 Café, ma cantine préférée
Le 29 Café a pas mal d’atouts pour se placer en première place du top des cantines. Le premier est d’être situé à quelques pas de chez moi dans le quartier Sainte-Croix à Bordeaux. Le second est
d’avoir en cuisine un quadra à maturité côté fourneaux, amateur de bons produits qu’il n’hésite jamais à mettre en valeur à coup d’aromates, d’huile d’olives ou d’herbes fraîches. Le menu à 10,50
€ est un petit régal de fraîcheur et de saveur. La présentation est soignée, les assiettes colorées, le service en salle calme et efficace. La cuisse de canard, le poulet fermier farci, le
sauté de veau sont servis avec une compotée de petites légumes, un gratin de pommes de terre, une petite salade et une savoureuse ratatouille, rien que cela ! Côté dessert, la tarte Tatin vaut
son pesant de fondant au chocolat aux griottes ou aux mûres selon l’humeur du chef. Si l’on est pressé ou peu argenté, on peut aller sur les salades, sandwiches, croques ou pâtes comme celles de
Provence avec une compotée d’ail, des aubergines, courgettes et poivrons marinés dans l’huile d’olive et le basilic frais. C’est copieux et plutôt savoureux. On peut aussi simplement y boire un
jus de fruit frais pressé à la demande ou un café, ni trop amère, ni trop puissant. Une adresse à adopter (à l’instar du staff de la Rock School Barbey et peut-être même de Musiques de nuit) si
l’on aime avoir le sentiment d’un vrai repas de qualité.
Le Café du coin
Situé à deux pas du Marché Victor Hugo à Bordeaux, le Café du coin n’a pas d’autre prétention que celle de proposer une cuisine simple, efficace et goûteuse. Pas de chichi : ni dans les
assiettes, ni dans la cuisine, ni dans le service. Le patron qui officie à la préparation ne semble jamais stressé, plaisante, interpelle dans une atmosphère qui sent la décontraction et la
cuisine rustique et le service est chaleureux. Le menu à 12,50 € propose tous les jours 5 entrées, 5 plats et 5 desserts. Quelques plats sont proposés tous les jours, les autres tournent. En
entrée, la tranche de foie gras sur sa petite salade, qui est ici déjà un grand classique, surprend par sa tenue et son goût, plutôt fin. Le rôti de porc et son gratin de pâtes, la cuisse de
canard rôti aux courgettes, la pintade braisée et sa purée maison ont la saveur des dimanches chez grand-mère. Ici on ne fait pas dans la subtilité, mais dans la simplicité et dans la qualité de
l’accueil. Une vraie cantine de proximité en somme.
Le 29 Café à l’angle du cours de la Marne et de la place André Meunier (quartier Sainte-Croix / Bordeaux). T 05 56 91 92 65. Ouvert du lundi au vendredi toute la journée (fermé le soir). Menu (entrée + plat + dessert) à 10,5 €, plat du jour à 7,50 €. Salades et pâtes autour de 5 €. Paninis et croques autour de 4 €.
Le Café du coin 14 rue Ravez, juste derrière le marché Victor Hugo. T 05 57 88 29 93. Ouvert en semaine toute la journée (fermé de soir). Menu
(entrée + plat + café / plat + dessert + café) à 12,5 €, entrées à 4 €, plats du jour à 8 €, desserts à
4 €.
La suite des Cantines de la tentation dans un prochain billet sur ce blog…
Sonia Moumen
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mer
02
déc
2009
L'Europe L'Europe L'Europe ?
Oui, mais avec une eurorégion partagée entre l’Aquitaine et l’Euskadi
« Ça fait 11 ans que j’attends ça », c’est sur ces mots et avec un petit air de gourmandise qu’Alain Rousset a clôturé la signature très officielle du sommet Aquitaine / Euskadi ce lundi 30
novembre. Un sommet qui a donné lieu à la signature « historique » d’une déclaration commune des deux régions frontalières pour à terme constituer une eurorégion.
Il était temps ! Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon se sont « eurorégionalisées » avec la puissante Catalogne, l’Aragon et les Iles Baléares il y a déjà cinq ans (Eurorégion
Pyrénées-Méditerranée), cependant que PACA et Rhône-Alpes se sont alliées à un bon morceau d’Italie il y a maintenant 3 ans (eurorégion Alpes-Méditerranée). Sans oublier le Nord-Pas-de-Calais qui
s’est tout bonnement allié à 4 régions de 4 pays (Kent, Flandre, Wallonie, Bruxelles-Capitale) dés 1991 !
Une eurorégion, encore une institution de plus dans le mille-feuille des collectivités territoriales ? Pas tout à fait, car la mise en place de ces « super-régions » à cheval sur des
territoires transfrontaliers préfigure ce que devrait être l’Europe d’aujourd’hui, et à défaut celle qu’elle pourrait être demain : une Europe dans laquelle des espaces de travail effectifs
seraient créés sur la base du volontariat des territoires, permettant d’œuvrer - concrètement et dans la proximité - sur des dossiers comme les transports, l’agriculture, la formation,
l’innovation ou la culture. Certaines régions de l’Union Européenne n’ont pas attendu pour se mettre au travail : on dénombre aujourd’hui entre 80 et 90 eurorégions.
Engoncés au sud-ouest de l’Europe, l’Aquitaine et Euskadi, en créant une eurorégion même modeste, disent ainsi leur volonté de ne pas laisser l’Europe leur échapper. Si l’intention est louable et
le signe politique fort, on ne peut que s’interroger sur le poids réel de ce territoire de seulement 6 millions d’habitants, là où les mastodontes Pyrénées-Méditerranée et Alpes-Méditerranée
pèsent respectivement 13 et 17 millions de personnes.
Ayant sans doute conscience du caractère quelque peu limité de l’ambition, leur déclaration commune ouvre une voie possible vers un élargissement à d’autres territoires limitrophes :
Poitou-Charentes pour la France, la Navarre et l’Aragon côté espagnol. Dès ce mardi 1er décembre pourtant, le président du Gouvernement de Navarre, M. Miguel Sanz, aurait refusél’offre
d’intégration qui lui a été faite… Décidément, l’élargissement, qu’il soit européen ou eurégional, n’est jamais simple.
« Nous en partageons déjà le sens, la philosophie et les valeurs. Reste à en partager la pratique » Alain Rousset, Pdt du Conseil régional d’Aquitaine
Sommet Aquitaine – Euskadi, lundi 30 novembre 2009 par le Conseil régional d’Aquitaine et le Gouvernement basque. Le sommet a donné lieu à la signature d’une Déclaration commune du Président du Conseil régional Alain Rousset et du Lehendakari de Euskadi, Patxi Lopez
En savoir plus sur les eurorégions
Un article très détaillé sur le site web Géo Confluences
Eurorégion Pyrénées-Méditerranée www.euroregion-epm.org/
Eurorégion Alpes-Méditerranée www.euroregion-alpes-mediterranee.eu/
Voir aussi
Ouveture de la Maison de l’Europe de Bordeaux Ouverture de la Maison de l’Europe à Bordeaux - Des euro-citoyens heureux citoyens
Sonia Moumen
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lun
30
nov
2009
Le mauvais goût espagnol ou plutôt celui du toc ?
Pas simple de faire de la cuisine authentique
A Bordeaux existe depuis quelques années un restaurant qui revendique d’être une authentique référence espagnole. Par curiosité et pour en avoir définitivement le cœur net après nombre de
publicités alléchantes reçues, je décidais il y a quelques jours d’en pousser la porte et d’en goûter le menu complet pour la très raisonnable somme de 8,5 €. 8,5 € le menu complet pour une «
cuisine authentiquement espagnole », qui dit mieux ?
Ce qui frappe d’abord en entrant, c’est le soin apporté à la décoration : affiches de corrida, portraits de toreros, alignement de bouteilles de « vino tinto », habits de lumière sous verre,
flamenco et processions sur l’écran de télévision au-dessus du bar, sans oublier les jambons, chapelets d’ail et caquelons suspendus au plafond dans un joyeux désordre. Tout est fait ici pour que
l’on se sente « là-bas ». Là-bas, non pas dans une « meson » de tradition, mais là-bas dans un estaminet pour touristes friands d’espagnolades. Les atours d’une gargote de pacotille du cœur de
Séville et d’un piège à gogos de la Costa brava dans un même établissement, qui dit mieux ?
En voyant les fleurs rouges et blanches toutes de synthétique et plastique, on s’alarme quelque peu sur la tonalité des plats. On jette un œil sur les tapas alignés au bar. On est un peu
inquiets.
On nous indique gentiment la grande et haute table d’hôtes dans la première salle, la salle à manger plus chic avec ses azulejos semble réservée à la carte et aux menus plus cossus.
En commandant son déjeuner, on regrette déjà d’avoir poussé cette porte. Il est trop tard : déjà l’entrée arrive. Le pâté en croûte sur son lit de salade repart quasi intact en cuisine. Arrive
ensuite la pièce maîtresse : une palette de porc à l’Espagnol. Un beau morceau de viande non identifiable, rose bonbon, mou en bouche. La purée et les poivrons piqués d’une feuille de persil et
saupoudrés de paprika en accompagnement n'y font rien, la plat chaud repart lui aussi quasi intact en cuisine.
L’estomac rebelle, on attend le pastel de nata en tremblant. De voir arriver un inoffensif gâteau au goût de praline est un soulagement. Affamés et prêts à tout pour effacer les affronts
gustatifs du déjeuner, on se rue sur la sucrerie en pensant : 8,50 € pour le moelleux d’un gâteau dans sa crème Anglaise, qui dit mieux ?
Soulagés d’avoir fini, on paie sa note en maudissant le cuisinier si peu inspiré ce jour-là. On jette un dernier coup d’œil sur les grandes ardoises qui nous indiquent que des personnalités de la
corrida, des arts et même de la politique ont défilé ici. Les ardoises ne disent pas s’ils sont revenus.
Les spécialistes auront peut-être reconnu cette adresse.
Les amateurs de tapas à l’ancienne, d’ambiance populaire, d’odeurs d’huile de friture et de plancha, de tables en formica sans tralala côté déco, choisiront plutôt Los dos hermanos 52, Cours
Victor Hugo à Bordeaux - T 05 56 91 43 70
Sonia Moumen
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dim
29
nov
2009
Solo#2 – fréquences de Brice Leroux
Un dispositif sonore et visuel totalement hypnotique
Après la musique minimale incarnée notamment par Steve Reich, le danseur, chorégraphe et certainement théoricien des images mentales Brice Leroux invente le spectacle minimal. Entendez par là,
une forme de spectacle basée sur la répétition à l’infini et sur une construction quasi mathématique des mouvements et perceptions. Assis en cercle autour d’une haute cage circulaire faite de
barreaux lumineux, une cinquantaine de spectateurs attend dans le silence et la pénombre. Autour de la cage légèrement surélevée, un cercle parfait de métronomes entonne sa litanie. Un, puis
deux, puis trois, puis tous, c’est-à-dire 100, apportent la couleur musicale de la pièce : celle de milliers de gouttes de pluie qui tambourinent sur le toit de l’abri de jardin, celle d’une
cascade indisciplinée qui se précipite aux portes de nos oreilles. Dans le noir, on devine le balancement de leurs tiges de métal qui se pressent et se chahutent, s’inclinent et s’éloignent.
Elles semblent se passer un relais imaginaire, se murmurer des mots qui inlassablement tournent et tournent au pied des spectateurs.
On se laisse petit à petit aspirer par cette étrange nuit, l’esprit flotte, les yeux fouillent la pénombre : au loin, une minuscule lumière, peut-être un feu follet. Plus tard, une silhouette se
dessine. Une silhouette prisonnière d’un incessant mouvement en forme de courbe. Plus tard encore, la silhouette prend corps. Un corps blanc de lumière, sans expression, sans visage, comme une
sculpture fantomatique qui tourne et tourne encore. Et toujours le noir et la nuit. L’insaisissable luminescence. La lenteur obsessionnelle. Les métronomes qui rendent fou. La tournette qui rend
folle. On croit entendre le souffle d’un monstre, apercevoir un animal étrange. Et puis, l’agonie des métronomes. Un, deux, puis trois se taisent. Tous se taisent. Le corps a disparu. Nous voilà
rendus à nous-mêmes. Un peu sonnés par cette expérience sensorielle totalement hypnotique.
« Plus la position est précise, et son dessin, unique, plus leur effet visuel et spatial s’illumine. C’est une épreuve infernale que d’exécuter une série
spécifique de mouvements au rythme exact, avec l’accentuation exacte, dans l’ordre exact, et de tenir bon jusqu’au bout. » Brice Leroux
« Plus on réduit la palette de mouvements, plus c’est leur agencement qui devient important et qui doit créer la richesse. La réduction ne m’intéresse pas en soi. Je n’ai d’ailleurs pas
l’impression de réduire mais d’élaguer tout ce qui n’est pas nécessaire, ce qui ne participe pas, voire empêche de donner à voir la composition et ses paramètres, dans leur forme la plus pure.
» Brice Leroux
Solo#2 – fréquences, chorégraphie et concept Brice Leroux, dansé par Brice Leroux sur le Poème symphonique pour 100 métronomes de György Ligeti.
Présenté au TnBA du 26 au 28 novembre 2009 sans le cadre du réseau NXTSTP
Sonia Moumen
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Pour en savoir plus sur l'univers complexe de Brice Leroux, un dossier plutôt riche réalisé par le Kunstenfestival de Bruxelles.
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ven
27
nov
2009
La Cité du design : Bordeaux aussi ?
L’ouverture remarquée de la Cité du design de Saint-Etienne est l’occasion de faire un point sur la place du design en Aquitaine
A Saint-Etienne, ville où les rues sont volontiers étroites et les façades sombres, l’arrivée devant l’esplanade de la Cité du design est un choc visuel : large, ouverte, lumineuse, la large
place bordée de platanes ouvre sur une étonnante perspective architecturale.
Au premier plan, une haute grille de fer forgé laisse entrevoir un bâtiment contemporain, bas, tout en longueur, recouvert d’une peau lumineuse faite d’une multitude de triangles. La nuit, les
triangles du grand cube s’illuminent et se parent de couleurs et de transparences : verts, bleus, jaunes… un arlequin qui rythme avec élégance la nuit stéphanoise. Derrière, l’ancienne
manufacture d’armes : un bâtiment cossu de pierres blanches et de briques rouges.
La superposition des styles et des époques donne d’emblée le ton : on se situe ici dans une esthétique de la confrontation et du frottement, un peu dans l’esprit de la pyramide de Pei dans la
cour du Musée du Louvre. Les deux réalisations contemporaines des architectes Finn Geipel et Giulia Andi de l’agence LIN (au long cube horizontal, ils ont adjoint une tour belvédère) rehaussent
avec bonheur le patrimoine architectural des 19ème et 20ème siècles.
La Cité du design dirigée par Elsa Francès a ouvert ses portes il y a deux mois après quatre années de préparation : espaces d’exposition intérieur et extérieur, médiathèque spécialisée,
auditorium, salles de réunion, Ecole supérieure d’art et de design, appartements de résidence… L’offre est complète et vise à faire de la Cité du design avec la biennale internationale du design
une plateforme autour d’une forme d’expression qui a beaucoup contribué à l’histoire industrielle, mais aussi artistique de Saint-Etienne.
En Aquitaine aussi le design est en train de gagner ses lettres de noblesse. Et si le Frac, Confort expo, Arc en rêve ou le Musée des arts décoratifs - pour ne citer que les principaux -
développent tour à tour des initiatives dans sa dimension artistique, le Conseil régional soutient son volet industriel notamment à travers les Trophées du design industriel remis en décembre
pour la troisième année consécutive.
Des actions qui meneront fin 2010 à une grande exposition consacrée au design (Arc en rêve et Frac) et en 2014 à un lieu dédié sur le site des Abattoirs de Bordeaux. Piloté par la région
Aquitaine, ce projet qui porte comme nom de code provisoire « Institut du design industriel » devrait être à la fois un lieu d’exposition temporaire et un centre de ressources pour les designers
et les milieux économiques. Un projet à la croisée de l’art et de l’industrie qui pourrait bien être un des pôles forts de l’économie créative à la bordelaise.
En savoir plus
Cité du design de Saint-Etienne www.citedudesign.com
Trophées du design industriel et politique en
faveur du design du Conseil régional Aquitaine : Les Rencontres du design, suivie par les Trophées du design 2009 (TADI) remis à 18h30 au Conseil régional Aquitaine www.4design.fr
Où voir du design à Bordeaux ?
Frac Aquitaine : une vingtaine de pièces dans la collection dont Ettore Sottsass, Bécheau &
Bourgeois, Hans Hollein, Garouste & Bonetti, Martine Bedin, Eric Raffy, Pascal Mourgue, François Cante-Pacos, Florence Doléac…
Arc en rêve : atelier Chaises bordelaises avec Raumlabor de Berlin dans le cadre de l'exposition Insider Arc en Rêve / Capc
Musée des arts décoratifs : monographie
du designer anglais Jasper Morisson
art +entreprise / galerie arrêt sur l’image : design germano-danois
Et les nombreux magasins spécialisés...
Sonia Moumen
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mer
25
nov
2009
Premières expositions à la Cité du design de Saint-Etienne
Lorsque le design s’engage et peut « changer le monde »
Depuis sa récente ouverture au public en octobre dernier, La platine, le lieu central de la Cité du design de Saint-Etienne, accueille deux expositions.
La première, Who’s afraid of design confiée à Emmanuel Tibloux le directeur de l’Ecole supérieure d’art et de design de Saint-Etienne, est
une manière intelligente, quoique un peu convenue, de témoigner des rapports entre art et design dans ce qui pourrait être « l’école de Saint-Etienne » : tous les artistes ou designers exposés
ont eu ou ont encore un lien avec l’école des Beaux-arts de Saint-Etienne.
La deuxième exposition, L’objet du design, dont le commissariat a été confié à Les Sismo est pour sa part largement ouverte sur ce qui fait
design aujourd’hui : l’intégration des technologies certes, mais aussi la prise en compte environnementale, l’attention aux usagers ou la contribution aux évolutions sociales. Sur ces points
particuliers, le design prend toute sa dimension sociétale, parfois même politique.
Lorsque l’Allemand Winfried Bauman crée un micro-lit roulant à peine plus gros qu’une niche de
chien ou une trottinette-tente avec panneau solaire intégré pour passer des nuits en bivouac urbain ; lorsque Grant Gibbs dessine le
"Hippo water", une bombonne à roulette qui réinvente totalement la longue marche des femmes pour aller puiser l’eau en Afrique, le design ne se contente pas d’embellir ou de faciliter, il cherche
et trouve des solutions au désarroi du monde.
On aurait sans doute aimé que cette voie passionnante du design puisse être davantage creusée au cœur de l’exposition ; il n’est pas si fréquent que l’on nous montre avec autant d’intelligence
qu’un «simple design peut changer le monde».
Cité du design de Saint-Etienne www.citedudesign.com
Sonia Moumen
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mer
25
nov
2009
Le nouveau Camille Boitel est en tournée
Un spectacle de bric et de broc, mais surtout de poésie burlesque
Il y a une toute petite dizaine d’années, Camille Boitel déboulait dans le monde du cirque contemporain et séduisait presque aussitôt avec son univers burlesque et poétique. Quelques années et spectacles plus tard, cet ancien élève de l’Académie Fratellini tombé dans la potion magique du cirque à 12 ans, a mûri et complexifié son travail.
Avec L’Immédiat, sa récente création, forme hybride entre cirque burlesque et théâtre d’objets accumulés à la manière d’Annette Messager, le jeune homme à la longue tresse impose très
rapidement un ton, une esthétique et un humour réjouissants.
En une succession de courts tableaux, lui et ses acolytes nous racontent l’Homme dans son environnement quotidien, l’Homme aux prises avec le réel. On ne se savait finalement pas aussi complices
de son armoire, de son portemanteau, de sa commode ou de son lit ! Et pourtant l’osmose est ici quasi absolue : la femme qui ne tient plus debout et qui s’effondre au même rythme que son mobilier
donne le ton.
Se succèdent ensuite dans une belle cacophonie visuelle et sonore : l’homme qui penche, l’homme qui bascule, l’homme qui disparaît, la femme qui s’envole, les assoiffés… À chaque fois les
interprètes, légers comme des bulles de savon, agiles comme une tribu de ouistitis, cheveux défaits et slips kangourous trop grands, réinventent un dialogue ludique entre acrobatie et objet. Les
corps se fuient et se cherchent, se mêlent et s’emmêlent, se télescopent et s’enfuient, mais quoi qu’ils fassent, leur environnement domestique finit toujours par les rattraper.
Dans un burlesque absolu qu’à peine quelques longueurs viennent parasiter, se dessine petit à petit une touchante galerie de portraits. Cette poétique des corps et des accessoires n’est pas sans
rappeler les univers tendres de Tati ou du tandem Deschamps / Makeïeff.
En sortant de L’Immédiat, un mini cinéma en carton nous attend : on y entre en se courbant, on y tient tout juste à cinq. Là, bien au chaud, on découvre des films burlesques muets du début du siècle dernier. La filiation devient plus évidente encore. Le talent de réinvention de Camille Boitel aussi.
L’Immédiat de Camille Boitel, Compagnie Lamereboitel. Avec Marine Broise, Aldo Thomas, Pascal Le Corre, Camille Boitel et Thomas de Broissia, Benoît Fincker,
Martin Gautron.
Spectacle présenté au Carré/Colonnes à Saint-Médard-en-Jalles du 19 au 21 novembre 2009. www.lecarre-lescolonnes.fr
Sonia Moumen
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ven
20
nov
2009
Point sur les accès et usages d’Internet en Aquitaine
De belles avancées qui n’empêchent pas la fracture numérique de se développer
D’abord il y un terme : le numérique. Entendez par là les nouvelles technologies de l’information et de la communication, Internet en tête.
Il y a ensuite un territoire : l’Aquitaine.
Il y a enfin l’AEC, l’Agence des initiatives numériques et ses nombreux partenaires. Sous sa houlette vient d’être publié Le Diagnostic 2009 de l’Aquitaine numérique, une étude qui
cherche à comprendre comment 3,2 millions d’Aquitains se comportent, à titre personnel et professionnel, face à la société de l’information. Réalisée tous les ans depuis neuf ans, l’étude
témoigne de la rapidité des évolutions technologiques, économiques, sociales et culturelles liées à la massification de l’Internet.
Un investissement lourd sur les infrastructures
Du côté des infrastructures d’abord, les efforts des pouvoirs publics pour couvrir l’ensemble du territoire régional ont abouti à une couverture quasi totale de l’Aquitaine. Reste à généraliser
le très haut débit via la fibre optique. Les investissements sont de taille, notamment pour le Conseil régional qui y contribuera à hauteur de 144 millions.
L’intensification des usages personnels
Du côté des usages, les choses ont bougé très vite : 59% des foyers aquitains possèdent aujourd’hui une connexion à Internet, alors qu’ils n’étaient que 37% en 2005. 67% de la population se
déclarent Internautes, la palme revenant aux Landes avec 72% de la population qui pratiquent l’Internet. A contrario, la part des « réticents » à Internet faiblit, même si elle reste encore
élevée (21%). Côté usages toujours, le mail arrive en tête des utilisations (72%), suivi par les messageries instantanées (40%) et les réseaux sociaux (21%). A signaler encore, le développement
extrêmement rapide de l’Internet mobil via les téléphones portables, particulièrement chez les 15-29 ans.
Un bilan mitigé du côté des entreprises
Du côté des entreprises, le bilan est moins satisfaisant, notamment chez les PME et TPE avec un rythme d’équipement relativement lent (57% des TPE et 91% des PME sont connectées à Internet contre
respectivement 69% et 96% à l’échelle nationale) et des usages insuffisamment développés, notamment en matière de paiement en ligne, d’administration dématérialisée ou de certificat
électronique.
Un engagement des collectivités plutôt encourageant
Enfin, 99% des 2292 mairies d’Aquitaine sont connectées à Internet et 34% possèdent leur site Web, favorisant ainsi le développement des services en ligne. Le département des Landes, faisant
figure là encore de pionnier avec 65% de ses communes possédant une offres de services administratifs en ligne.
Tout irait presque de mieux en mieux dans le meilleur des mondes, si l’étude ne faisait pas apparaître de véritables fractures numériques, non plus dans l’accès, mais dans les usages. Ainsi, de
la même manière que l’étude des Pratiques culturelles des Français le pointait il y a à peine quelques semaines, l’Aquitaine n’échappe pas au modèle
socioculturel et économique dominant : Internet est devenu un média « à tout faire » dont les jeunes et les milieux favorisés restent les principaux utilisateurs. Fracture sociale, fracture
numérique : même combat ?
Le diagnostic 2009 de l’Aquitaine numérique / octobre 2009, par l’AEC dans le cadre du SIAD numérique aquitain.
Atlas 09 de l’Aquitaine numérique
/ octobre 2009, par l’AEC.
http://siad.aecom.org
http://www.aecom.org/index.php
Sonia Moumen
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Synthèse des grands résultats de l'étude 2009 : tableaux, cartes, graphiques à partir de quelques grands indicateurs. Une quarantaine de pages. Un document de l'AEC / SIAD.
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jeu
19
nov
2009
L'affaire F. Boncoq
L’univers impitoyable des listes électorales
Son nom est sans importance. Appelons-le F. Boncoq. F. Boncoq a milité au Parti Suprême depuis de longues années. Il en a serré des mains sur les marchés, distribué des tracts, participé à des
débats, sillonné des routes départementales et communales pour convaincre et défendre la cause du Parti Suprême. Le PS lui a fait confiance, il a été placé sur une liste et est devenu Conseiller
régional.
Mordu de musiques, d’art, de culture et de nouvelles technologies, on lui a confié une délégation à sa mesure, porteuse d’avenir pour qui voudrait ne pas rater le train des nouvelles pratiques
culturelles et sociales.
On le voyait partout : aux colloques, aux séminaires, aux réunions, faisant entendre la voix de l’ouverture et de l’intelligence, dessinant petit à petit les contours d’une politique régionale
novatrice. On le respectait, on disait même qu’il avait vraiment pris de l’épaisseur, qu’il était arrivé à pleine maturité politique. Que grâce à lui, une bonne partie du secteur culturel
reprenait espoir.
Oui mais voilà, il se pourrait bien que les prochaines échéances marque la fin de cette embellie.
C’est une section départementale du Parti Suprême qui en a décidé ainsi. F. Boncoq ne sera pas sur la liste: pas le bon courant, pas la bonne motion, pas le bon sexe, pas le bon territoire. Il y
a sans doute une multitude de bonnes ou mauvaises raisons.
Et l’expertise acquise ? Le travail mené ? La vraie connaissance des dossiers ?
Mais c’est que lorsqu’il s’agit de faire des listes, comprenez-le une bonne fois pour toute : ça ne compte pas.
« Politique, ton univers impitoyable » pleure sans doute F. Boncoq, regrettant le temps béni où il pensait encore que PS signifiait « post scriptum ».
Toute ressemblance avec la mise en place des listes électorales du PS dans le Lot-et-Garonne pour les régionales 2010 serait bien évidemment totalement fortuite.
Sonia Moumen
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mer
18
nov
2009
Marie N'Diaye : une femme puissante
L’œuvre littéraire de Marie Ndiaye sacrée Prix Goncourt 2009 peut aussi se lire comme un vrai engagement politique
Trois femmes puissantes / Marie NDiaye
En août dernier, Marie Ndiaye disait qu’elle trouvait « monstrueuse » la France de Sarkozy, ce qui lui valait, il y a quelques jours, les foudres d’Éric
Raoult. Et si ce n’était pas tant les propos de Marie Ndiaye dans les Inrockuptibles de cet été qui dérangeaient ? Et si ce n’était pas tout simplement le récit époustouflant d’humanité qui
clôture Trois femmes puissantes ?
Lorsque les œuvres sont puissantes, elles en disent beaucoup plus qu’un entretien d’été dans un magazine culturel : Marie Ndiaye fait entendre ici une voix autant politique que littéraire sur
l’épopée des migrations.
Trois femmes puissantes raconte trois destins de femmes liées à l’Afrique et a obtenu le Prix Goncourt 2009. C’est un texte pourtant difficile bâti sur des entrelacs complexes qui parfois font de
l’ombre aux personnages et aux récits eux-mêmes. Pris au piège du confort ouaté des mots, l’esprit du lecteur flotte au point que l’on oublie parfois ce que l’on nous raconte. Ainsi, finit-on la
première histoire au pied du grand flamboyant, puis la deuxième, sans les avoir réellement commencées. Et puis arrive la troisième femme : Khady Demba.
C’est avec elle qu’enfin corps et esprits s’animent. Peut-être parce que l’on a enfin fait nôtre la musique littéraire si particulière de Marie NDiaye ; peut-être parce que Khady Demba est
porteuse de la crainte de toutes les femmes d’être un jour abandonnées pour ne pas avoir su enfanter ; peut-être parce qu’elle se bat comme un petit animal, sans autre objectif que de survivre ;
peut-être parce qu’elle tente et retente à l’infini de gagner l’Europe interdite : sans savoir pour qui, sans savoir pour quoi. Juste parce qu’on lui a dit que là-bas…
Là-bas ? En Europe, il n’y a rien pour elle. Ici ? En Afrique, non plus.
Alors. Alors, au moment de passer une frontière impossible dans un désert de poussière, Khady Demba renonce à la vie. Elle laisse les balles transpercer son pauvre corps meurtri par des mois de
privation et d’esclavage sexuel. Elle ferme les yeux et part rejoindre les oiseaux dans l’immensité du ciel.
Par les mots de Marie Ndiaye, Khady Demba devient une icône : elle incarne à elle seule toute la tragédie des hommes et des femmes qui fuient la misère et la violence depuis des siècles et des
siècles. Elle est porteuse d’une parole universelle, sombre et désespérée sur ce que l’homme peut faire subir aux hommes. Elle est le symbole d’une Afrique marâtre qui jette ses enfants en
haillons dans la gueule d’une Europe désincarnée.
Trois femmes puissantes de Marie NDiaye, Gallimard 2009. Prix Goncourt 2009
Sonia Moumen
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mar
17
nov
2009
Et toi, tu pratiques culturel ?
Nos pratiques culturelles, ère numérique ou non, ont-elles vraiment évolué ?
De quoi se nourrissent mes voisins en matière de culture ? Comment évoluent leurs pratiques culturelles domestiques et leurs pratiques de sorties ? Puis-je
être à la fois amateur d’opéra et de techno ? Lire Proust et surfer sur le Net ?
La parution du nouveau Pratiques culturelles de Français provoque toujours une petite excitation chez les professionnels de la culture. C’est tous les 10 ans l’occasion de tirer le
portrait de la population dans ses usages et pratiques de la culture, et au passage, de mesurer les évolutions ou régressions.
Le cru 2009 basé sur une enquête effectuée en 2008 est clair, net et précis : on ne peut plus penser les pratiques culturelles sans faire cas de la révolution numérique. Les appareils fixes ou
nomades pour se connecter à la toile ont envahi nos salons comme nos sacs à main : on se transmet images, sons, vidéos, musiques, textes bien plus rapidement que n’importe quel virus ; on vit
collés à ses écouteurs et à ses écrans, en osmose avec ses I-pod et BlackBerry.
Enfin, quand je dis « on », il faut préciser : la révolution numérique concerne surtout les jeunes de moins de 30 ans. Conséquence : plus on est vieux, moins on pratique les nouvelles
technologies et l’Internet. Être jeune n’est pourtant pas une condition suffisante, nous explique l’étude : il faut aussi avoir « un niveau élevé de diplôme (et corrélativement de revenu) ». Et
Olivier Donnat de poursuivre « le fait de ne disposer ni de l’un ni de l’autre de ces atouts condamne, sauf exception, à rester à l’écart du mouvement ». Révolution Internet peut-être,
certainement pas démocratisation.
Heureusement, il nous reste le cinéma, les spectacles, les musées, les expositions, les festivals et autres médiathèques pour pratiquer à l’extérieur de chez soi notre goût de la sortie
culturelle. Et là, Internet ou pas, les chiffres se maintiennent peu ou prou. Nous sommes encore capables de « défusionner » de notre ordinateur (avant c’était de notre télévision…) pour courir
dans un espace collectif vivre avec d’autres les émois de Mademoiselle Chambon ou du Barbier de Séville. Pas n’importe quel « semblable » tout de même : car fréquenter les équipements culturels
est plutôt le fait des Parisiens ou habitants des grandes villes, plutôt rondement diplômés, dotés de revenus douillets et… accessoirement convertis à la révolution numérique et à sa foultitude
de gadgets nomades.
« On ne prête qu’aux riches » dit l’adage populaire. En matière de culture aussi… et plus on est jeune, diplômé, bien né et riche, plus on « pratique culturel ». Des décennies de politiques,
d’aménagement du territoire, de gratuité ou de médiation n’y ont pas changé grand’ chose. Le déterminisme sociologique a la dent dure. L’enquête 2008 le prouve une fois de plus et rend d’autant
plus indispensable l’action publique… Pour que, dans nos cinémas et nos théâtres, nos facebooks et nos blogs, nous ne soyons pas toujours entre nous.
Avec cette remarquable et très complète étude des Pratiques culturelles des Français à l’ère numérique, c’est aussi le débat sur la mixité sociale et la diversité culturelle qui, au delà des
statistiques, tableurs, histogrammes et autres camemberts, se dessine en filigrane. Passionnant.
Les Pratiques culturelles des Français à l’ère numérique – Enquête 2008, Olivier Donnat, la découverte / Ministère de la
Culture et de la communication, 2009 (en vente en librairie ou sur Internet).
L’étude paraît environ tous les 10 ans depuis 4 décennies et constitue de ce fait un cadre de référence particulièrement rare.
Synthèse des résultats de l’enquête 2008 :
http://www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr
Voir aussi sur ce blog Point sur les accès et usages d’Internet en Aquitaine
Sonia Moumen
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Les grandes tendances des résultats de l’enquête 2008 analysées dans une douzaine de pages. Une bonne introduction, complète et bien documentée.
SynthesePratCult.pdf
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mer
11
nov
2009
L’impatience d'une femme
Avec L’impatiente, la journaliste d’origine bordelaise, Céline Lis, redonne goût à sa vie d’après la maladie
Céline a mal. Céline a peur. Céline a perdu un sein. Et ses cheveux aussi. C’est normal de perdre des parties de soi quand on a un cancer. Car Cécile a un cancer. Ou plutôt a eu un cancer. Ou plutôt espère ne plus avoir de cancer. A présent, elle est impatiente. Impatiente de faire à nouveau partie du monde des vivants, de ceux qui ignorent la maladie et narguent la mort parce qu’aucune bête immonde ne les dévore de l’intérieur.
Dans L’impatiente, court texte écrit comme un journal intime, Céline Lis nous raconte sa maladie. Cinq mois entre l’annonce funeste et la sensation de liberté retrouvée. Cinq mois
pendant lesquels elle ne nous épargne rien : ni les rendez-vous manqués avec des spécialistes pétrifiés, ni les corps émiettés par la douleur, ni le regard fuyant des proches. Il n’y a guère que
dans les bras de son fils Gabriel qu’elle semble suspendre le temps de la maladie.
Souvent cruel et drôle, parfois agaçant et superficiel, ce texte s’écartèle entre belle émotion et froideur clinique, intelligence analytique et goût prononcé de la mise en scène.
Et si on s’attache souvent à la jeune maman, on se détache tout aussi souvent de la grande dame entre avion et 4X4, Paris, Bordeaux, Château du Médoc et Cap Ferret. Si on s’attache à la
marathonienne qui puise sa force au plus profond d’elle même, on se désintéresse assez vite de celle qui confie ses enfants, ici à la bonne, là à la gouvernante. Si on s’attache à l’indocile qui
revend sa perruque sur Internet, on se détourne de la bourgeoise qui part se remettre aux Seychelles dans « le plus bel hôtel du plus bel endroit du monde », dont le directeur et sa femme sont
forcément des amis.
Car si la maladie nous soude à la narratrice, la représentation qu’elle donne de sa condition sociale très privilégiée nous en éloigne. L’empathie, quand on n’a ni l’une (la maladie) ni l’autre
(la condition sociale), peine à trouver son chemin. C’est sans doute la limite du projet de Céline Lis. Limite qui ne l’empêche pas de réussir un témoignage enlevé sur la souffrance.
Sonia Moumen
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dim
08
nov
2009
Poubelles la vie
Le tri sélectif à Bordeaux : vrai progrès ou régression définitive ?
Depuis la mise en place du tri sélectif et le changement de cadence des collectes des déchets, rien de va plus dans mon quartier de Bordeaux. Les poubelles, grandes ou petites, vertes ou noires,
arrondies ou cubiques, dégueulent sur les trottoirs, quand ce n’est pas sur la chaussée. D’atypiques pyramides de sacs multicolores embellissent nos coins de rue, nos places et nos impasses, au
point que nous ne trouvons plus rien à redire contre les chiens et leurs crottes : nous avons trouvé bien plus sales, bien plus encombrants, bien plus nauséabonds que nos amis les bêtes : notre
voisin de palier.
Que faire ? Signifier à notre voisin que nous ne sommes plus au Moyen-âge ? Que l’époque où l’on jetait ses ordures et le contenu de son pot de chambre dans la rue est révolue ? Que le propre de
la civilisation, c’est de gérer ses déchets ? Que l’un des premiers apprentissages de l’être humain est celui de la propreté ? Que nous sommes consternés face à la décadence de nos sociétés dites
civilisées qui exhibent sans pudeur sur les trottoirs leur intimité ? Que le dernier grand événement bordelais sur le thème de l’Intime collectif a omis de traiter de celui de nos poubelles,
pourtant on ne peut plus intimes et collectives ?
Que dois-je dire à mon voisin de palier qui ne répond jamais à mes coups de sonnette, ni aux injonctions de la CUB à apprendre à trier ses déchets, ni à celles de la Ville à rentrer ses bacs ?
Que dois-je lui dire ? Que c’est bien, qu’il faut qu’il continue comme ça ? Que ses sacs posés n’importe où n’importe quand font le bonheur des rats et des pauvres hères ? Que le tri sélectif,
faute de s’organiser dans les foyers bordelais et de sortir à jour et heure fixes dans des bacs lessivés de près, s’organise directement sur le trottoir ? Que c’est tant mieux car tout le monde
en profite : les rats y trouvent de quoi passer un hiver gras, les pauvres hères de quoi revendre aux puces à la sauvette, les citoyens de quoi tisser du lien social, puisque ces histoires de
poubelle, ça fait drôlement causer tout de même et puis, ça permet d’apprendre à se connaître.
Grâce à l’intime collectif des poubelles, je sais ce que mon voisin a mangé hier soir, ce qu’il boit comme bière, ce qu’il prend comme médicament (je ne le savais pas malade à ce point…), à quel
stade d’usure il jette ses chaussettes. Ça rapproche et puis ça fait voyager gratis. Ma rue, avec ses poubelles couchées au sol et ses immondices qui jonchent le trottoir, ses rats qui se
promènent, ses pauvres gens qui trient à mains nues nos chaussures et nos boîtes de raviolis, ça donne à nos rues comme un petit air de favelas des pays du tiers monde. Allez, citoyens, encore un
effort. Si les deux tiers de la planète s’y sont habitués, nous aussi, nous y arriverons.
Courage, vous verrez, bientôt tout cela ne nous gênera plus.
Texte écrit dans le cadre de la campagne Poubelles à Bordeaux : mécontents ?
Sonia Moumen
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ven
06
nov
2009
Antoine n’est plus
Le pâtissier emblématique de Bordeaux est parti en fumée
Parfois, il y a dans le vie de toute petites nouvelles qui sont énormes. Hier, Antoine a pris feu. Antoine, c’est le pâtissier le plus raffiné et le plus inventif de Bordeaux. C’est celui qui lance les modes, invente des formes, entremêle les saveurs, imagine des audaces de couleurs et de textures. Antoine, c’est un peu le chantre locale de la nouvelle pâtisserie. Celui qui ratiboise votre porte-monnaie avec des gâteaux somptueux hors de prix et qui comblent votre palais avec de divines douceurs.
Oui, mais voilà, depuis hier, Antoine n’est plus. La pâtisserie a flambé. Il ne reste plus rien. Juste un immense trou noir et une odeur de suie. Et dire que la veille, pour fêter ma dernière journée de trentenaire, nous avions célébré les joies d’Antoine avec une pâtisserie au nom improbable. Un grand carré fait de poires fondantes, d’un pain d’épices généreux et d’un praliné léger comme une crème fouettée. Et dire que nous avions sans doute été les derniers clients de la journée. Et dire que les quarante premières années de ma vie sont hier partie en fumée.
Dans l'article de ce blog Y'a bon les macarons, la dégustation à l'aveugle de macarons provenant de quatre enseignes bordelaises m'avait fait placer Antoine loin devant ses petits camarades... Un article pétri de nostalgie à présent.
Sonia Moumen
www.carnetdebordeaux.fr
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ven
06
nov
2009
Où sont les femmes ? Acte 2
Des femmes à la tête des salles de spectacle et théâtres : vous voulez rire ?
En juin 2009, j’écrivais un article dans les pages de Sud Ouest ou je mettais en perspective la situation nationale et régionale concernant les femmes aux postes de direction dans le secteur du spectacle.
Si la situation nationale dans le spectacle n’était guère enthousiasmante pour les femmes comme le montrait une étude du Ministère de la Culture, la testostérone semblait battre tous les records
en Aquitaine, dès lors que l’on sortait du secteur associatif pour frapper aux portes des grandes institutions. A part Sylvie Violan à la tête du complexe projet de fusion Carré des Jalles /
Colonnes dans l’agglomération bordelaise, Chantal Achilly à celle de l’Odysée de Périgueux, Marie-Michèle Delprat au Quatre saisons de Gradignan ou Audrey Clementi à celle du Florida d’Agen, les
femmes brillaient par leur absence.
Le même journal Sud Ouest a proposé le week-end dernier une double page région titrée Les nouvelles scènes se multiplient, une cartographie plutôt complète des structures
dédiées au spectacle et une réflexion sur les enjeux d’aménagement du territoire et de financement. Et puis, pour illustrer le propos, il y a ce terrifiant trombinoscope titré Les 10 qui
comptent. Je le regarde. Je le regarde encore. Je me frotte les yeux. Non, je n’ai pas rêvé. Parmi Les 10 qui comptent, les hommes n’ont rien à craindre… il n’y a que des
hommes.
Loin de moi l’idée d’un féminisme attardé, mais tout de même… L’Aquitaine avait-elle besoin de s’illustrer une fois de plus par son « tout masculin » ?, confirmant ainsi, voire aggravant les
chiffres de l’étude du Ministère de la culture ?
Car à travers son article, Sud Ouest induit et confirme que c’est 100% des directions masculines qui comptent. Ça ne laisse décidemment plus beaucoup d’espace pour les femmes…
Pour lire Où sont les femmes ? Acte 1, c'est en cliquant ici...
Sonia Moumen
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lun
02
nov
2009
Sous le charme des Ballets russes
Il n'est jamais trop tard
Lorsque l’on m’a proposé de faire un article autour de la projection prochaine sur France 3 d’un documentaire sur les Ballets russes, j’ai d’abord été paralysée. Je n’ai jamais été une fanatique de l’entreprise de Serge de Diaghilev et des pièces des Balanchine, Fokine, Lifar, Pavlova ou autres Nijinski.
J’avais assisté il y 2 ou 3 ans aux représentations données par le Ballet de l’Opéra de Bordeaux, dirigée par Charles Jude. Et non, définitivement non, le
déploiement de couleurs et de costumes, les cascades de mouvements et de musiques heurtaient mon goût du dépouillement.
Les entretiens que j’ai pu avoir avec les deux protagonistes principaux du documentaire m’ont permis de mieux comprendre l’esthétique des Ballets russes, mais aussi le contexte dans lequel ce
mouvement s’est inscrit, il y a aujourd’hui 100 ans. J’ai été conquise par leur force de conviction.
Le documentaire est visible sur France 3 nationale le 18 décembre prochain. Pour les impatients qui voudraient en savoir plus sur la démarche de Gérard Puechmorel et de Charles Jude, il est toujours possible de lire les deux entretiens que j'ai menés avec eux.
Vous verrez, pour vous aussi, la réconcialiation avec les Ballets russes est toute proche...
Les Ballets russes ou les inventeurs du XXème siècle.
Dans le cadre de la série L’Heure de la Danse (Alain DUAULT). Production : Viva Cyber (du Groupe MAYA). Ecriture et réalisation : Gérard Puechmorel. Durée : 1
h.
Le film est en première diffusion sur France 3 National le 18 décembre dans le cadre des festivités du centenaire des Ballets russes.
Sonia Moumen
www.carnetdebordeaux.fr
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à l'occasion de la diffusion sur France 3 nationale le 18 décembre 2009 du documentaire Les Ballets russes ou les inventeurs du XXème siècle.
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lun
26
oct
2009
Les Translatines de Bayonne
Nichée au cœur de ce 29ème cru, une perle argentine en forme de Douleur exquise
Océan gris métallique. Crachin à peine humide. Horizon flou. Le ciel est liquide et l’Adour d’un vert épais. C’est dans ce décor un brin fantomatique, un
brin mélancolique que se tient la 29ème édition des Translatines. 29ème fois que la générosité de ce festival organisé par le Théâtre des Chimères de Bayonne essaime sur la côte basque.
Inlassablement, depuis trois décennies, Jean-Marie Broucaret et sa compagnie de fidèles comédiens et bénévoles proposent de goûter au théâtre venu d’Amérique latine, « éloigné de plusieurs
kilomètres et pourtant si proche, si intime et universel, étranger et familier, mêlant le rire à l’inquiétude » (Jean-Marie Broucaret).
Si l’édition 2009 met davantage l’accent sur le théâtre argentin et notamment sur la ville de Buenos Aires, on y rencontre aussi quelques-uns des artistes chiliens et boliviens qui font la
vitalité théâtrale du continent sud-américain. Des artistes trop peu montrés en Europe et dont les Translatines sont devenues la principale vitrine française.
Retour sur quelques moments du festival.
L’odyssée généreuse de César Brie
Aux Translatines, on aime les artisans et on leur est fidèle. Fidélité donc à César Brie et à son robuste Teatro de los Andes que l’on n’a plus guère l’occasion de voir sur nos plateaux. On se
souvient pourtant combien ils avaient enflammé les scènes françaises avec une Iliada délirante, enlevée, décomplexée. Depuis, on les avait un peu perdus de vue. Fidèles à cette belle utopie
collective, les Translatines les invitent à nouveau avec leur nouvelle création, Odisea, d’après Homère.
Une Odyssée qui puise dans les éternelles astuces de fabrication du Teatro de los Andes : on y danse, on y chante, on y joue de la musique, on varie les tableaux, on joue de tous les registres
(de la franche pantalonnade au tragique larmoyant), on tricote l’épopée d’Ulysse avec le destin des migrants d’aujourd’hui, on délivre un message plein d’humanité.
Hélas, ce qui faisait le charme fou de la Iliada s’est échoué quelque part entre Ithaque et Troie. La belle énergie de la dizaine d’interprètes engagés à la fois politiquement et
physiquement laisse l’impression d’un théâtre un peu trop bienveillant, un peu trop rôdé.
Il n’empêche, après deux heures quarante d’épopée inégale, le public est bel et bien là, debout, heureux, avec la conscience d’avoir partagé une belle tranche de mythologie collective. Avec
Odisea, le théâtre s’est tout simplement transformé en agora populaire et généreuse.
Le théâtre épuré de Àlex Rigola
A l’opposé de cet artisanat un peu brut, un peu naïf, le très contemporain Teatre LLiure de Barcelone, dont on avait déjà pu découvrir deux productions au festival ¡mira! (Juli César en
2004 et European House en 2006). European House, une adaptation sans parole de Hamlet, largement inspiré du rythme et des situations des sitcoms, avait alors fait
mouche auprès du public bordelais. Avec des codes esthétiques d’aujourd’hui, sans tumulte et sans bavardage, c’était toute la douleur d’Hamlet que le metteur en scène catalan nous avait fait
vivre avec intensité.
Avec Nixon-Frost de Peter Morgan présenté cette année aux Translatines, Àlex Rigola s’attaque à plus ardu, à plus bavard aussi, s’agissant d’un tête-à-tête dialogué (servi par des
projections sur grand écran) entre deux grandes figures politiques de la fin des années soixante-dix. Nixon-Frost est apparu comme une occasion rare de suivre le travail d’un metteur en scène de
talent, rigoureux et inventif, dont on a du mal à comprendre l’absence sur les scènes françaises.
Buenos Aires, creuset du théâtre et des théâtres
Et puis, cette année aux Translatines, il y avait l’Argentine. Un joli coup de projecteur sur la ville de Buenos Aires, creuset du théâtre, villes des théâtres. Car si l’on parle volontiers de
Berlin pour la vitalité de sa scène alternative, il ne faut pas manquer Buenos Aires pour la qualité et la puissance émotionnelle de son théâtre. Un théâtre de situation et de texte porté par des
comédiens de haut vol rompus à la proximité avec le public.
Figure parmi les figures, le metteur en scène Daniel Veronese, dont l’adaptation de Oncle Vania de Tchekhov (Espia a una mujer que se
mata), présenté au festival ¡mira! en 2008, avait laissé une très forte impression sur le public.
Sans doute moins engagé, moins dense et au final moins saisissant que son Tchekhov, son diptyque d’après Hedda Gabler et Maison de poupée de Ibsen, invite tout de même à une
belle traversée des turpitudes et des souffrances humaines. Le parti-pris d’efficacité et de rapidité narrative apparaît cependant à double tranchant : il manque aux deux destins tragiques de
Hedda et Nora un peu du trouble, un peu de la lenteur, un peu de la complexité des êtres et des situations. Reste un montage vif et une très belle qualité de jeu.
Une qualité de jeu que l’on retrouve dans le huis clos de Rafael Sprengelburd. Dans Buenos Aeres, le metteur en scène et auteur
exacerbe les situations dans une maison où se croisent quatre personnes que rien ne destinait a priori à se rencontrer. Si l’énergie des comédiens est réelle, elle peine cependant à donner du
souffle à une écriture qui ne semble pas à la hauteur du projet.
Autre déception, celle de la mise en scène de Claudio Tolcachir avec Tercer grupo. Le jeune auteur et metteur en scène argentin qui
avait fait un tabac il y a peu avec la peinture douce-amère des us et coutumes de trois générations partageant le même appartement mais pas les mêmes aspirations (La Omisión de la familia
Coleman, festival ¡mira! en 2008, scène nationale de Tarbes…) ne réitère pas cette fois-ci l’exploit de la tragi-comédie.
La grâce inoubliable de la Douleur exquise
Ce n’est finalement pas avec Veronese, Sprengelburd ou Tolcachir qu’est arrivée la surprise du festival, mais avec une forme hybride, entre théâtre et confession intime, entre performance et
documentaire. La surprise est arrivée avec un petit bout de femme brune en robe rouge. Un petit bout de femme amolli par la douleur et endurci par la colère, amolli par l’amour et endurci par la
haine. Un petit bout de femme qui manie l’oxymore avec délectation pour nous conter sa Dolor exquisito (Douleur exquise).
Ce petit bout de femme, c’est Maricel Alvarez dans un projet inspiré de Sophie Calle, imaginé et mis en scène par elle-même et
Emilio García Wehbi.
Une perle douce-amère que ce spectacle là, qui entremêle références au passionnant travail éponyme de l’artiste Sophie Calle et l’expérience personnelle de
Maricel. Même contexte, même situation, une bourse de trois mois au Japon, une séparation amoureuse au bout de ces trois mois, la conjuration de la souffrance par le récit quotidien de la
rupture, l’interrogation des proches sur leur propre souffrance, la guérison.
Maricel Alvarez refait le voyage à Tokyo sur les traces de Sophie Calle. On n’est plus en 1984, mais en 2008. Les broderies délicates de l’artiste française ont cédé la place à l’image animée,
les témoignages écrits à d’étonnantes projections vidéo à la Tony Oursler (sur un mannequin inerte, le visage s’anime pour évoquer un suicide, un décès, la naissance d’un enfant
monstrueux…).
Ici, il y a un avant et un après, 90 jours avant la douleur et 90 jours après la douleur. Et sur cet axe de souffrance, la vie, la peine, la joie, la haine, l’amour dansent et jouent aux
équilibristes. Comme dans la remarquable proposition artistique de Sophie Calle, le temps est le maître du jeu. On ne sait plus qui et quoi relèvent de Calle ou de ce petit bout de femme seule
sur scène en robe rouge. Rouge comme le téléphone de la chambre 261 de l’Hôtel Impérial - New Dehli. Mais c’est sans importance, la citation artistique, c’est la sublime cerise sur le gâteau. Le
gâteau c’est le récit intelligent, drôle et émouvant d’une simple rupture amoureuse. Quand le mélo autofictionnel devient talentueux…
Festival les Translatines, 29ème édition, du 15 au 24 octobre 2009. Focus sur Buenos Aires. www.theatre-des-chimeres.com.
# La
odisea de César Brie / Teatro de los Andes. Bolivie
# Nixon/Frost de Peter Morgan, mise en scène Alex Rigola / Teatre LLuire, Barcelone
# El desarrollo de la civilización venidera, d’après Maison de poupée de Henrik Ibsen, mise en scène Daniel Veronese, Argentine
# Buenos Aires, texte et mise en scène de Rafael Spregelburd, Argentine # Tercer cuerpo, texte et mise en scène Claudio Tolcachir, Argentine
# Todos os grandes gobiernos han evitado el teatro intimo, d’après Hedda Gabler de Henrik Ibsen, mise en scène Daniel Veronese, Argentine
# Dolor exquisito d’après l’œuvre de Sophie Calle, mise en scène Maricel Alvarez et Emilio Garcia Wehbi, Argentine.
Sonia Moumen
www.carnetdebordeaux.fr
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mer
14
oct
2009
L’ère de la robotique onirique
Avec Sans objet, sa toute récente création, Aurélien Bory revendique « un poème de l’inutilité »
Au début, les choses étaient simples. Aurélien Bory était jongleur. Il sortait de l’école du cirque du Lido à Toulouse, il avait le don du burlesque et il jonglait.
Ensuite, ça c’est compliqué. Avec ses premiers spectacles (IJK en 2000, Plan B en 2003 ou Plus ou moins l’infini en 2005), on a
compris que sa formation de scientifique comptait autant que celle de circassien. Qu’il oubliait la jonglerie pour s’intéresser à la géométrie. Avec la géométrie et trois fois rien (des plans,
des lignes et pas mal d’humour), il a inventé des spectacles pétris d’onirisme et de drôlerie. Jusqu’à son œuvre la plus audacieuse, la plus austère aussi - Les sept planches de la ruse
- faite de lenteur, de mélancolie et véritable leçon d’intelligence et de patience pour le spectateur. Avec cette ambitieuse production, ce que Bory a perdu en burlesque, il l’a gagné en
profondeur.
Ensuite, ça s’est encore compliqué. On le pensait mono-centré sur les interprètes masculins en costume – cravate, sur les décors en dégradés de noir, sur les lumières froides. On le découvre en
couleurs et en débordements au côté des jeunes acrobates de Tanger. Avec Taoub en 2004, avec les rouges et ors qui claquent, les corps qui se catapultent, Bory sublime l’art de
l’acrobatie traditionnelle marocaine, comme il le fera, en 2008, avec la danseuse de flamenco Fanny Fuster dans QUESTCEQUETUDEVIENS ?. Avec cette échappée poétique dans le flamenco, on
est encore un peu plus déstabilisés par la richesse de l’imaginaire chez Bory, mais on pense avoir à peu près tout vu.
C’est alors que débarque sa toute nouvelle création au titre anodin Sans objet. Un peu comme s’il n’y avait pas d’enjeu, pas de raison particulière à faire se spectacle et nous à le
voir. On y va les mains dans les poches. On n’attend rien. Le choc n’en est que plus intense.
Sur scène, une énorme montagne de plastique noire se meut, se transforme, se hisse, se tasse, se tourne et se retourne. Elle offre les reflets de sa peau couleur de bronze à la patience attentive
du regard. C’est lent, c’est long, c’est beau comme une sculpture en mouvement. Dessous, celui qui transforme, c’est un monumental robot industriel. Il est énorme, il est immense, il est aimable
et attachant. Il a la puissance de Goldorak et le regard tendre d’ET. Il a la grâce d’une jeune fille et la lourdeur de l’ours Balou. Il connaît la lenteur et l’ivresse de la vitesse. Il est
entêté et insiste pour nous convier à un drôle de voyage, non pas en technologie, mais en poésie.
Et c’est là tout le talent d’Aurélien Bory, dont le robot sait faire danser les ombres et les lumières, tutoyer l’apesanteur, emmêler les verticales et les horizontales, magnifier les corps
infiniment petits des deux interprètes, Olivier Alenda et Pierre Cartonnet. Bien sûr, il y a quelques facilités de jeu (les visages et voix déformés), des effets qui demandent à être encore
travaillés, mais c’est la singularité et la force de l’œuvre qui l’emporte très largement. Œuvre à la fois plastique, sonore, visuelle, philosophique, chorégraphique, théâtrale et robotique.
Sans objet n’a décidemment rien n’anodin et s’impose à notre imaginaire en puisant ses ressorts oniriques là où on les attend le moins.
Non, décidément, avec Aurélien Bory, les choses ne sont jamais simples.
Sans objet, Conception, scénographie, mise en scène Aurélien Bory. Création octobre 2009. Vu à Toulouse (TNT) le 13 octobre 2009.
Sonia Moumen
www.carnetdebordeaux.fr
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mar
30
jun
2009
Où sont les femmes ? Acte 1
Le monde du spectacle est à la traîne, en Aquitaine aussi...
Une récente étude du Ministère de la culture pointe la réelle inégalité entre hommes et femmes aux postes de direction dans les arts du spectacle. Point sur la situation locale.
Alors que l’égalité des sexes semble avoir gagné nombre de secteurs, y compris la sphère politique depuis l’instauration de la parité, le spectacle apparaît comme un bastion inébranlable de la masculinité. Les chiffres sont tout bonnement étourdissants : 68% d’hommes à la tête des centres chorégraphique, 80% dans les scènes nationales, 84% dans les centres dramatiques, 96% dans les orchestres.
La proportion homme / femme est tout aussi mauvaise pour les compagnies : il vaut mieux être un homme pour espérer être soutenu et diffusé !
Pourtant, s’il est un secteur très féminisé, c’est bien celui de la culture, à tel point que les formations supérieures comme ICART Bordeaux ou l’IUT Métiers de la culture peinent à recruter des
garçons (moins de 20% des effectifs).
Reine Prat, qui se penche sur cette question pour le compte du Ministère de la culture depuis 2006, ne mâche pas ses mots : « un gâchis de compétences et de talents ». Si la situation nationale
dans le spectacle n’est guère favorable aux femmes, la région Aquitaine apparaît comme « une région plus masculine que la moyenne nationale » avec toutes les grandes institutions de la région,
mais aussi de la ville centre dirigées par des hommes : Thierry Fouquet à l’Opéra, Charles Jude au ballet, Kwamé Ryan à l’orchestre national, Dominique Pitoiset au TnBA, Jean-Luc Portelli au
Conservatoire…
La situation est à peine meilleure dans les 19 pôles régionaux, scènes conventionnées et autres scènes de musiques amplifiées où les hommes règnent en maître dans 84% des cas. Des chiffres à
peine plus encourageants pour les ensembles artistiques soutenus par la DRAC (théâtre, danse, musique, voix) qui sont seulement pour 1/3 dirigés par des femmes. Des femmes que les services de la
DRAC qualifient volontiers de « remarquables » et de citer pour Bordeaux des artistes comme Christine Dormoy (théâtre musical) ou Carlotta Ikéda (danse).
Alors, sommes-nous condamnés à un secteur dominé par la gent masculine ? Pas si sûr. D’abord parce que les femmes, si elles ne sont pas n° 1, sont souvent n°2 et que certaines d’entre elles
arrivent parfois à faire voler en éclat le plafond de verre dont parle Reine Prat : Caroline Melon qui a su refonder le festival Chahuts, Marie-Michèle Delprat qui propose l’une des
programmations les plus pertinentes de l’agglomération, Sophie Casteignau du Centre Simone Signoret de Canéjan ou encore Sylvie Violan dont le travail sur la danse africaine contemporaine et sur
les nouvelles technologies font aujourd’hui du Carré des Jalles une référence nationale.
En dehors du stricte champ du spectacle, il est même intéressant de noter que Bordeaux et l’agglomération sont étonnement à la pointe, allant même jusqu’à constituer une petite exception
culturelle. Si la présence de femmes comme Guadalupe Echevarria à la tête de l’école de Beaux-arts ou Francine Fort à Arc en rêve ne date pas d’aujourd’hui, la féminisation s’est accélérée avec
l’arrivée de Charlotte Laubard en 2005 à la direction du Capc. La nomination médiatique de cette jolie jeune-femme en avait surpris plus d’un. Son arrivée avait marqué le début d’un
renouvellement en profondeur des têtes, des générations… et des sexes : Claire Jacquet au Frac, Emmanuelle Thuong-hime à la direction de la culture du Conseil régional ou celle de Brigitte
Proucelle à celle de la culture à Bordeaux, sans oublier sept établissements culturels municipaux sur dix dirigés par des femmes.
Une situation idyllique ? Pas certain, car nombre d’interlocuteurs, hommes ou femmes, précisent que les métiers qui se féminisent perdent de leur prestige et se dévalorisent « la féminisation
n’est pas toujours une conquête. Ça l’a été à une époque, ces femmes étaient alors des pionnières » précise une cadre dirigeante qui préfère garder l’anonymat.
L’égalité entre hommes et femmes, un casse-tête que Reine Prat espère bien résoudre un jour « avec des décisions politiques capables de faire bouger les choses ». On peut toujours espérer, mais
déjà en son temps, Georges Sand écrivait : « si les mœurs font les lois, les lois ne font pas les mœurs ».
Reine Prat, Chargée de mission pour l’égalité homme / femm au Ministère de la culture, vient de terminer le rapport De l’interdit à l’empêchement,
mission pour l’égalité H/F dans les arts du spectacle (mai 2009). Rapport disponible sur le site du Ministère de la culture.
Cet article est paru dans Sud Ouest du 7 juillet 2009.
Où sont les femmes ? Acte 2, cliquez ici.
Sonia Moumen
www.carnetdebordeaux.fr
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mar
16
jun
2009
Sciences Po Bordeaux s'ouvre
Vers une plus grande pluralité sociale ?
Au mois de juin 2009, j'ai eu la chance de pouvoir m'immerger dans la rédaction de Sud Ouest. J'avais demandé à ne pas traiter de sujets en lien avec la culture. Une manière pour moi de m'ouvrir à d'autres thématiques, à d'autres secteurs. Je me suis donc attelée à un sujet sur la pluralité sociale à Sciences Po Bordeaux. Passionnant.
Elles n’ont pas 18 ans et pas encore leur bac en poche, que déjà Flora et Léa en terminale au Lycée Elie Faure de Lormont savent qu’elles intégreront à la rentrée prochaine la filière dite «
d’excellence » de Sciences Po Bordeaux (IEP). Ce succès, elles le doivent à leur travail, mais aussi à un dispositif de diversification sociale Je le peux parce que je le veux mis en
place conjointement par l’IEP, une quinzaine de lycées de la région et le Conseil régional d’Aquitaine.
Un programme créé en 2004 dont Vincent Hoffmann-Martinot, le directeur du prestigieux établissement, se fait volontiers le chantre : « Il nous faut une ouverture à la diversité sociale,
enrichir l’éventail des origines de nos étudiants. Beaucoup de lycéens pensent que ce n’est pas pour eux. C’est totalement faux ».
Cette préoccupation n’est pas nouvelle et dépasse largement la dimension locale depuis que Sciences Po Paris a lancé la polémique en 2001. En recrutant par concours spécial des élèves de sept
lycées classés Zep, l’école parisienne avait mis en pratique pour la première fois en France une forme de discrimination positive.
De discrimination positive, Jean Petaux, l’un des initiateurs du projet à l’IEP de Bordeaux, ne veut pas entendre parler : « nous privilégions le concours unique et travaillons plutôt sur le
déblocage des verrous en amont. ». Pas de cours spécifique, pas d’année spéciale non plus pour la dizaine d’étudiants recrutés chaque année par cette voie, mais une intense préparation au
concours durant l’année du bac. Dans le lycée de Flora et Léa, 10 enseignants volontaires les accompagnent en langues, en histoire-géographie et en culture générale. « Sans cette préparation, les
élèvent n’auraient pas le concours. On leur fait un vrai entraînement, on leur colle au train. Notre rôle est de les faire croire à ce projet, que c’est possible » affirme Francine Burlaud,
cheville ouvrière de cette action au Lycée Elie Faure. Pour cette enseignante de lettres qui avoue « venir